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Mais il y plus. Développée sous la protection des forces de l’ISAF, l’action de la Chine, parfois considérée en Occident comme cynique et intéressée, est appréciée par le gouvernement de Kaboul.
Les investissements chinois ont brutalement changé d’échelle en 2007, avec l’offre très généreuse d’un consortium minier piloté par l’État chinois, comprenant 3,6 milliards de $ pour l’exploitation de la mine de cuivre d’Aynak dans la province de Logar, ainsi que la construction d’une usine électrique et d’une voie de chemin de fer reliant le Tadjikistan au Pakistan, en appui des vastes projets miniers que les appétits chinois ne pourront que multiplier.
Il faut se rendre à l’évidence, la Chine considère l’Afghanistan - son flanc sud fragile et instable - comme un objectif stratégique majeur et lui consacre d’importantes ressources financières, technologiques et humaines, dans un registre et selon un concept très éloigné de ceux qui sous-tendent l’approche occidentale. Plus encore, tout indique que la manière chinoise séduit l’actuel gouvernement afghan, avide de capitaux et de savoir-faire, tandis qu’une participation de l’APL aux opérations militaires, selon des critères imposés par l’OTAN, est exclue.
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Considérée sous l’angle régional, l’absence de dialogue réel entre Pékin et la coalition est absurde. C’est probablement ce que voulait souligner le Secrétaire Général de l’OTAN, le 7 février dernier. Il reste que, s’il est vrai que la coopération est souhaitable, un terrain d’entente est pour l’heure difficile à trouver, entre l’OTAN, pour qui un désengagement militaire serait assimilé à une catastrophe et la Chine, qui réclame le départ des forces, tout en profitant de leur présence pour développer ses projets.
Entre ces deux positions incompatibles, les plus optimistes pensent qu’un juste milieu est possible. En échange de la protection des forces de la coalition, Pékin, renonçant à ses exigences de retrait, accepterait d’activer ses liens privilégiés avec les militaires pakistanais pour les inciter à passer d’une posture d’alerte contre la menace indienne à un engagement déterminé et durable contre les radicaux et le terrorisme.
En admettant que la Chine veuille jouer le jeu et appuyer une stabilisation sous couvert de l’OTAN, ce qui paraît peu probable, sauf au prix d’importantes concessions, de nombreuses autres coopérations seraient théoriquement possibles, entre la puissance financière chinoise et les immenses besoins afghans - y compris ceux relatifs à la solde des militaires, gage de leur loyauté -, et en appui d’une politique d’ouverture vers les moins radicaux des Talibans, prélude à une réconciliation des Afghans.
Il resterait encore à régler la question de la corruption du régime, à l’origine des frustrations et, par corollaire, celle de la stabilité politique du pays et de sa sécurité, en amont d’un processus, dont on voit mal la fin.
