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Stabilité sociale, liberté d’expression et droits des particuliers

POLITIQUE INTERIEURE. BREVES (2)

Avis de tempête pour les plus riches Chinois.

Il semble que les Chinois les plus riches soient de plus en plus dans le collimateur de la lutte anti corruption. Récemment plusieurs d’entre eux ont été incarcérés, tandis que d’autres ont perdu une part importante de leurs avoirs.

Selon un rapport de REUTERS, les milliardaires – en Yuan -, dont le nombre a en 6 ans été multiplié par 20 font l’objet d’enquêtes serrées.
Le rapport cite, parmi d’autres les cas de Xu Ming, qui fut le 8e chinois le plus riche, incarcéré en mars 2012 pour ses liens avec les mafias de Chongqing et Bo Xilai ; et de Zheng Zengyu, n°10 sur la liste des fortunes chinoises, condamné à 16 ans de prison pour un scandale immobilier.

Forbes Magazine, qui cite des statistiques publiées par le China Daily, enquêtant sur la vie trouble des riches chinois, signale qu’en 2011 un milliardaire chinois était décédé tous les 40 jours ; entre 2003 et 2011, 72 milliardaires avaient trouvé la mort. Parmi eux 15 avaient été assassinés, 17 s’étaient suicidés, 19 avaient été victimes de maladies graves tandis que les 14 restant avaient été condamnés à mort et exécutés pour divers crimes, y compris des assassinats.

Ecarts de revenus. Menace politique.

Revenant sur les récentes controverses de décembre 2012, autour du coefficient de Gini publié par le gouvernement (0,47), que beaucoup d’experts chinois contestent, à commencer par Gan Li Directeur de recherches à la Banque Centrale, qui affirme que le coefficient aurait atteint le taux très alarmant de 0,61, l’AFP a sous la plume de Boris Cambreleng, publié le 9 février un rapport insistant sur l’urgence de réformes de fond pour corriger les écarts de revenus, dont l’aggravation devient une menace politique.

L’urgence est mise en avant par l’économiste Wang Xiaolu, dans le magazine Caijing, tout au long d’un article mettant en doute les statistiques officielles, selon lesquelles les 10% de Chinois les plus riches n’auraient qu’un revenu annuel moyen de 9500 $. Selon lui, ce pourcentage qui vise à minimiser les écarts de richesse est contredit par l’explosion du marché du luxe en hausse de 56% en 2012, attirant par centaines les marques étrangères, fabriquant des sacs à main, des yachts ou des voitures de sport haut de gamme.

Mao Yushi, un des économistes les plus engagés dans la promotion d’une réforme de fond du système financier, rappelait récemment que les grands groupes publics avaient tous un accès privilégié aux capitaux des banques d’état, tandis que les PME restaient sur la touche. « Les fils de Princes ont un accès illimité aux banques simplement par la vertu de leur naissance, et s’enrichissent par ce biais ». Il ajoute « par contraste on constate partout l’existence d’une société à deux vitesses, où la classe des puissants harcèle des autres, réalité qui est une des caractéristiques de la Chine d’aujourd’hui ».

Peu avant le Chun Jie, le gouvernement a annoncé quelques mesures destinées à réduire les tensions sociales nées de ces écarts. Dans les déclarations officielles, l’accent a été mis sur les mesures au profit des migrants, dont l’urgence a, au cours des récentes années, plusieurs fois été soulignée par l’Académie des Sciences Sociales. Selon Xinhua, qui ne précisait cependant pas de calendrier, leur accès aux soins, à l’éducation et aux services sociaux serait facilité et un processus destiné à les intégrer dans les tissus urbains allait être rapidement mis en route.

Des réductions de taxes seraient accordées aux revenus moyens et faibles, de sorte que le nombre de Chinois vivant avec moins de 1$ par jour serait réduit à 80 millions en 2015 (il était encore de 150 millions en 2011, selon Xinhua).

Mais, pour la plupart des analystes, les réformes de fond, qui heurteraient quelques prébendes et mettrait à jour l’ambiguïté idéologique de la relation du Parti avec la notion de propriété, consisterait non seulement à étendre à tous les agriculteurs le droit de disposer collectivement de leurs terres - soit pour les vendre, soit pour les hypothéquer en garantie de prêts bancaires - mais aussi à appliquer une taxe à la propriété, que certaines métropoles comme Shanghai ont déjà mis en œuvre timidement, mais que le Parti hésite encore à étendre à tout le pays.

Ces lacunes induisent de vastes manques à gagner et d’importants effets pervers influant sur la stabilité politique du pays. Les administrations locales, assez souvent en manque de crédits, continuent en effet à financer en partie leurs projets et leurs budgets par des spéculations foncières, dont les premières victimes sont les paysans évincés de leurs terres, en échange des très insuffisantes compensations.


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Par Caligula Le 23/02/2013 à 22h15

Stabilité sociale, liberté d’expression et droits des particuliers.

La répression exercée par le régime n’est-elle pas une fuite en avant ?

Car sur le plan économique, même si une baisse sensible a été enregistrée suite à la crise, les voyants sont au verts. Hors, l’économie ; ou plutôt son absence ; a été un des facteurs de la chutte de l’URSS. Reste le facteur humain, et là force est de constater que la libéralisation, partielle, de la société amène des changements dans les mentalités qui paraissent ne pas avoir été prises en compte par le pouvoir. D’où la fuite en avant.

