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›› Editorial

Les deux « sessions » d’une Chine à l’économie blessée et au nationalisme ombrageux

Wang Yi, un homme d’appareil nationaliste et ombrageux.

Le 24 mai, la conférence de presse du Ministre des Affaires étrangères Wang Yi face à un public de journalistes clairsemé par l’obligation de distanciation a, quant à elle, été dominée par l’apologie de la réaction chinoise à l’épidémie et l’idée d’un « village mondial solidaire contre l’ennemi commun viral », la Chine ayant, selon lui, lancé « la plus vaste opération de secours humanitaire jamais organisée par un pays ».

L’hyperbole de Wang Yi, qui, au passage, rappela que la « Chine n’était plus ce qu’elle était il y a un siècle », était une critique indirecte de la campagne de harcèlement anti-chinoise lancée par Washington.

Ciblant sans répit les cafouillages initiaux de Pékin à Wuhan en janvier, elles laissent même planer la menace d’assigner la Chine en justice, une éventualité qualifiée par Wang Yi « de provocation 滥诉 lansu par laquelle les auteurs ne font que se déconsidérer moralement eux-mêmes 必将自取其辱 bi jiang zi qu qi ru ».

La réponse chinoise au déclenchement de la maladie à Wuhan qui fut, selon lui, rapide et transparente – ce qui est au mieux une « nuance » par rapport à la réalité - a toujours selon Wang Yi, « protégé la communauté internationale de manière efficace et responsable. »

Résilience chinoise dans une relation sino-américaine délabrée.

Le deuxième point fort de sa conférence fut précisément le constat de la spectaculaire dégradation des relation sino-américaines, - « au bord de la guerre froide », a t-il dit, le visage fermé -, en soulignant – coup de pied de l’âne - le très mauvais bilan des victimes de l’épidémie aux États-Unis, comparé à celui de la Chine.

S’il est vrai que la relation a en effet objectivement atteint son plus bas niveau depuis 30 ans, il convient de tempérer le jugement de Wang Yi, ulcéré par les incessantes attaques de la Maison Blanche, en rappelant que la situation des échanges commerciaux entre la Chine et les États-Unis reste encore très éloignée de celle d’une « guerre froide » [1].

Dans la foulée de son jugement pessimiste sur l’état de la relation sino-américaine, faisant dans le même temps l’éloge des liens avec Moscou, Wang Yi, a appelé Washington à coopérer avec Pékin sur un mode « gagnant – gagnant et de respect réciproque - 双赢-相互尊重 ».

Pour autant, affirmant crânement la résilience chinoise, il martela qu’en dépit des pressions, « la Chine ne changerait pas – 中国不会改变 » et que, restant fidèle aux « caractéristiques chinoises – 中国 特色色 », elle continuerait à promouvoir « la globalisation - 全球化 - », une bravade qui paraît aveugle aux contrefeux antichinois allumés partout en Occident et dans de nombreux autres théâtres, y compris en Asie du Sud-est et en contradiction avec l’exigence exprimée par Xi Jinping de placer la consommation intérieure au cœur de l’économie.

La remarque renvoyait en miroir à la crainte chinoise que la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement révélée par la pandémie accélère les mouvements de relocalisations hors de Chine. Lire : Effets de la guerre commerciale sur le tissu industrie.

Alors que, répondant à une question d’un journaliste japonais de Kyodo News sur les relations entre la Chine, le Japon et la Corée du sud, et à une autre de l’agence de presse égyptienne Middle East News Agency (MENA) sur l’aide chinoise à l’Afrique, Wang Yi venait de longuement exposer les intentions de coopération pacifique de Pékin en Asie du nord-est ainsi que la générosité chinoise en Afrique, une question du correspondant de CNN sur la nouvelle agressivité de « Loups guerriers » de la diplomatie chinoise jeta un froid.

Irascible et calculateur.

Après avoir reconnu avec une aigreur crispée le droit des journalistes à poser les questions qu’ils voulaient 我尊重你提问题的权利, Wang Yi, connu pour sa grande susceptibilité nationaliste, a commencé à répondre par une leçon de morale internationale adressée à D. Trump et à la vaste mouvance antichinoise aux États-Unis transcendant les clivages politiques : « Celui qui ne distingue par le vrai du faux 人无是非 inspire la défiance 难以立信 ; de même un pays qui ne distingue pas le vrai du faux 国无是非, ne peut pas trouver sa place dans la famille des Nations 难以立世.

Puis, élevant son discours à hauteur de l’histoire millénaire de la Chine, il a contredit l’accusation d’agressivité par une référence édifiante au caractère intrinsèquement pacifique des Chinois, à leur pondération et à leur courage.

« Depuis les temps anciens, la Chine est largement reconnue comme une nation de modération. Nous, les Chinois, apprécions la paix, l’harmonie, la sincérité et l’intégrité. Nous ne choisissons jamais de nous battre ou d’intimider les autres, mais nous avons des principes et des tripes. » (…) « Nous rejetons les insultes délibérées, les calomnies sans fondement et défendons résolument notre honneur, notre dignité nationale, l’équité, la justice et la conscience humaine. »

Aux autres questions embarrassantes, Wang Yi a répondu sur le même ton de la bonne foi outragée rejetant assez souvent la responsabilité des tensions sur Washington.

