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Mise en garde contre des « risques inhabituels de sécurité ». Retour à la « prudence stratégique » ?

Poutine au chevet de Karimov. Douchanbé : le réveil anti-terroriste.

Le 10 décembre 2014 Vladimir Poutine était à Tachkent où Islam Karimov, le président ouzbek, le mettait en garde contre les risques de l’Islam radical. Des centaines de volontaires endoctrinés et frustrés ont quitté le pays pour la Syrie, soit pour combattre aux côtés de la rébellion contre Bashar el Assad, soit pour lui apporter une aide logistique.

En visite à Tachkent le 10 décembre dernier, Vladimir Poutine a évoqué le risque islamiste avec le très despotique président ouzbek Islam Karimov (76 ans), au pouvoir depuis un quart de siècle. Après avoir rappelé que la Russie comptait nombre d’émigrés d’Asie Centrale, le maître du Kremlin a affirmé « partager les soucis du président Ouzbek », inquiet de la montée de « l’Islamisme rampant ».

Plus encore, ajoutant que la situation risquait de se tendre après le départ d’Afghanistan des troupes de l’OTAN, Poutine rejoignait les réflexions des responsables afghans et les inquiétudes chinoises exprimées lors de la visite à Pékin en novembre du président Ashraf Ghani Ahmadzai, remplaçant de Karzai.
Lire notre article Le pragmatisme chinois et le bourbier afghan.

Le risque terroriste a également pesé lourd dans l’agenda de la dernière réunion de l’Organisation de Coopération de Shanghai (O.C.S) à Douchanbe, les 11 et 12 septembre derniers. Au fil des ans, le volet défense et anti-terroriste de l’O.C.S est devenu un des leviers chinois de la lutte contre le séparatisme ouïghour au Xinjiang.

Logiquement, le président Xi Jinping a placé les objectifs de sécurité en tête des priorités de la Chine, proposant des coopérations entre les systèmes juridiques, le contrôle d’Internet et la fermeture des sites religieux extrémistes. En même temps, il a exhorté ses partenaires de l’O.C.S à prendre en main à leur niveau les défis de la menace terroriste.

L’intervention du Président tadjik Rahmon, hôte de la conférence, lui aussi en poste depuis 22 ans, a sans le nommer, fait allusion à l’État Islamique en Syrie et en Irak dont des ramifications ont déjà contaminé tous les pays de l’O.C.S, y compris les pays observateurs.

Faisant allusion aux capacités financières des organisations islamo-mafieuses, il pointait du doigt la nouvelle puissance « des acteurs non étatiques » dotés d’équipements militaires qui, jusqu’à présent, n’étaient détenus que par les gouvernements réguliers. « De telles évolutions », a t-il précisé, « modifient de manière significative la nature du problème et l’approche que nous devons adopter pour le résoudre ».
Lire notre article L’OCS à Dushanbe. La menace terroriste ébranle les anciens équilibres stratégiques.

Washington manoeuvre.

Restent les Etats-Unis, troisième acteur du « Très Grand Jeu » évoqué par René Cagnat. Alors que la connivence sino-russe se resserre autour des risques terroristes en Asie Centrale où Washington a perdu ses leviers d’influence, la Maison Blanche confortée par les nouvelles sources d’énergie des schistes bitumineux s’éloigne insensiblement de l’Arabie Saoudite et manœuvre pour tenter de desserrer la proximité entre Pékin, Moscou et Téhéran.

Ainsi s’explique la nouvelle patience de Washington à l’égard de l’Iran que la Maison Blanche rêve peut-être d’enrôler dans la lutte contre les Sunnites radicaux de l’État Islamique. En arrière pensée aussi : la situation instable du Pakistan qui inquiète Pékin tout autant que l’Asie Centrale et pourrait constituer le levier d’une coopération discrète des États-Unis avec la Direction chinoise.

Alors que le Bureau Politique chinois tentait à sa manière expéditive de mettre les imams islamistes hors d’état de nuire par des procès « en charrettes » condamnant d’un coup jusqu’à 22 prêcheurs illégaux le 10 novembre dernier, le président Obama s’est écarté des habituelles critiques sur la manière dont Pékin gérait les tensions au Xinjiang, fondées sur le droit et les standards de la justice occidentale. S’adressant à l’agence officielle Xinhua, il a expliqué que « les groupes terroristes ne devraient pas être autorisées à s’implanter à la périphérie de la Chine. »

Une réflexion qui semblait faire écho aux préoccupations exprimées par Pékin quand, le 27 août dernier, le China Daily et d’autres médias avaient, contrairement à leur habitude, rendu publique la confession de Memetuhut Memetrozi co-fondateur de l’ETIM, condamné à la prison à vie qui expliquait avoir été radicalisé dans une école coranique au Pakistan en 1992.

Malgré le poids des anciennes alliances…

Le 26 janvier, le général pakistanais Raheel Sharif, était à Pékin. Après avoir rencontré Zhang Dejiang et Yu Zhengsheng, les n°3 et 4 du régime, il s’est entretenu avec le général Fan Changlong, le 2e vice-président de la Commission Centrale. Au programme : la lutte contre les Taliban.

Mais les vieilles alliances ont la vie dure et continuent à peser sur la situation et leur affichage est important. Le 26 janvier, pendant que le président Obama était l’invité d’honneur de la fête nationale indienne, moins de 4 mois après la visite de Modi à Washington, et au moment où Washington et New-Delhi signaient un accord sur le nucléaire civil, la Chine accueillait à Pékin le Général Raheel Sharif, commandant l’armée de terre pakistanaise

…Pékin garde ses distances.

Au programme de la visite du Général Sharif, le souci n°1 des Chinois : l’offensive pakistanaise en cours contre les Taliban, les groupes radicaux et les représentants dans les zones tribales de l’ETIM (East Turkestan Islamic Movement). La campagne anti-terroriste avait été intensifiée en réaction au massacre de 150 personnes dont 134 enfants dans une école de Peshawar en décembre. Islamabad a également levé son moratoire sur la peine de mort et approuvé la création de tribunaux militaires pour juger les crimes terroristes.

Pendant ce temps, les États-Unis qui, comme la Chine, surveillent de près l’évolution de la situation au Pakistan, continuent à appeler Pékin à coopérer sur le terrorisme, mais les réponses publiques de la direction chinoise restent évasives, tandis que la prudence stratégique exprimée par le communiqué du 23 janvier signale plus que jamais le souci de Pékin de se recentrer sur ses intérêts stratégiques directs, en évitant de se laisser enfermer dans les rigidités d’une alliance quel que soit son bord.

Une réserve, un discernement et une vigilance qui concernent tout à la fois Moscou, Islamabad et Washington. Une prise de distance qui, au-delà des discours, diffuse l’impression que la direction politique agira plus que jamais en fonction des seuls intérêts de la Chine pour relever les défis internes et externes auxquels le pays est confronté. Dans l’esprit des dirigeants chinois ils sont doubles : protéger le magistère du Parti et moderniser le pays, ce qui dépasse d’ailleurs les seules questions de sécurité anti-terroriste.


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