N’y a-t-il pas comme un antagonisme entre d’un côté la modernisation des institutions, la hausse du niveau de vie, la prise en compte de l’environnement, l’ouverture au reste du monde, internet...et de l’autre le gouvernement qui réagit, quelquefois, comme un régime autoritaire ?

N’y a-t-il pas, non plus, un trop grand nombre d’intermédiaire entre le bureau central (siége des décisions), et les éxécutants (de ces décisions) au sein des différentes provinces, sans parler des cantons ?

Et l’armée dans tout ça ? Est-elle vraiment tenue par le pouvoir ?

Je sais, cela fait beaucoup de questions, mais c’est un sujet (la Chine) que j’aime bien...

Salutations.

Par François Danjou Le 24/02/2013 à 10h47

Stabilité sociale, liberté d’expression et droits des particuliers.

Merci de vos encouragements et merci aussi d’avoir corrigé la coquille, restée en ligne en dépit de nos relectures. Vos questions touchent au fond des choses. Partout, en France aux Etats-Unis, comme en Chine, les esprits évoluent moins vite que le nombre de téléphones portables.

Et un affichage de modernité, comme on la voit dans de nombreuses parties de la Chine de l’Est et de plus en plus ailleurs, n’est pas forcément le gage d’une plus grande souplesse du pouvoir, surtout quand celui est prisonnier de la rémanence des intérêts acquis, dont les ramifications descendent jusqu’aux administrations provinciales et locales.

Cette question renvoie à la cohérence entre le Centre, les provinces, les préfectures, les districts et les villages, dont, parfois, les intérêts divergent. Les cadres locaux abondent leur budget, souvent insuffisant - et parfois ils en profitent pour arrondir leurs finances privées -, par des captations de terre ou des collusions avec des projets lucratifs polluants, qui provoquent une instabilité sociale et politique, aggravée par Internet.

Cette observation touche à plusieurs autres questions, dont la première est liée aux ressources financières de l’Etat, elles-mêmes bridées par les intérêts acquis et encore par l’idéologie. Elle est liée à des questions sensibles comme celle des taxes à la propriété, toujours taboue dans un schéma politique qui se réclame encore du communisme, aux impôts des forteresses protégées que sont les grands groupes publics et aux vieilles habitudes encore mal corrigées de gaspillage du capital et du travail, dont il est essentiel d’augmenter la rentabilité.

En effet, plus la société chinoise évoluera vers les exigences de qualité de vie et celles d’un meilleur développement individuel, plus il deviendra urgent que l’Etat consacre des moyens financiers aux questions sociales et à l’éducation – il a commencé à le faire depuis plusieurs années -, ce qui réduira les ressources disponibles pour alimenter l’ancien schéma de développement, articulé autour des investissements publics et de l’export.

Dans un contexte où la ressource de main d’œuvre se contracte, il est aussi indispensable de rehausser la rentabilité du travail ce qui suppose un bon qualitatif général, sans oublier de porter attention au monde agricole, en cours de bouleversement par l’exode rural. Certains en Chine estiment que ces mutations vers la modernité ne seront possibles qu’au prix d’une réforme politique.

Alors que d’autres craignent que la remise en cause des anciens schémas de pouvoir, et en particulier celui du contrôle de l’appareil judiciaire par le Parti, portent en elle le risque considérable d’une rupture sociale et politique. Telle est, très sommairement exposée, la racine des débats en cours au Parti, qui, ici comme partout, se doublent de querelles de personnes et de clans.

S’agissant de l’APL, en dépit des augmentations très régulières de son budget, aujourd’hui estimé à 140 Mds de $, rien ne dit qu’elle ait réussi à se placer en position de force politique. S’il est vrai qu’en Chine comme ailleurs, les militaires agitent souvent la fibre nationaliste, et donnent volontiers des leçons de rigueur et de patriotisme, leurs organisations, et d’abord la CMC, sont elles-mêmes traversées par de graves symptômes de corruption et de népotisme.

Celles-ci ont d’ailleurs été rappelées par le n°1 du Parti Xi Jinping, qui a pris le contrôle de la CMC dès sa nomination au poste de SG, ce qui tranche avec le schéma précédent, où Jiang Zemin était resté 2 ans à la tête des armées, après sa retraite politique. Une habitude néfaste, héritée de l’époque Deng Xiaoping, qui brouillait le fonctionnement normal du pouvoir. Cette seule incidence ne plaide pas pour l’hypothèse d’un renforcement de l’influence de l’APL, au contraire. Enfin, sans qu’il s’agisse d’un argument décisif, on peut remarquer que la représentation de l’APL au sein du nouveau Comité Central issu du 18e Congrès, est restée stable autour de 17%.

Mais il est évident qu’un flottement du pouvoir politique induira mécaniquement un regain des critiques venant de l’APL, sur la rigueur publique, l’arbitraire social, les déséquilibres du développement, et - sujet tabou entre tous – la séparation du Parti et de l’armée. Sans oublier bien sûr les opportunistes – mais c’est une constante des humains - qui pourraient tirer profit des dissensions civilo-militaires, pour promouvoir leurs carrières.

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