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Les ambiguïtés de la France en Chine

« La France est de retour en Chine » a affirmé Emmanuel Macron qui tente de restaurer la position centrale et gaullienne de la France entre la montée des nationalismes chinois et américain à quoi s’ajoute le raidissement commercial de l’UE.


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Durant sa visite en Chine du 8 au 10 janvier, parlant à une assemblée de patrons et d’hommes d’affaires français et chinois dans les locaux de « Soho 3Q », « start-up » du groupe immobilier Soho investi dans la location d’espaces et dont les immeubles écologiques éclairés à la lumière LED et dessinés par le cabinet d’architectes Zaha Hadid ont, avec leurs formes ondoyantes, investi le cœur de Pékin, Emmanuel Macron, a, avec panache, affirmé « que la France était de retour en Chine ».

Mais comme le voyage lui-même, émaillé de déclarations contradictoires recélant un arrière plan de contentieux et de méfiances, la formule était ambiguë.

Comment l’exécutif français qui continue à promouvoir l’intégration d’une Union Européenne fortement ébranlée par le Brexit et tiraillée par la crise migratoire tirant la Tchécoslovaquie, la Pologne, l’Autriche et la Hongrie aux marges des principes démocratiques, compte t-il s’insérer dans le frottement des nationalismes chinois et américains, marqué à la fois par d’importantes discordes commerciales et le poids des incertitudes stratégiques ?

Comment Paris espère t-il peser en Corée du Nord où D. Trump continue périodiquement d’accuser la Chine de ne pas mettre en œuvre les sanctions à la lettre et en mer de Chine du sud où Pékin, exprimant une étonnante réminiscence impériale, tente d’imposer contre le droit international moderne sa conception historique et culturelle ancrée dans plus de 3000 d’histoire ?

Avec quels moyens enfin, la France pourrait t-elle apaiser les angoisses taïwanaises face à l’obsession réunificatrice de plus en plus impatiente du parti communiste chinois qui, chez lui, utilise les dernières avancées de l’intelligence artificielle et de la reconnaissance faciale pour, au prétexte de sécurité, « mettre aux normes » sa société ?

Recul de l’influence française.

Devenues plus prosaïques, les relations franco-chinoises sont aujourd’hui marquées par l’exigence de réciprocité commerciale. En novembre dernier, Bruno Lemaire ici photographié avec le vice-premier ministre Makai qui partira à la retraite en mars, avait déjà rappelé ses préférences pour les investissements chinois du long terme opposés aux « investissements de pillage ».


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Si on examine la question sous l’angle du pouvoir d’influence, la vérité oblige à dire que le temps est révolu où la France pouvait se prévaloir d’une « relation privilégiée » en récompense de la reconnaissance, 15 ans avant Washington, de l’État communiste chinois par le général De Gaulle ayant, à la suite de Napoléon, anticipé le « réveil de la Chine ».

Depuis cette époque, l’eau a coulé sous les ponts. Aujourd’hui Pékin, porté par une ambition globale, regarde vers son rival stratégique américain, à la fois modèle de puissance et repoussoir idéologique, menace potentielle et partenaire obligé de sa modernisation.

En même temps, gardant toujours vivante la longue trace de l’histoire courant sans interruption depuis la dynastie des Zhou, il y a plus de 30 siècles, jusqu’à Xi Jinping, en passant par Mao et Deng Xiaoping, le régime ayant, au prix d’extraordinaires soubresauts, extrait la Chine de son histoire dynastique, n’a pas oublié le passé de ses relations heurtées avec l’Occident.

Quand en 2014, année du cinquantième anniversaire de la « reconnaissance », le journaliste Jean-Pierre Elkabbach, spéculait encore, 44 ans après la mort de Charles de Gaulle, sur l’excellence d’une relation particulière, il s’est entendu répondre par Wu Jianmin, ambassadeur de Chine à Paris qui fut le traducteur français de Mao durant la révolution culturelle, que la relation franco-chinoise n’avait pas commencé en 1964 et que les Chinois n’avaient pas oublié le sac du Palais d’été par les troupes franco-anglaises en 1860.

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Il faut se rendre à l’évidence, la relation franco-chinoise d’abord heurtée, mais qui, après la reconnaissance, avait connu une période faste, se replie aujourd’hui autour des sujets prosaïques de la réciprocité et du déficit commercial dans un contexte général de crispations européennes croissantes, elles-mêmes homothétiques du durcissement américain autour du « dumping » chinois, de l’accord sur les investissements que Bruxelles tarde à signer et des captations de technologies dénoncées par Berlin [1].

Ainsi, quand le Président appelle Pékin à l’ouverture, promettant en retour un bon accueil aux investissements chinois en France, Bruno Lemaire son ministre de l’économie, exprime une très forte dissonance dans une interview à Europe 1, se disant opposé aux « investissements de pillage » d’un partenaire dont les stratégies sont toujours articulées « aux rapports de forces. » lire : Le nouveau réalisme des relations franco-chinoises sur fond de crispations européennes.

Tel est le contexte incertain ayant présidé à l’annonce de coopérations bilatérales et de plusieurs projets en Chine d’entreprises françaises et, à une échelle moindre, des intentions chinoises en France.

Notes :

[1En mai 2017, les États membres de l’UE s’étaient déjà entendus sur de nouvelles armes antidumping visant la Chine et ses exportations à prix cassés.

En juin 2017, ces aigreurs sino-européennes, homothétiques de celles avec les États-Unis ont percé la surface des bonnes paroles diplomatiques du sommet Chine – Europe à Bruxelles. En représailles des blocages européens, Li Keqiang, le premier ministre chinois refusa d’endosser une déclaration conjointe sur le climat. A cette occasion, il n’a pas évoqué l’accord de Paris ni commenté la décision de la Maison Blanche de s’en retirer.

En arrière plan de cette prudente discrétion perce le souci constant de la Chine de ménager les États-Unis qui, à rebours de l’llusion d’une relation franco-chinoise exemplaire, restent le point focal des stratégies extérieures de Pékin, ce qui réduit mécaniquement la marge de la France.


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