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Quels effets la crise mondiale aura-t-elle sur la Chine ?

Le taux d’épargne des Chinois est certes impressionnant, prés de 40% du PNB. L’épargne monétaire des ménages, selon les dernières statistiques disponibles de la Banque du Peuple de Chine était fin 2004 de 15 723 milliards de yuans , (soit 1 720 milliards d’euros). Une jolie somme mais qui n’en fait pas un Crésus. A titre de comparaison, l’épargne se monte pour l’ensemble de la zone euro à 805 milliards d’euros, somme enrichie par les placements financiers : 1 407 milliards d’euros pour l’Allemagne, France, Espagne, Royaume Uni et Italie à la fin 2008, selon l’Observatoire de l’épargne européenne. Quant aux Japonais, elle tourne autour de 1 504 000 milliards de yens (13 270 milliards d’euros).

Second aspect. La consommation des ménages représente 38% du PNB, c’est l’un des taux les plus bas du monde. Les derniers chiffres des ventes de détails - peu fiables à cause de la fraude fiscale et du manque d’appareils statistiques - donne une fois rapportés à la population et divisé par le nombre de mois, une consommation par habitant mensuelle de l’ordre de 66 euros (nourriture, etc). Comme 55% de la population est rurale donc vit en quasi autosuffisante hors de l’économie marchande, disons que les urbains claquent autour de 100 euros par mois en moyenne. Ce qui n’est pas bezef !

Puisque le pays reste pauvre d’où vient sa croissance ? Son moteur est l’investissement industriel, immobilier et en infrastructures : 40% du PNB. Comme ce n’est pas la consommation des ménages qu’est ce qui finance cet effort énorme ? C’est le commerce extérieur, c’est-à-dire les consommateurs endettés des pays développés, surtout anglo-saxons. Les exportations pèsent 41% du PNB et les importations 31% (qui servent à 60% aux exportations).

Les exportations chinoises justement représentent 29.1% des exportations asiatiques (contre 10.3% en 1990). On peut y voir un signe de puissance ou une dépendance dangereuse. Car on dit dans le commerce, le client est roi, ce n’est pas le vendeur ! 22% des exportations chinoises partent vers les Etats-Unis (contre 10% en 1990) et 23.5% vers l’E.U (contre 14.7% en 1990). Or ce point nous ramène au point de départ : la surconsommation financée par l’endettement qui a tiré ces trente dernières années la croissance mondiale. Ce « modèle anglo-saxon » - l’Australie a également un taux d’épargne négative (-1.4%) ne peut exister qu’à condition que l’endettement des ménages et la hausse des actifs se poursuivent. Si au contraire, la source se tarit, l’économie mondiale entre en récession, voire en dépression. Les économistes ont calculé que si les ménages américains retrouvent un taux d’épargne de 8% de leurs revenus, (ce qui est un taux disons normal, en France, Allemagne et Italie, il est de 11%) cela provoquera une contraction (une croissance négative) de 5% du PNB américain, entraînant forcément le reste du monde, les Américains assurant à eux seuls 40% de la consommation mondiale. On y est probablement entré dans cette phase de contraction, il suffit de voir comment l’ensemble des indicateurs plongent. Quel sera l’impact sur la croissance, et la stabilité politique, de la Chine d’une telle contraction ? La réponse dépend de la sévérité et de la durée de la récession mondiale.

Après cette analyse, B. Birolli rend compte des réactions du net chinois à l’annonce des mesures décidées par le pouvoir. La plupart des commentaires sont sceptiques, souvent pessimistes, parfois ironiques. Comme celui-ci : « « Fin 2010, on aura investi 4 000 milliards, je ne suis même pas sûr que ce chiffre soit vrai ! Mais qui va absorber ces investissements ? Les sociétés d’Etat ! Cela veut dire encore plus de corruption ! Les usines qui exportent seront foutues, les migrants qui y travaillent renvoyés chez eux mais comment vont-ils vivre. Chaque paysan n’a même pas un hectare de terre à cultiver. Construire des routes et des immeubles, ce n’est pas élever le niveau technologique d’un pays ! Dans trois ans, alors que le monde sortira de la crise, la Chine s’enfoncera ! ».

Mais l’humour décapant des Chinois n’est jamais bien loin : « Du ciel tombera une pluie bien forte (le ciel représente le pouvoir, et la pluie est symbole de l’argent NDLR). Chacun doit prendre une bassine et essayer d’attraper quelques gouttes. Pour certains, cette pluie donnera de grands fleuves, des longues rivières, des lacs et des étangs et d’autres à peine de quoi remplir un verre ! Mais après ça, n’oubliez pas de vous prosterner devant le bon Dieu pour le remercier ! ».


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