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›› Chronique

Mer de Chine du sud. Entre postures agressives et crainte d’un dérapage militaire

Les deux marines se défient mais ne s’affrontent pas. Aux incursions de l’US Navy (manœuvres des groupes aéronavals, missions dites de « Liberté de navigation » conduites dans les eaux réclamées par la Chine autour des îlots) Pékin répond par des exercices à tir réel, dont certains sont, comme fin août 2020, ponctués des tirs de missiles balistiques « tueurs de porte-avions ». L’objectif, pour l’instant improbable de Pékin, est de pousser progressivement la marine américaine hors de la zone.

Le bâtiment sur la droite de l’image est une frégate rapide furtive jaugeant 3000 t. Dédiée au combat en zone côtière, elle a une vitesse maximum de 40 nœuds. Le programme qui s’est heurté à des problèmes techniques et à des dépassements de budget a été stoppé. La marine américaine aligne 35 unités de ce type. Un autre programme désigné sous le sigle FFG-X a été lancé en 2017.


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Au cours des années 2019 et 2020, la mer de Chine du Sud a été le théâtre de postures militaires concurrentes entre la 2e artillerie, la marine de l’APL et celle des États-Unis. Cette note fait le bilan des activités navales chinoises et américaines depuis 2019.

L’effervescence des postures connut un point d’orgue à la fin août 2020 par un extrême raidissement chinois, quand la 2e artillerie effectua un tir de missiles balistiques anti-navires dans les parages de Hainan (lire : La puissante menace régionale des missiles chinois.).

La séquence généra une avalanche de commentaires sur les risques de guerre. Il est exact que les crispations réciproques ont atteint un niveau alarmant. Pour autant, l’examen des postures et des ripostes fait apparaître une réalité plus nuancée que celle spéculant uniquement sur l’agressivité chinoise.

Dans un article publié le 1er décembre par China Leadership Monitor, Oriana Skylar Mastro, réserviste de l’armée de l’air américaine, spécialiste de l’armée chinoise à l’Institut des études internationales de Stanford, membre de l’Américain Enterprise Institute, propose un angle de vue original.

Analysant le « timing » des réactions chinoises, elle avance l’hypothèse qu’elles ne sont pas les prémisses d’un conflit mais, au contraire, l’indice d’une inquiétude. Les postures martiales, les tests missiles sont en réalité parties d’une stratégie de dissuasion relayée par les médias officiels.

Plus encore, orchestrés par la direction politique du régime, les raidissements militaires accompagnés de commentaires de presse officiels ou semi-officiels édifiants mettant en scène la puissance de l’APL et de ses missiles tueurs de porte-avions, sont l’expression d’un malaise.

La conclusion de l’auteur est que « l’intensification de l’activité militaire chinoise est probablement le signe d’un sentiment d’insécurité. » Elle ajoute que « c’est parce qu’il se sent vulnérable que le régime se cabre. »

Le fait que le discours soit abondamment répété par la presse et la télévision nationales conforte l’idée d’une intention dissuasive, articulée à la fois à des réactions de force et à une campagne publique mettant en garde contre le risque d’une catastrophe.

En arrière-plan surgit le sentiment d’une contradiction. Alors que le nationalisme du régime lui interdit toute concession territoriale en mer de Chine du sud qui pourrait apaiser les tensions, il n’en est pas moins inquiet que sa posture finisse par provoquer un engrenage néfaste. Prenant les devants il en attribue la responsabilité à Washington.

Pressions de l’US Navy.

Le destroyer lance-missiles USS Mac Campbell en mission « liberté de navigation - FONOP - » près des Paracel début janvier 2019. (photo US Navy). Le passage avait soulevé la réaction du Waijiaobu qui avait accusé Washington de violer la loi chinoise.


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Si, mettant de côté les analyses portant les arguments du droit international et du respect de la Convention de Montego Bay, on examine le sujet sous le seul angle « de l’agressivité », il est un fait qu’au cours des huit derniers mois, Pékin a été confronté à des pressions américaines sans précédent dans l’histoire des relations bilatérales.

Après les déclarations de Mike Pompeo, l’été dernier ayant qualifié de « complètement illégales », les revendications de Pékin sur les ressources offshore, Washington a fermé le marché américain à 24 entreprises chinoises impliquées dans le bétonnage des îlots.

A côté des sanctions économiques (lire : Féroces offensives américaines contre la Chine. Régression politique de l’appareil. L’Occident en quête de son humanisme perdu.), les « missions pour la liberté de navigation – freedom of navigation operations - FONOP - » sont l’autre moyen de pression contre l’expansionnisme chinois.

Arborant un immense pavillon américain, les missions FONOP autour d’une partie des douze îlots désormais contrôlés par Pékin, dont certains militarisés et élargis par bétonnage, prétendent freiner l’élargissement de la souveraineté chinoise vers le sud, jusqu’aux parages de l’Indonésie dont l’archipel contrôle le passage vers l’océan indien et le Pacifique sud [1].

Sous l’administration Trump, leur fréquence a notable augmenté. Dans les seules années 2018 et 2019, l’US Navy a pénétré douze fois à l’intérieur des 12 nautiques autour des îlots et récifs réclamés par la Chine que Pékin considère comme ses eaux territoriales. Au cours des six premiers mois de 2020, le Pentagone a ordonné autant de « FONOP » qu’au cours des deux dernières années du mandat d’Obama.

En juillet 2019, eut lieu une démonstration de forces exceptionnelle. La mer de Chine a en effet été survolée par deux bombardiers stratégiques B-1B, tandis que le porte-avions (PA) USS Ronald Reagan (88 000 t) entrait sur le théâtre par le nord.

Au cours du seul mois de septembre 2019, des appareils de reconnaissance américains se sont approchés 60 fois des côtes chinoises. Un an plus tard, au mois d’octobre 2020, venant de l’océan indien, l’USS R. Reagan était de retour pour la troisième fois avec son groupe aéronaval, composé entre autres du croiseur lance-missiles USS Antietam (9000 t) et du destroyer USS Halsey (9300 t).

Plus largement, dans la seule année 2019, l’US Navy a conduit 85 exercices conjoints avec ses alliés dans le Pacifique occidental, au milieu des tensions croissantes avec la Chine, marquées par les fermetures des consulats chinois et américain à Houston et à Chengdu.

A la fin septembre, lors de la cession virtuelle des NU, D. Trump n’a pas ménagé ses coups, stigmatisant « l’origine chinoise de la pandémie », ce qui – c’est une première de la part d’un dirigeant chinois s’exprimant publiquement à l’ONU – a contraint Xi Jinping à accuser son homologue américain de mentir. Lire : Le théâtre d’ombres de la 75e Assemblée Générale des NU. Mensonges et durcissement militaire. L’Europe en désarroi.

En haussant l’observation d’un étage et notamment en s’intéressant au calendrier, on perçoit que les accès de pugnacité agressive de Pékin sont une riposte aux pressions tous azimuts exercées par Washington. Sur le théâtre de la mer de Chine du sud, les réactions militaires furent certes spectaculaires, mais elles ont systématiquement évité le contact direct avec les unités de la marine américaine.

Note(s) :

[1Officiellement la position de Washington est de ne pas interférer dans la querelle à propos de la « ligne en 9 traits. », dont le concept élargit les frontières de la Chine de près de 2000 km vers le sud, au mépris de la souveraineté des riverains. Il reste que les contestations exprimées ponctuellement autour des îlots par les missions « FONOP », qui affirment un « droit de passage innocent » dans des eaux revendiquées par Pékin comme ses « eaux territoriales » sont un rappel régulier du droit de la mer.


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