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« Sources lointaines »

Par A Lai

A Lai (44 ans) est un écrivain tibétain du Sichuan, cette grande province chinoise du sud-ouest à laquelle Pékin a annexé une partie du Tibet traditionnel. Son enfance villageoise s’est passée dans un district de montagne, presque hors de portée de la révolution chinoise, à courir dans la nature autant qu’à aller à l’école.

Encore enfant, il se lie à Gongpo, un homme solitaire qu’une maladie de peau a exclu de la collectivité et qui est censé garder les chevaux du village errant en liberté. Gongpo vit à proximité d’une source chaude et soufrée où viennent boire les animaux. Il a la nostalgie de la steppe sur le haut plateau et parle sans cesse d’une merveilleuse source thermale qui s’y trouve dans un paysage magnifique, où hommes et femmes viennent se baigner nus et guérissent tous leurs maux. Jusqu’à sa mort tragique, A Lai vient souvent le voir, attiré par sa liberté et ses rèves.

Au village, qui est contrôlé par une « équipe de production » du district dont le membres sans visage viennent et partent par rotation, A Lai a aussi un camarade de son âge nommé Xianba. Les deux garçons sont doués et ne pensent qu’à s’évader dans le vaste monde, mais pas de la même manière, pas dans la même direction : A Lai sera un modeste artiste salarié, photographe et écrivain, prenant le temps de vivre et obsédé par la recherche de ce paradis-source thermale que Gongpo lui a légué ; Xianba, rapporteur et opportuniste, va être recommandé par l’équipe de production et recruté par l’Armée populaire ; tous les jeunes du village envient cette promesse de réussite comme fonctionnaire. Effectivement, Xianba va devenir sous-préfet et préfet, de plus en plus arriviste, arrogant, et maladroit avec le peuple.

Lui, A Lai, est indépendant, plus près des gens, et il cherche son paradis terrestre. Lorsque les deux camarades d’enfance se rencontrent à l’âge adulte, tout les oppose. Le préfet Xianba a voulu faire de la source paradisiaque un centre touristique moderne et, par incompétence, il a complètement saccagé le site. Celui-ci est désert et défiguré par des constructions délabrées. A Lai exprime sa nostalgie du village en bordure du Tibet et des grands espaces montagneux, soulignée par l’opposition des deux destinées dans le système. Lui n’aura connu qu’une « réussite » modeste ; Xianba, bien que préfet, n’aboutit qu’à l’échec. Il a détruit un éden sans même s’en rendre compte, il a détruit le rêve dont tout homme a besoin.


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