›› Taiwan
Ko Wen-je 55 ans, ici avec son épouse. Candidat sans étiquette mais soutenu par le DPP, il a remporté la mairie de Tapei avec une marge très confortable de 57,16% contre seulement 40,8% à son rival du KMT, le fils de l’ancien n°1 du parti Lien Chan, que ce dernier avait présenté à Xi Jinping en février 2013.
Poussée indépendantiste ; progrès des candidats sans étiquette…
Dans le paysage politique taïwanais, la capitale a toujours été considérée comme un des meilleurs tremplins vers la présidence. S’il est vrai que le nouveau maire, Président de l’Unité de Traumatologie à l’hôpital de l’Université Nationale de Taïwan, à la fois une des sommités de l’île dans la transplantation d’organes et un commentateur politique très présent dans les médias, était appuyé par le Parti indépendantiste et ses alliés, il a tout au long de la campagne pris soin d’expliquer que sa candidature transcendait les clivages partisans.
Il est probable que ce positionnement à la fois distancié des crispations indépendantistes et des allégeances au Continent, dans un fief tenu depuis 16 ans par le parti de Tchang Kaï-chek, lui aura facilité la victoire contre le poids lourd et membre du Comité Central du KMT qu’est Sean Lien, le fils aîné de Lien Chan, ancien Secrétaire Général du Parti régulièrement reçu par la direction chinoise depuis 2005. Le DDP a par ailleurs gagné les mairies de Taichung, Taoyuan, Keelung et Hsinchu ainsi que les fiefs de Penghu (Pescadores) et Kinmen où le KMT régnait depuis 20 ans.
A Taichung, Jason Hu (66 ans), ancien ministre des Affaires étrangères du KMT (1997 – 1999), maire de la ville depuis 2001 perd sa mairie au profit d’une autre figure du DPP : Lin Chia-lung (50 ans), Docteur en sciences politiques de l’Université de Yale. A Xin Taipei 新臺北 Eric Chu (53 ans), l’étoile montante du KMT, Docteur en finances de l’Université de New-York, vu comme un candidat possible aux présidentielles de 2016 conserve son siège de justesse.
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...les Conseillers de communes et de districts du KMT tiennent bon
Pour autant, l’examen des résultats de l’élection des conseillers municipaux ou de districts comparée à celle des maires révèle une situation moins catastrophique pour le KMT. Les maires ont certes bénéficié d’une puissante vague indépendantiste qui prend tout l’ouest de l’Île en écharpe à l’exception des districts de Miaoli, Hsinchu et du Nouveau Taïpei restés au KMT. Ce dernier étant également majoritaire dans les districts de Nantou et Taitung au centre et au sud-est de l’Île, tandis que le district de Hualian accueille une majorité de non inscrits.
Mais l’image de la répartition des conseillers montre une résistance du KMT dans ses bases électorales. Son implantation par le nombre de conseillers reste en effet forte à l’est, au centre et au sud-est de l’Île, alors que les indépendantistes ne sont en majorité qu’à Chiayi nouvellement conquis et dans les fiefs traditionnels du DPP, à Tainan et Kaoshiung. Cette réalité indique que le parti nationaliste est encore en mesure de livrer un combat efficace et qu’il est prématuré de préjuger de sa défaite aux présidentielles.
Le président Ma Ying-jeou très affaibli.
Il n’en reste pas moins que, pour l’heure, le scrutin rebat les cartes politiques. Le premier ministre et les 81 membres de son gouvernement ont démissionné, tandis que le président Ma Ying-jeou qui pourrait quitter la présidence du Parti, a perdu sa capacité d’action, notamment sur son projet politique majeur des relations avec le Continent déjà fortement mis à mal par le mouvement du tournesol de mars dernier.
A Pékin, Li Zhenguang, de l’Institut des études taïwanaises de l’Université de l’Union estime que la relation dans le Détroit est entrée dans une phase moins positive et affirme qu’il sera désormais difficile à la Chine et à Taïwan de signer de nouveaux accords, même si les négociations ne sont pas suspendues.
Peut-être conforté par la bonne tenue relative du KMT aux élections des Conseillers, le président Ma est resté optimiste, expliquant que le Parti restera à la pointe des réformes et de l’ouverture de l’Île. Il est cependant aux prises avec une fronde interne qui réclame sa démission de la tête du Parti et doit faire face à la désaffection de l’électorat déçu par le fiasco politique de l’Accord cadre sur les services en mars dernier, à quoi s’ajoutent les écarts de richesses et les prix très élevés de l’immobilier.
Pour la catégorie d’électeurs la plus jeune, également la plus critique de la politique chinoise de Ma Ying-jeou, l’inflation immobilière qui profite aux nantis, annule les bonnes performances économiques de l’Île et fonde les critiques du DPP.
S’il est vrai que le KMT est politiquement ébranlé et doit rétablir sa popularité compromise, les autres forces politiques à l’œuvre dans le Détroit ne sont pas mieux loties. Le DPP qui sort grand vainqueur du scrutin et dénigre la politique chinoise de Ma Ying-jeou, doit d’urgence définir lui-même une stratégie des relations dans le Détroit au milieu de fortes controverses internes.
Afficher clairement l’objectif d’indépendance comme il l’a fait jusqu’à présent risque de raviver les tensions avec Pékin et fermerait la porte à toute relation officielle avec le régime communiste, sans compter que les crispations nourries par l’affirmation de rupture, pourrait gêner sa course à la présidence de l’Île. A l’inverse, l’abandon, même provisoire, de l’objectif d’indépendance banaliserait le Parti et serait mal compris par les militants les plus actifs.

