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Réformes économiques : vastes desseins et grands obstacles

Photo : Projection de la croissance. Source Prof Caifang Directeur de l’institut de démographie et d’économie de l’Académie des Sciences Sociales.

Les grandes ambitions des réformes.

Selon Michael Pettis, titulaire d’un MBA de l’Université de Columbia aux États-Unis qui enseigne à l’Université du Peuple à Pékin, le bouleversement en cours a deux objectifs : 1) Redistribuer de manière plus équitable une partie de la richesse captée par les élites ; 2) Accumuler dans le pays ce qu’il appelle « un capital social » dont le but est de susciter un environnement favorable à l’entreprise et à la création de valeur ajoutée.

L’ambition s’articule autour d’un arsenal légal stable, protecteur et rassurant, d’un système financier allouant les ressources non pas à l’aune de la puissance politique, mais en fonction de la rentabilité et de la qualité des projets, d’une culture de gouvernance transparente des entreprises, d’attitudes politiques régulées par l’éthique, de niveaux d’éducation et de santé élevés et enfin d’un système fiscal équitable et suffisant.

Xi Jinping construit un « capital social »…

Toujours selon Pettis, la marche vers un meilleur « capital social » est identifiable dans presque toutes les initiatives récentes du régime, qu’il s’agisse de la réforme foncière, de celle du Hukou, des nouvelles politiques de protection de l’environnement, de la libéralisation des taux d’intérêt, des nouvelles procédures d’allocation des capitaux, de l’élimination des subventions ou de la vérité des prix, à quoi s’ajoute la lente mise en place de filets sociaux. Toutes ces réformes sont en effet de nature à transférer de la richesse de l’État et des élites vers les ménages et les P.M.E.

…au prix de la croissance.

Pour autant, Pettis identifie que ces réajustements ne se feront pas sans difficultés. Selon lui, ils induiront d’abord une baisse sensible de la croissance dans les années qui viennent jusqu’à des niveaux aujourd’hui difficiles à prévoir, mais que lui situe à 4%, à l’instar de plusieurs centres de recherches anglo-saxons. Pour L’OCDE, s’il est vrai que la part de la Chine dans le PNB mondial passerait de 16% en 2010 à 28% en 2050, ce retour de puissance de la Chine s’accompagnera du recul de la croissance qui passera de 6,8% en 2020 à 4% en 2030 en passant par 5 % en 2025.

La fatalité du recul de la croissance pourtant déjà commencée est cependant contestée par certains économistes experts de la Chine, comme Nicholas Lardy – « Markets over Mao : The Rise of Private Business in China » (2014). Ce dernier estime que le recul sera compensé par la hausse de la part des services dans le PNB. Il reste que la contraction observée à 7,3%, la plus faible croissance depuis 2009, produit des inquiétudes et des réflexes de relance qui sont autant de freins à la réduction du crédit, une des armes principales de la remise en ordre des finances publiques.

Le recul des indicateurs au 3e trimestre…

En octobre, ajouté à la baisse de la croissance, l’indicateur d’achats était à nouveau en baisse à 50,8 après le rebond de septembre ; les investissements japonais multipliés par deux dans l’ASEAN se sont contractés de 4,3% par rapport à 2013, année où déjà ils avaient chuté de plus 7% - résultat de la baisse de 30% du Yen, de l’augmentation des coûts de production en Chine et des tensions politiques en Tokyo et Pékin - ; dans le même temps les investissements dans l’immobilier d’entreprise continuent à baisser, tandis que les prix de l’acier et du charbon se contractent et que dans 70 villes du pays, les prix des logements neufs chutent après les envolées de 2010 – 2013.

Plus inquiétant pour les entrepreneurs qui anticipent une raréfaction des crédits, plusieurs des grandes banques ont annoncé une contraction des dépôts, conséquences des mesures de la banque centrale destinées à lutter contre la manipulation des taux d’intérêt, un des facteurs de l’excès de liquidités.

Hormis la Banque de Construction, ICBC, la Banque de Chine, les banques de l’agriculture et celle des communications ont toutes annoncé une forte contraction des dépôts avec un record de 63 Mds de $ pour ICBC. Si les banques respectent les ratios de la Commission de Régulation Bancaire, auxquels elles peuvent de moins en moins se soustraire, les mois qui viennent verront à la fois une chute mécanique des crédits et l’augmentation des taux. Simultanément, effet de la faiblesse du marché immobilier, ICBC rendait compte d’un nouveau gonflement des dettes toxiques dans son bilan. (Bloomberg)

…induit des réflexes protecteurs.

Le tassement de la croissance produit un sentiment d’angoisse dans l’oligarchie et nourrit les résistances aux changements de la part de ceux qui bénéficièrent des anciens schémas de développement et ont le plus à perdre des bouleversements en cours ou annoncés. Nous en sommes là : tandis que les féodalités se retranchent, le Bureau Politique et Xi Jinping rassemblent leurs forces et s’assurent – éventuellement par l’intimidation - le soutien des militaires et de l’administration, depuis la Commissions de Contrôle des actifs de l’État (SASAC) jusqu’aux gouvernements locaux en passant par Commission de la Réforme et Développement, bastions des conservatismes.

Lire l’article de Bloombert : Falling Chinese Bank Deposits Add to Warning Signs on Economy.

…et a déclenché des mesures de relance ciblées.

Pour éviter un ralentissement plus important dont une bonne partie de la nomenklatura connectée aux affaires et allergique aux réformes ne veut pas, le gouvernement tente de maintenir le crédit à un meilleur niveau tout en limitant le coût de l’emprunt. Il s’agit à la fois d’injecter du capital dans certaines banques qui se battent avec les ratios restrictifs, tout en évitant de manipuler à la baisse les taux d’intérêt.

A cet effet, en octobre, la banque centrale a injecté 500 Mds de Yuan (65 Mds d’€) de liquidités dans les comptes des cinq grandes banques publiques. Selon une source proche du système financier chinois, citée par Bloomberg, elle s’apprête à renouveler l’opération en novembre avec 200 Mds de Yuan (26 Mds d’€). En deux mois elle aura donc injecté près de 100 Mds d’€ pour soutenir la croissance.

Dans le même temps, le pouvoir poursuit ses initiatives réformistes avec cependant des résultats plus probants dans le secteur financier que dans celui des conglomérats d’État.


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