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Pollution et prostitution : Les effets mitigés de la transparence

La lutte contre la prostitution reçoit un accueil en demie teinte.

Si la transparence écologique a reçu un accueil favorable, parfois chaleureux dans les milieux des activistes de l’environnement, l’autre exercice de vérité sociale pour dénoncer la prostitution, lancé par le jeune Secrétaire Général de la région de Canton Hu Chunhua (50 ans), membre du Bureau Politique, a suscité des réactions plus mitigées.

Le 9 février au soir, la télévision d’État a diffusé un reportage qui détaillait les affres du trafic des charmes féminins à Dongguan au nord du golfe de Zhuhai à 50 km à l’est de Canton. Utilisant des caméras cachées, les journalistes de CCTV ont investi plusieurs hôtels de luxe de la ville et quelques Karaokés pour montrer des images de femmes exposées en petite tenue affichant le prix de leurs services, parfois derrière des vitres sans tain permettant aux clients de faire leur choix en toute discrétion. Le reportage mettait à jour toute l’organisation très efficace de la prostitution à l’œuvre dans la ville, avec même des cahiers de doléances à la disposition des consommateurs.

Ce n’est pas la première fois que le pouvoir politique s’en prend à la prostitution interdite mais tolérée et utilisée par un nombre important de cadres du Parti. A la veille des JO de 2008, de multiples descentes de police avaient brutalement fermé les bars et nombre de maisons closes opérant sous le couvert pudique de l’hôtellerie ou d’établissements de bains. Cette fois aussi, la rafle a permis d’arrêter plusieurs dizaines de prostituées et de fermer nombre de bars. Mais c’est la première fois que la mesure était accompagnée d’une telle publicité télévisée.

L’intention qui était moralisatrice avait aussi pour but de lutter contre la corruption de l’administration et de la police, dérapages collatéraux habituels du commerce de femmes. Elle a été suivie d’un raid d’assainissement par la police assistée d’équipes spéciales venues de Pékin dont l’action, annoncée le 11 février, durera trois mois. 162 suspects ont été mis en examen, 39 établissements ont été fermés et le radar de la sécurité publique a pris dans son collimateur Liang Yaohui, propriétaire d’un groupe pétrolier, membre de l’Assemblée Nationale Populaire et président du Crown Prince Hotel, un cinq étoiles compromis dans la prostitution mis sur la sellette par l’émission de CCTV.

Dans un contexte où le pouvoir n’est pas prêt d’éradiquer le commerce de femmes, partie intégrante de la culture de loisirs des cadres du parti et des nouveaux capitalistes, une activité lucrative qui, à Dongguan concerne 800 000 prostituées, il n’est pas impossible que le cas de Liang et ceux de ses semblables soient en réalité les véritables cibles de la campagne dont le coup d’envoi a été donné en fanfare par une émission de la télévision d’État.

La surprise est que l’émission, au lieu de recueillir l’approbation de la société a suscité des réactions d’hostilité sur les réseaux sociaux où fleurirent les critiques contre ce qui était perçu comme une atteinte injuste à une activité professionnelle comme une autre. D’autres soupçonnaient une manœuvre de la propagande pour détourner l’attention publique des vrais problèmes du pays « on s’acharne sur les prostituées, pendant que les cadres volent l’argent public et sont à l’origine d’une importante fuite des capitaux ». Des commentaires critiquèrent aussi l’aspect superficiel, accrocheur et voyeur de l’émission, stigmatisant l’absence d’analyse des causes sociales de la prostitution.

Le statut de la prostitution fut également abordé, avec nombre de commentaires cités par le Global Times réclamant la décriminalisation du commerce de sexe et l’instauration de taxes obligatoires. A quoi Lu Weiqi un des adjoints du bureau de la sécurité publique de Dongguan a répondu que la ville s’efforcerait de mieux réguler une activité qui avait brouillé les valeurs humaines. Peu de commentaires se sont inquiétés du sort des femmes, hormis les prostituées elles-mêmes qui s’insurgèrent contre leur « discrimination ».

Enfin une des seules réactions stigmatisant la liberté laissée aux proxénètes qui asservissent les femmes traitées comme un objet économique est venue de Lü Xinyu, directrice du département de journalisme de l’université Fudan à Shanghai : « la libéralisation de l’industrie du sexe soumise aux règles du marché ne résoudra pas le problème des femmes réduites en esclavage par la prostitution ».

En s’attaquant à la prostitution Hu Chunhua a ouvert une boîte de Pandore noyée dans une avalanche d’hypocrisies morales et commerciales, entourant une activité lucrative qui profite à nombre d’officiels. La contradiction a été pointée du doigt par un internaute : « Ce type de commerce n’est pas possible en Chine sans l’appui de la police (...). Ce que le peuple veut réellement que vous fassiez, c’est d’abord nettoyer vos soit-disant forces de police ».


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