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Mise en garde contre des « risques inhabituels de sécurité ». Retour à la « prudence stratégique » ?

Asie Centrale, les ferments des tumultes à venir.

L’ancien Turkestan russe à l’ouest du Xinjiang, limitrophe de zones refuges de l’Islam radical au Pakistan et en Afghanistan. A mi chemin entre la Chine et le chaudron chaotique du Moyen Orient il constitue une zone potentiellement très instable devenue le ferment des connivences anti-terroristes entre Moscou et Pékin.

Le défi terroriste qui couve sourdement en Asie centrale est attisé par une multitude facteurs où se croisent des motivations mafieuses de narcotrafiquants, les revenus du pétrole, le capitalisme sauvage sur fond de despotisme inflexible, la faible qualité des dirigeants en poste depuis trop longtemps, les frustrations socio-économiques de populations laissées pour compte, les transes religieuses radicales des « fous de Dieu » et les facteurs géopolitiques d’un nouveau « très grand jeu », analysé par René Cagnat dans Diploweb : Où va l’Asie centrale ? Entre Chine, Russie et Islam, entre la Russie, la Chine, l’Islam radical et les États-Unis.

Mais Diploweb n’est pas le seul à s’intéresser aux risques de déstabilisation de l’ancien Turkestan soviétique que prolonge naturellement le Turkestan chinois, nouvelle frontière de Pékin ou Xinjiang (新疆). Le 20 janvier, sous le titre « Syria calling. Radicalisation of Centra Asia », l’International Crisis Group de Bruxelles (I.CG.) publiait un papier qui focalisait sur migrations djihadistes et les porosités entre la Syrie et l’Asie Centrale (document PDF).

Les attractions de la révolution syrienne.

2000 à 4000 combattants djihadistes dont une majorité issue d’Ouzbékistan et de la vallée de la Ferghana, avec aussi des Tadjiks, des Kyrgyz, des Kazakhs et des Turkmènes se seraient déjà rendus en Syrie pour se battre aux côtés de l’État Islamique ou procurer une assistance humanitaire à ses combattants. Des douzaines d’entre eux seraient morts. Comme presque toujours, la dernière étape vers la zone des combats est la Turquie où la plupart des ressortissants d’Asie Centrale sont exemptés de visas. Les Uzbeks en obtiennent un, valable un mois, sans formalité particulière à leur arrivée.

Peut-être plus préoccupant, la publicité médiatique faite à la révolution syrienne a apporté une motivation nouvelle aux radicaux d’Asie Centrale tels que ceux du Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (MOI). Créée en 1998, un moment affaibli par la mort de son chef Tokhir Yuldashev tué par une attaque aérienne en 2009, le MOI (IMU en Anglais), sert aujourd’hui de base arrière spirituelle, idéologique et logistique à nombre de surgeons radicaux tels que le Jamaat Ansarullah, créé en 2010 par le Ouïghour Amriddin Tamarov, membre du MOI et réfugié en Afghanistan, créant une porosité qui, aux approches directes de la Chine, renforce la connexion entre les groupes aux intentions terroristes.

Les apparences de l’immuable et les ingrédients de la tempête.

René Cagnat qui vit une grande partie de l’année dans la région, analyse les multiples facteurs qui, en amont des surgissements islamistes, ont progressivement mis la région en effervescence. Ils vont de la chute de l’URSS à la richesse en hydrocarbures et en matières premières (10% des ressources mondiales de pétrole, 15% du gaz et 20% de l’uranium), objet des rivalités entre Moscou et Pékin, en passant par l’héroïne et le cannabis sources infinies des revenus des narcotrafiquants d’Afghanistan, d’Asie Centrale et du Moyen Orient. Au bas mot 900 Mds de $ en dix ans qui confèrent aux mafias de la drogue une capacité d’action supérieure à celle des États, quand elles ne les entraînent pas dans leurs trafics.

A ces excitants de première grandeur, sources de toutes les cupidités, s’ajoutent les rivalités inter-ethniques et nationalistes faciles à manipuler, d’autant que sous la chape des dictatures fermentent les redoutables poisons de la misère sociale auxquels les potentats locaux apportent peu de remèdes autre que le durcissement répressif. Ces braises qui couvent doucement sous les apparences de l’immuable, aujourd’hui attisées par les réseaux islamo-mafieux possèdent un violent potentiel explosif auquel Moscou et Pékin sont très attentifs.

En Russie, resurgissent les « vieilles peurs enfouies de l’islam barbare et irrationnel qui menace la Russie dans son intégrité territoriale et dans son identité » (Patrick Karam, Docteur en Sciences Politiques, spécialiste des relations internationales et notamment du Caucase et d’Asie centrale), tandis que Poutine « craint que l’islamisation du monde arabe ne finisse par contaminer les Républiques musulmanes d’Asie centrale, voire même la Fédération de Russie » Arielle Thedrel, « L’islam radical n‘épargne pas la Russie ».

Le Figaro.fr, 13 novembre 2012 : L’islam radical n’épargne pas la Russie.

En Chine, les tensions avec les Ouïghours se sont exacerbées depuis 2009, dans un cycle provocation - répressions qui nourrit les violences. Depuis 2007, au moins 900 morts sont à déplorer dans des affrontements presque toujours attisés par un arrière plan culturel et religieux qui s’ajoute aux frustrations socio-économiques.

La situation n’a certes rien voir avec les conflits chaotiques du Moyen Orient, mais elle est assez préoccupante pour que le régime chinois désigne le phénomène comme porteur d’une menace de sécurité exceptionnelle. Du coup, analyse René Cagnat, l’Asie Centrale qui fut d’abord le théâtre des rivalités sourdes entre Moscou et Pékin, est progressivement devenue le ferment d’un rapprochement sino-russe contre la menace de l’Islam radical, en grande majorité sunnite.

Resserrement Pékin - Moscou.

Le péril, aujourd’hui clairement identifié, nourrit la connivence stratégique entre Russes et Chinois qui protège Bashar El Assad face aux Occidentaux et contre les insurgés syriens largement infiltrés, contrôlés par les mouvances radicales, elles-mêmes en partie alimentées par les combattants venus d’Asie Centrale.

Alors que Poutine était culturellement porté à se rapprocher de l’Occident, les pressions américaines et européennes à ses approches stratégiques occidentales appuyées par l’OTAN ont accéléré le basculement russe vers la Chine matérialisé de manière emblématique par le gigantesque contrat gazier d’une durée de 30 ans entre CNPC et Gazprom, signé en mai 2014 pour une valeur de 400 Mds de $, après dix années de négociation sur les prix.

Même s’il est difficile de préjuger de la nouvelle solidité des liens entre deux voisins qui furent souvent rivaux, le fait est qu’aujourd’hui, après les pressions américaines et européennes à l’Est de l’Europe contre Poutine, l’Asie Centrale menacée par les transes islamistes radicales sert de liant supplémentaire au rapprochement. Les attitudes et les discours des dirigeants russe et chinois le démontrent.


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