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« Micro-puces » et droit de propriété. La violente riposte américaine contre la Chine et ses contrefeux

La guerre froide des microprocesseurs, marquée par une succession d’embargos américains infligés à la Chine qui se met lentement en ordre de bataille pour sauver son secteur et riposter ne fait que commencer. On mesure le caractère explosif de la rivalité si on se souvient que le siège de TSMC, le n°1 mondial de la fabrication de puces sous licence américaine se trouve à Taïwan.

Dès lors, la féroce compétition technologique croise l’enjeu historique de la rivalité sino-américaine et sino-japonaise, la conjonction des deux ayant la vertu néfaste de porter les tensions à leurs extrêmes.

Le contexte est un fond de tableau explosif. Depuis 1949, - mais la tension dans le Détroit est historique - l’émotion nationaliste du régime chinois vise sans esprit de recul la réunification, dont Xi Jinping fait de manière plus incandescente que ses prédécesseurs l’un des enjeux de la renaissance nationale affirmée contre les « valeurs » de l’Occident (photo AP, Nikkei Asia).


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Le 7 octobre, une nouvelle salve de restrictions américaines a sérieusement augmenté le handicap des sociétés chinoises opérant dans le secteur des microprocesseurs. L’essentiel interdit aux entreprises américaines ou étrangères ainsi qu’à des personnes isolées établies aux États-Unis, de vendre les technologies les plus avancées de fabrication de microprocesseurs à des entreprises chinoises opérant sans licence des équipements ou des technologies d’origine américaine.

Pour Dylan Patel, analyste chez le consultant « Semianalysis » spécialisé dans le marché global des « puces », il s’agit « d’une déclaration de guerre froide économique contre la Chine lancée par les États-Unis qui tentent de disloquer l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement des hautes technologies avant que les ingénieurs chinois ne parviennent à les assimiler. ».

Dans un récent article paru le 19 novembre dernier, dans Foreign Policy, Agathe Demarais, auteur de « Backfire » dont le sous-titre est « How Sanctions Reshape the World Against U.S. Interests  », analyse les effets indésirables des sanctions et fait le point de cette compétition de hautes technologies au cœur des rivalités sino-américaines de puissance, déjà plusieurs fois documentée par QC : La guerre mondiale des semi-conducteurs & Les efforts « techno-nationalistes » de Pékin.

Elle en mesure à la fois les effets indésirables et les implications géopolitiques à long terme dont elle dit qu’elles domineront le paysage stratégique global au-delà de 2050. Résumant par une métaphore sa pensée qui, contrairement à ce que laisse entendre le titre, n’est pas par principe opposée aux sanctions parfois efficaces, elle explique que leur abus par Washington [1], a le même effet que l’usage excessif d’antibiotiques.

A doses mesurées, ils sont efficaces, mais utilisés à tous propos, ils créent une accoutumance qui réduit leur efficacité, en même temps qu’ils favorisent des contrefeux. C’est le sens du sous-titre du livre évoquant le « Remodelage de la géopolitique mondiale contre les intérêts américains. »

Pour autant, il serait erroné de croire qu’aux États-Unis les scientifiques ne seraient pas, comme la plupart de leurs collègues étrangers, occidentaux ou non, persuadés que les échanges et le partage de la recherche sont les conditions indispensables aux progrès de la science. Mais la réalité est que le pillage systématique dont le moteur est l’obsession chinoise de rattrapage de puissance, a atteint un tel niveau qu’il a réussi à fédérer les plus réticents.

Tout indique que la décision d’embargo sur les microprocesseurs a été prise après l’alerte lancée par d’influents représentants de la communauté scientifique américaine. Lire : Avis de rupture du monde de la high-tech.

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Le constat d’Agathe Demarais [2] (lire : How the U.S.-Chinese Technology War Is Changing the World) n’est pas optimiste.

Il commence par une anecdote illustrant les effets indésirables de l’embargo décidé par D. Trump sur l’utilisation par l’administration des drones beaucoup moins chers mis sur le marché par le groupe chinois DJI qui, grâce à un rapport qualité-prix imbattable, inonde 70% du marché global des drones civils.

Résultat, lors des vastes incendies ayant ravagé la Californie et l’Oregon en 2020, les sauveteurs n’avaient plus de drones pour superviser la lutte et contrôler l’évolution des foyers. A l’origine de l’embargo, il y avait le soupçon paranoïaque que les drones seraient équipés de dispositifs techniques permettant de transférer des informations sensibles à la Chine. Pour désamorcer la campagne, DJI avait même délocalisé un centre de production aux États-Unis. En vain.

Si on y ajoute un autre embargo ciblant les systèmes « IGNIS » d’alerte-incendies et de gestion des ripostes, lui aussi interdit parce qu’il contient des pièces de fabrication chinoise, le résultat pour l’efficacité de la lutte contre les grands feux de forêts est catastrophique. Les équipes de pompiers n’opèrent plus qu’à 25% de leur potentiel.

Note(s) :

[1Citons – mais la liste n’est pas close - celles contre la Corée du Nord (1950), Cuba (1958), la Syrie (1986), l’Iran (1979, levées en 1981, réintroduites en 1987), le Venezuela (2019), la Russie (2022).

A ces sanctions contre les États constitués s’ajoute une longue suite de mesures contre des personnes pour des motifs divers souvent liés à la corruption ou aux droits de l’homme, dans une dizaines de pays africains, en Chine, à Hong-Kong, au Myanmar, en Biélorussie, en Moldavie, en Irak, au Liban, en Turquie et en Ukraine.

On se souviendra aussi que l’arrière-plan moral des sanctions affiché par les autorités américaines est souvent brouillé par la stratégie brutale de Washington pour protéger son hégémonie dans certains secteurs, comme celui de l’énergie.

Ce fut le cas de l’arrestation aux États-Unis de Frédéric Pierruci incarcéré dans une prison de haute sécurité américaine, officiellement pour corruption, en réalité parce que le groupe Alstom dont il était un des hauts cadres en Asie, envisageait une coopération avec la Chine à partir des turbines « Arabelle », ayant par le truchement du vaste marché chinois des centrales, le potentiel d’installer une hégémonie globale franco-chinoise.

Lire à ce sujet : « Le piège américain », la montée en puissance de la Chine et les risques d’un engrenage global qui hausse l’analyse à hauteur de la compétition globale sino-américaine.

[2Agathe Demarais est la directrice des prévisions mondiales de « l’Economist Intelligence Unit (EIU)  », le centre de recherche indépendant du magazine britannique The Economist. Ses travaux portent sur les sanctions, l’économie et la géopolitique, notamment en lien avec la Russie. Auparavant elle avait travaillé durant six ans pour la Direction Générale du Trésor à Moscou et Beyrouth.


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