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Retour sur la santé publique en Chine

Le 28 octobre 2013, les médecins et personnels médicaux de l’hôpital de Wenling manifestaient pour protester contre les agressions par des patients et le décès de l’un des leurs tué à coup de couteau.

Tensions entre médecins et patients.

En octobre 2013, plusieurs centaines de médecins et infirmières s’étaient rassemblés devant l’hôpital de Wenling dans la province du Zhejiang après qu’un malade avait poignardé 3 docteurs dont l’un était décédé ; l’année précédente un autre médecin avait été attaqué par un patient mécontent à l’hôpital Tongren de Pékin.

En mars 2012 dans un hôpital de Harbin, une interne âgée de 28 ans avait été assassinée à coups de couteau par un jeune patient qui a également blessé deux auxiliaires de santé. Le 29 mars 2012 quelques semaines après, le China Daily publiait un article expliquant qu’en 2010, 17 000 incidents violents avaient affecté 70% des établissements de santé. La même semaine, le ministère de la santé révélait qu’en 2011 plus de 5000 personnels de santé avaient été blessés au cours d’altercations avec des malades.

Peu après l’incident de Harbin, le ministère de la santé avait fait installer des systèmes de surveillance et publiait une circulaire recommandant d’améliorer la relation avec les patients. Mais Caixin explique que compte tenu de la pénurie de médecins et de spécialistes ces derniers reçoivent jusqu’à 70 à 80 patients chaque jour ce qui leur laisse à peine 5 à 6 minutes par malade. Les autres effets pervers des faibles rémunérations sont la sur-prescription sur laquelle les médecins touchent un pourcentage dont le poids alourdit considérablement la facture de l’assurance santé, tandis que d’autres choisissent purement et simplement de quitter la profession pour devenir représentant médical dans des grands groupes pharmaceutiques étrangers.

La réalité des rémunérations des médecins.

En mars 2014, le Quotidien du Peuple a lancé une enquête anonyme pour connaître les véritables rémunérations des médecins en Chine (y compris les pots de vin sur les consultations et les actes chirurgicaux ainsi que les pourcentages sur les prescriptions). L’enquête a été conduite aux trois niveaux de qualité des hôpitaux de 1 (petit niveau) à 3 (qualité supérieure), chaque niveau étant lui-même divisé en sous-niveaux A,B,C, avec une tendance à l’inflation des classifications avec certains hôpitaux d’élite classés 3 A+. A la base un praticien d’un grand hôpital de la capitale touche officiellement 46 000 Yuan par an soit 5600 €.

Ces revenus sont substantiellement augmentés par des bonus offerts par l’hôpital, des commissions sur les prescriptions de médicaments et d’examens (également à la source de 50% des revenus des hôpitaux), des dessous de table offerts par des patients pour un traitement privilégié et enfin des extras effectués le week-end dans des cliniques privées. De cette manière les émoluments des docteurs peuvent atteindre 180 000 Yuans, soit 22 000 € par an. Un chef de département peut toucher jusqu’à 300 000 Yuans soit 36 000 €. Mais il est probable que les revenus réels de certains médecins vont bien au-delà.

Il existe des disparités entre les spécialités reines très bien payées (chirurgie, cardiologie, orthopédie) et les laissées pour compte (pédiatrie), ainsi que des différences entre médecins des grands centres urbains et ceux de l’arrière pays dont les revenus ne dépassent pas 10 000 Yuans par mois (1200 €). Un médecin d’une clinique de quartier ne touche que 600 € mensuels.

Sous évaluation financière du temps de travail des médecins…

Mais l’un de problèmes le plus ardus à résoudre est la sous évaluation économique du temps de travail des médecins dans les hôpitaux. L’enquête du Quotidien du Peuple donne l’exemple d’une opération du genou qui nécessite deux chirurgiens, deux infirmières et deux anesthésistes pour une durée d’une à trois heures, que l’hôpital n’estime qu’à 25 € par médecin en moyenne. Mais les « compléments » payés par les patients prenant en compte l’expertise des chirurgiens, le coût des équipements et celui des médecines, sont laissés à l’évaluation des équipes médicales, ce qui induit de fortes disparités de prix à « la tête du client », fonction de la cupidité des chefs d’équipe et de l’hôpital.

…à l’origine des revenus parallèles.

Selon certains pharmaciens interrogés par le journal « les plus audacieux des médecins prescrivent toujours les remèdes les plus chers, même s’ils ne sont pas toujours les plus appropriés et quand un nouveau médicament arrive sur le marché ils se précipitent pour l’ordonner, ajoutant une batterie d’examens très chers et pas toujours utiles ».

La situation, qualifiée d’explosive par le journal, marquée par une pénurie de médecins, de longues files d’attente et des prescriptions très onéreuses, crée une ambiance qui peut aller du mécontentement des patients à une vraie hostilité. Elle est résumée par une suite de formules abruptes : « kanbing nan » (il est difficile de consulter) ; « houzhen chang » (les attentes sont longues) ; « kanbing duan » (la consultation est brève) ; « kanbing gui » (les consultations coûtent cher) ; « jiancha duo » (il y a beaucoup d’examens) ; « yaofei duo » (les médicaments coûtent cher).

Lire notre article « Kan Bing Nan, Kan Bing Gui ». Malaise dans les hôpitaux chinois.


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