›› Taiwan
Aux marges de la souveraineté diplomatique.
La photo montre une manifestation d’indépendantistes à Taïwan en janvier 2015. La protestation a eu lieu après que des étudiants du Continent aient provoqué un incident à Harvard. Ces derniers furent expulsés d’un séminaire pour avoir agressivement protesté contre le fait que sur les programmes Taïwan avait été désignée comme un pays et non pas comme une région de la Chine.
Alors que les dirigeants chinois ont poussé les feux politiques de la réunification, d’abord par Yu Zhengcheng, n°4 du régime très proche du président, lors de la conférence annuelle sur les Affaires taïwanaises le 25 janvier dernier à Pékin ; ensuite par Xi Jinping lui-même qui, le 4 mars dernier a, une fois de plus répété à l’Assemblée Consultative du Peuple chinois et aux représentants du Front Uni que l’abandon du Consensus de 1992 conduirait à des tensions graves – l’expression exacte était « un tremblement de terre qui ébranlera les montagnes : didong shanyao 地动山摇 » -, Taïwan a continué l’exploration des limites de sa marge de manœuvre internationale face à la Chine.
Le 6 mars, le tout récent patron du KMT et maire du « Nouveau Taipei » Eric Chu a rencontré le premier ministre de Singapour Lee Hsien-loong, avec qui l’Île avait signé un accord de libre échange le 7 novembre 2014. Après quoi il s’est rendu à Hong Kong à l’invitation de la fédération taïwanaise de l’industrie et du commerce pour assister à un forum sur les échanges entre les municipalités de Hong-Kong et Taipei. A noter que Taïwan n’a communiqué sur la rencontre de Singapour qu’après coup, ce qui indique la sensibilité du sujet et la fragilité des positions taïwanaises.
Dans la Région Administrative Spéciale, pas encore tout à fait remise de la crise des militants « d’Occupy Central » et encore sous le coup de manifestations sporadiques qui, cette fois, ne réclament plus l’application complète du suffrage universel en 2017, mais protestent contre l’afflux de chinois qui viennent faire leur shopping, Eric Chu a rappelé l’engagement des Taïwanais pour la démocratie.
A une audience composée de quelques 250 hommes d’affaire et académiciens il a – non sans une allusion aux transes politiques récentes qui rapprochèrent les protestataires de Hong Kong et ceux du mouvement du Tournesol à Taipei – indiqué que le nombre de migrants de Hong Kong vers Taipei était en 2014 passé de 1643 à 7495. Toujours soucieux de ménager Pékin, il a cependant pris soin de minimiser les causes politiques de cette migration en insistant sur le coût de la vie moins chère à Taïwan.
Le 8 mars, le représentant turc à Taïwan dévoilait que Taipei et Ankara allaient très rapidement signer un protocole d’accord destiné à renforcer la coopération entre la Turquie et Taïwan pour l’aide humanitaire en cas de catastrophe naturelle. L’annonce fait suite à deux projets en 2014 pour aider les réfugiés syriens dans la province turque de Hatay. L’implication de Taïwan dans cette zone comprend aussi le don de 350 abris temporaires et de 1,15 million de $ pour les réfugiés regroupés au nord de l’Irak.
Enfin, le 7 mars le ministère des Affaires étrangères taïwanais rendait compte de la poursuite des négociations de pêche avec le Japon commencées le 10 avril 2013 et dont il faut rappeler qu’elles partaient d’une initiative japonaise prise dans un contexte de fortes tensions entre Pékin et Tokyo, dont Ma Ying-jeou a opportunément tiré profit. Les pourparlers concernent les modalités pratiques des pêches dans les zones contigües aux Îles Senkaku et Yaeyama (80 nautiques au sud des Senkaku), objet de fortes transes nationalistes entre la Chine et le Japon qui, depuis, ne se sont pas apaisées.
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Ces initiatives diplomatiques taïwanaises, aux marges autorisées par la Chine, avaient lieu en même temps qu’un vif débat interne sur deux sujets majeurs : la participation de Taïwan au Transpacific Partnership et la modification de la constitution de l’Île dans un sens accentuant la démocratie directe. Les deux questions on un rapport direct avec la difficulté des relations avec le Continent.
Le Partenariat Trans-pacifique, contrepoids à la Chine.
Sur le Partenariat Trans-pacifique (T.P.P), Wu Rong-i président du Taïwan Brain Trust centre de recherche qui avait récemment mis en garde contre d’éventuelles initiatives pro-chinoises de la Maison Blanche à la fin de l’ère Obama, expliquait dans un éditorial publié le 26 février dernier, que le T.P.P n’était pas seulement vital pour l’économie taïwanaise, mais également pour sa sécurité. « Il est un point clé de la réduction de la dépendance de l’Île face à la Chine et les critères commerciaux très exigeants pour en faire partie excluent la participation de la Chine à court terme ».
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Mais, dans un contexte où la Chine a, en 2014, fait obstacle à plusieurs tentatives d’accords douaniers de Taïwan avec la Malaisie, les Philippines, l’Inde et l’Indonésie tous dissuadés par les menaces chinoises de fermer son marché à ceux qui manqueraient à la « discipline d’une seule Chine », d’ailleurs imposée par Pékin de manière discrétionnaire pour faire ou non pression sur Taipei en fonction de l’avancement de l’accord cadre sur les services, l’ambiance à Washington est à la prudence.
Selon Robert Orr, Président de l’Asia Development Bank, ancien Conseiller stratégique du Secrétaire Général des NU, l’affaire est trop sensible pour le Département d’État, et l’adhésion rapide de Taïwan au TPP n’est pas probable.

