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Projets spatiaux chinois et rupture de la coopération avec l’Occident

La concurrence du projet Artémis

Avec 61,967 Mds de $, les États-Unis restent de loin le plus gros investisseur dans l’espace. Cependant, à mesure que plus de pays s’engagent dans le secteur, leur part des dépenses mondiales a été réduite, passant de 76% en 2000 à 60% en 2022.

Aujourd’hui, le programme spatial américain porte lui aussi un nom mythologique. Celui d’Artémis, fille de Zeus et sœur jumelle d’Apollon, déesse de la nature sauvage, de la chasse et de la fertilité dont le symbole également associé à celui de la chasteté et de la puissance féminine, véhicule cependant moins de vertus édifiantes que les mythes chinois de la déesse Chang’e ou du Lapin de Jade.

Son objectif, directement concurrencé par les programmes chinois, sur un mode de compétition et d’affichage de puissance préoccupants, est de ramener, 56 ans après les premières missions d’Apollo en 1969, un équipage sur le sol lunaire en 2025. En ligne de mire, l’exploration durable de notre satellite et, comme les Chinois, mais de manière séparée, l’installation d’une base permanente.

Artémis permettra aussi la mise au point des équipements et des procédures pour l’exploration de la planète Mars où la concurrence sino-américaine a également débuté sur un mode d’extrême concurrence. Lire : Le « Dieu du feu » chinois s’est posé sur Mars.

Dans la perspective de l’obsolescence de la Station Spatiale Internationale, le programme Artémis comprend à la fois la mise au point, en cours depuis 2011, d’un futur lanceur lourd « SLS – Space Launch System -  » capable de placer plus de 40 tonnes en orbite lunaire qui seront les éléments d’une nouvelle station spatiale dite « Space Gateway », gravitant autour de la lune.

La phase suivante développera l’exploration lointaine de l’espace et de la planète Mars dont la base de départ sera « Space Gateway – ou Lunar Gateway », grâce à un vaisseau spatial de grande taille baptisé « Deep Space Transport ».

La brièveté des délais a obligé la NASA à sous-traiter certains éléments du programme comme le vaisseau lunaire HLS (Human Landing System), les modules robots ainsi que leur lancement et le ravitaillement de la station spatiale à plusieurs sociétés privées [1], dont la plus connue est la société Space X.

Pour attester à quel point y compris la privatisation de certaines missions, les programmes spatiaux chinois suivent l’exemple américain pour le concurrencer, rappelons que plusieurs sociétés privées chinoises (ou s’affichant comme telles) opèrent aussi au profit des programmes de l’agence spatiale chinoise 中国国家航天局 en Anglais China National Space Administrattion - CNSA - (lire : Premiers pas hésitants des compagnies privées dans l’espace).

Le projet de base lunaire chinoise et la disparition de l’esprit de coopération.

Voilà quelque temps que la Chine communique plus ou moins officiellement sur la nature et les modalités de son projet phare d’installer une ou plusieurs bases logistiques sur la lune.

Le 8 avril 2023, plus de 100 chercheurs s’étaient rassemblés à l’Université des Sciences et Technologies de Huazhong à Wuhan pour un colloque dont le sujet était la construction de bases sur la lune à l’échéance 2028 en utilisant les matériaux du sol lunaire.

Le projet désigné sous le vocable International pour attester de la coopération avec la Russie « 国际月球研究站 Lunar Research Station (ILRS) », planifié en trois phases, devrait être mené à terme en 2050. La première phase prévue à l’échéance 2028, sera conduite par le truchement des missions Chang’e 4, 6,7 et 8 d’exploration des ressources lunaires et de tests des équipements.

Une autre série de six missions (baptisées ILRS 1 à 5) entre 2030 et 2040, permettra d’achever la version finale de la station.

*

Mais pour l’heure, les coopérations avec les projets américains et européens encore très actives il y a seulement cinq années, sont sous l’éteignoir. En 2017, l’Agence Spatiale Européenne avait envoyé deux astronautes au centre spatial de Yantai pour un entrainement conjoint de 9 jours.

A ce moment l’Agence européenne avait déclaré : « Notre objectif ultime est d’établir une coopération à long terme avec la Chine et que les astronautes européens travaillent sur la station spatiale chinoise ».

Cinq années plus tard, l’ambiance a radicalement changé. En janvier dernier, selon le South China Morning Post, le Directeur Général de l’Agence européenne, l’Autrichien Josef Aschbacher déclarait qu’il n’avait pas l’intention d’envoyer des astronautes sur la station chinoise.

« Nous sommes très occupés à tenir nos engagements et nos activités sur la Station spatiale internationale et nous n’avons ni les budgets ni l’autorisation de nous impliquer dans la station chinoise »

La fin de non-recevoir, première manifestation officielle d’une rupture consommée, avait eu lieu moins de deux mois après le retour sur terre des trois astronautes chinois de Shenzhou 14 en Mongolie Intérieure, le 4 décembre 2022.

Au cours de leurs 183 jours dans l’espace, Chen Dong, Liu Yang et Cai Xuzhe – partis dans l’espace le 5 juin 2022 (lire : Espace et marine de guerre) ont supervisé la dernière étape de la construction de la station Tiangong.

Le 30 mai dernier décollait Shenzhou 16, porté par une roquette Longue March 2-F, première mission scientifique opérationnelle depuis l’achèvement de la station. A bord, le professeur Gui Haichao, 39 ans, Ingénieur de l’aérospatiale, premier civil chinois envoyé dans l’espace.

Note(s) :

[1Blue Origin, Northrop Grumman Systems, Sierra Space Corporation, Space Exploration Technologies (Space X), Special Aerospace Services.


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