Dans la péninsule coréenne, Pyongyang avait fait un geste de bonne volonté ; il fallait maintenant que les États-Unis répondent par des initiatives concrètes ; à propos de la mer de Chine du sud, évoquée par un journaliste du Strait Times, il a nié les tensions en cours, pourtant conséquences directes des revendications territoriales chinoises, et fait l’éloge de la coopération toujours meilleure entre Pékin et l’ASEAN ;

L’attitude pacifique de la Chine est, dit-il, ciblant directement Washington et le Japon, « en contraste radical avec celle de quelques pays étrangers à la région coutumiers de démonstrations de forces 在向南海增派军机军舰炫耀武力, dans le but de semer la discorde entre la Chine et l’ASEAN, mettant en péril la stabilité acquise au prix d’efforts importants 破坏南海得来不易的稳定局面 ».

Sur la mer de Chine du sud, lire le rappel de la réalité très éloignée du discours de Wang Yi sur la situation de l’Asie du Nord-est où l’agressivité chinoise a, en dépit de l’attrait du marché chinois principale destination des exportations de tous les pays, allumé quelques contrefeux antichinois au Vietnam, en Malaisie, en Indonésie et d’une manière plus flottante, aux Philippines : En mer de Chine du sud, les limites de la flibuste impériale chinoise.

L’inflexible politique d’une seule chine.

De même, à une question sur Taïwan liée aux relations avec Washington et avec l’OMS, posée par un journaliste irlandais, la réaction du ministre est restée inflexible et figée, quand bien même la réaction de l’Île à la pandémie fut exemplaire et rigoureuse.

Ayant évité de mettre son économie à l’arrêt par un confinement total, la direction taïwanaise peut, aujourd’hui, grâce à son expérience passée du SRAS en 2003 et à l’expertise du vice-président Chen, lui-même épidémiologiste, se flatter d’avoir limité le bilan de l’épidémie à un des plus faibles taux de victimes au monde (7 décès pour 23 millions d’habitants).

Et pourtant, alors que l’expérience de Taipei aurait pu éclairer nombre de pays, l’Île gouvernée par une présidente indépendantiste qui refuse de concéder qu’elle fait partie de la Chine, n’a pas été autorisée par l’OMS sous influence de Pékin, à participer à la 73e assemblée mondiale de la santé organisée par l’OMS du 17 au 21 mai.

« En refusant le consensus de 1992 (par lequel le Parti Communiste Chinois et son vieux rival de la guerre civile, le KMT reconnaissent que Taïwan est la Chine), le gouvernement de Taïwan, a martelé Wang Yi, a lui-même fermé la porte à toute consultation avec Pékin sur la possibilité pour l’Île de participer à des activités internationales ».

De même, sur la question du rattachement au Continent, et en dépit des résultats des scrutins ayant porté au pouvoir pour la deuxième fois en 15 ans un président indépendantiste, malgré le refus unanime des deux partis politiques d’une réunification aussi longtemps que le PCC sera au pouvoir sur le Continent, Wang Yi a exprimé une position statufiée et inflexible, comme dictée par une fatalité céleste.

« La réunification des deux côtés du détroit de Taïwan est la tendance de l’histoire. Aucun individu ou aucune force ne peut l’empêcher de se produire. Nous exhortons la partie américaine à apprécier pleinement la grande sensibilité de la question de Taïwan et à respecter le principe d’une seule Chine et les trois communiqués sino-américains. » (…)

(…) « Nous conseillons à la partie américaine d’abandonner ses illusions et ses calculs politiques et de ne pas tenter de contester la ligne rouge de la Chine ou de mal juger la ferme détermination de 1,4 milliard de personnes à défendre l’unification nationale. »

La carte sauvage de Hong Kong.

Enfin, ajoutant encore à l’aigreur inédite de la relation sino-américaine, les sessions ont baigné dans la tension qui monte à Hong Kong après le projet rendu public lors de la réunion de l’ANP de promulguer une loi sur la sécurité du territoire dite de « sécurité nationale ».

Le projet qui a soulevé de vives réactions à Hong Kong et un tollé aux États-Unis où Trump a promis des sanctions, vise directement à couper court à un retour des manifestations de l’année 2019 et à tuer dans l’œuf tout mouvement indépendantiste.

La perspective politiquement insupportable pour Pékin ulcéré par l’intrusion de Washington dans ses affaires intérieures, est devenue un des principaux soucis du régime.

Sa crainte est que les manifestations monstres de l’année 2019, ponctuées de graves violences, menées par une jeunesse survoltée et très politisée ne soient le prélude à une rupture catastrophique, portant le risque de compliquer la rétrocession en 2047. Lire : Hong Kong : bataille rangée, controverse juridique, souveraineté et droit des individus.

Note(s) :

[1Certes les offensives douanières de D. Trump ont réussi à contracter le déficit commercial américain passé de 80 à 54 Mds de $ soit une chute de 26 Mds de $ pour les 3 premiers mois de 2020.

Mais la réalité est que les relations commerciales bilatérales du premier trimestre 2020 sont encore proches de 100 Mds de $ (ce qui, en glissement annuel, placerait pour l’ensemble de l’année 2020 la Chine au 3e rang des partenaires commerciaux de l’Amérique, derrière le Canada et le Mexique et devant le Japon (218,3 Mds de $) (source : Trade in Goods with China)


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