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Réformes économiques : vastes desseins et grands obstacles

Photo : Le graphe tiré du livre de N. Lardy « Markets over Mao : The Rise of Private Business in China » (2014), montre la part croissante du privé dans les exportations chinoises entre 1995 et 2014 et celle déclinante des entreprises publiques. Mais selon les analystes chinois eux-mêmes, les conglomérats publics abritent encore une grande partie des intérêts qui résistent aux réformes.

La vague réformiste continue dans la finance…

La Banque Centrale et la Commission de Régulation Bancaire (C.R.B) ont continué la politique d’ouverture voulue par Zhou Xiaochuan le Directeur de la Banque Centrale, destinée à casser les monopoles des banques publiques. Le 25 juillet en effet la C.R.B avait donné à 4 nouvelles banques privées jusqu’en avril prochain pour se mettre aux normes.

La décision qui touche de plein fouet les féodalités retranchées du système financier chinois venait après la choix de juillet 2013 d’autoriser des sociétés privées à proposer des services bancaires à leurs risques et périls et sous peine de sanctions pénales en cas de dépôt de bilan.

Les groupes ayant obtenu le feu vert sont Tencent qui établira une banque privée à Qianhai dans le sud de Shenzhen, le groupe Chint (équipements électriques, un moment en procès de propriété intellectuelle avec Shneider que ce dernier avait perdu), et le groupe Huafon (Chimie, Immobilier, métallurgie) qui proposeront des services bancaires à Wenzhou, auxquels s’ajoutent les groupes Huabei (cuivre) et Maigou (immobilier) investisseurs pour une banque d’affaires à Tianjin.

Sur le litige Scheider - Chint lire : Condamné pour contrefaçon, Schneider Electric écope d’une amende record en Chine.

…et dans l’industrie…

Dans le secteur industriel, les réformes d’ouverture du capital des groupes publics se heurtent à la complexité retranchée d’un système alourdi par les enchevêtrements entre la politique et les affaires d’où l’État aura du mal à se dégager.

En juillet, 6 grands groupes publics ont été sélectionnés pour une nouvelle phase pilote de réformes qui devrait mettre en œuvre des mesures destinées à désengager l’État.

Sont concernés : La compagnie nationale d’investissements et de développement 国家开发投资公司, le groupe national de céréales, huiles et produits alimentaires (COFCO) 中国粮油食品(集团)有限公司, le groupe national pharmaceutique (Sinopharm) 中国医药集团总公, en abrégé : 国药集团,la Compagnie Nationale de Matériaux Constructions (CNBM) 中国建材, la compagnie nationale d’économie d’énergie et de protection de l’environnement(CEPEP)中国节能环保集团公司 et le groupe international Xinxing Cathay 新兴际华集团, issu du département logistique de l’APL, impliqué dans une multitude d’activités qui vont de la métallurgie lourde à l’immobilier en passant par les machines agricoles, les pièces détachées d’automobiles, le textile ou les Terres Rares.

On constatera que les groupes d’hydrocarbures fiefs d’intérêts difficiles à bousculer, pourtant ciblés par la campagne anti corruption à l’instar de CNPC, ou d’autres comme SINOPEC dont le capital a été ouvert à la marge, ne figurent pas parmi les entreprises en charge de l’expérimentation. Dans les 6 groupes sélectionnés, les réformes porteront d’abord sur la composition des conseils d’administration. Aujourd’hui de pure forme, ils devront se mettre en mesure de représenter réellement les actionnaires, y compris les plus petits et de contrôler les investissements, tout en ayant la liberté de choisir les PDG et les grilles de salaires.

…au milieu de fortes résistances.

Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Le 8 août dernier le magazine CAIXIN faisait l’inventaire des obstacles sur la route de l’assainissement des grands groupes publics, qu’il juge bien plus complexe que celui des finances et des banques, car les grands conglomérats d’État ne sont pas tous du même pied et opèrent dans de nombreux secteurs très différents. Mais le premier obstacle, explique l’auteur, un expert chinois travaillant pour le Crédit Suisse, est que ceux en charge des réformes sont les plus concernés, donc juges et parties.

Aucun des responsables n’acceptera en effet de gaîté de cœur de se priver même partiellement de la tutelle de l’État s’il est confronté à un environnement très concurrentiel qui risque de nuire à ses intérêts. De même, il est évident que les fonctionnaires à la tête des groupes résisteront à leur remplacement par des PDG choisis par le conseil d’administration sur lequel ils avaient jusqu’à présent une autorité totale cautionnée par l’État. Le conseil lui-même n’étant qu’une chambre d’enregistrement de décisions prises ailleurs.

Enfin, nombre de groupes publics mal gérés et opérant dans des secteurs où l’État n’a rien à faire, comme l’immobilier ou les industries alimentaires résistent déjà à leur privatisation sous des prétextes divers tels que la sécurité alimentaire ou la complexité de la gestion des terrains urbains, objets de nombreuses corruptions.

Pour l’auteur, il s’agit là de manœuvres dilatoires destinées à protéger des intérêts acquis. Les défis mis en avant par les conservateurs allergiques aux réformes devraient se régler non pas par la mise sous tutelle des groupes par l’État, mais par une meilleure observation des lois et une augmentation des contrôles et des sanctions.


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