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Au Moyen-Orient, la Chine s’est placée au centre. La Syrie en otage.
En prenant du recul on constate que l’accueil réservé par Xi Jinping à Bachar el Assad accompagne la sortie de l’ostracisme du dictateur à nouveau accueilli par la Ligue Arabe en mai dernier, dans une zone où, par des initiatives spectaculaires, Pékin a récemment bousculé le jeu américain du Moyen-Orient.
L’ébranlement de la chasse gardée de Washington s’est fait, non seulement en développant la relation avec Téhéran (lire : L’Iran, enjeu historique du défi chinois à Washington), mais, plus encore, en favorisant un très inattendu rapprochement entre les Ayatollahs chiites iraniens et la monarchie sunnite de Ryad, alliée de Washington. Lire : Un vent chinois s’est levé au Moyen Orient.
Plusieurs commentateurs soulignent l’opportunisme stratégique chinois qui tire profit de la situation délabrée de la Syrie sans ressources, ostracisée et sanctionnée par l’Occident, ravagée par les bombes russes et, disent-ils, mise en coupe réglée par Vladimir Poutine qui continue d’exiger du régime de Damas qu’il paye non seulement ses dettes, mais également les factures de l’intervention ayant sauvé in-extremis Bachar el-Assad.
La situation confinant au cynisme, prend en otage les Syriens et place le président Assad sous la dépendance directe de la Chine. Pour Damas qui a rejoint les Nouvelles Routes de la Soie chinoises en janvier 2022, Pékin représente à la fois l’espoir d’un financement de la reconstruction du pays et une marge de manœuvre, non seulement vis-à-vis des sanctions occidentales, mais également à l’égard de l’emprise russe.
Plus que jamais se confirme le réalisme de Charles de Gaulle « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ».
Éteindre les mèches de la rupture avec l’Europe.
Enfin, attestant qu’en recevant Bachar el-Assad, au milieu des suspicions et critiques occidentales, Pékin ne perd pas de vue ses intérêts directs visant à dissocier l’Europe de la tentation de rupture exprimée par Washington, le 25 septembre, le jour même du départ du dictateur syrien venu en Chine à la tête d’une forte équipe gouvernementale (Ministres des AE, de l’économie, du commerce et des Affaires présidentielles), He Lifeng membre du Bureau Politique en charge de l’économie, proche ami de Xi Jinping, entamait un cycle de rencontres avec les responsables européens.
Le thème ? Tenter de désamorcer la méfiance européenne qui, à la suite de Washington, a instauré des restrictions sur le transfert des hautes technologies vers la Chine.
La première étape eut lieu le 25 septembre à Pékin lors du 10e dialogue sino-européen sur l’économie et le commerce. Selon He Lifeng qui a rencontré Valdis Dombrovskis, le Commissaire européen au commerce, « les deux parties ont convenu de travailler ensemble pour stabiliser les chaînes d’approvisionnement et s’opposer au découplage ».
Une semaine plus tard, le 1er octobre, He était à Francfort où le ministre allemand des finances Christian Lindner, lui faisait la promesse que Berlin continuerait à soutenir la Banque chinoise des Investissements et de l’Infrastructure – AIIB - (lire : La Banque chinoise d’infrastructures et les fausses manœuvres américaines), deuxième plus grande banque multilatérale de développement au monde, après la Banque mondiale.
Indice que la contre-attaque chinoise visant à désolidariser l’Europe des embargos américains commence à fonctionner, le soutien allemand arrivait quatre mois après que Chrystia Freeland, l’homologue canadienne de Lindner annonçait le gel des relations d’Ottawa avec l’AIIB en attendant une enquête sur les allégations d’un haut dirigeant canadien de la banque qui stigmatisait « La généralisation d’une mentalité communiste dominant le fonctionnement de la banque depuis sa création. »
