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Taïwan : les lignes politiques bougent

Mieux comprendre les Taïwanais et les rassurer

Le caractère officiel de la visite ayant été soigneusement encadré - les rencontres avec les responsables de l’Île, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition n’étant pas au programme -, le but du voyage fut presque entièrement limité, comme Zhang l’a expliqué lui-même, à prendre contact avec la société taïwanaise dans le but essentiel de mieux la comprendre et, à l’évidence, de la rassurer : « Nous comprenons les Taïwanais et apprécions le prix qu’ils accordent à leur style de vie, leur système social, leurs valeurs et leurs idées ».

Disant cela, Zhang répétait le message adressé le 15 juin dernier par Yu Zhengsheng, n°4 du régime, en charge des questions taïwanaises au Bureau Politique, à Xiamen, lors du 6e forum sur les échanges avec Taïwan : « La clé pour résoudre les problèmes dans le Détroit est que nous devons, en tant que membres d’une même famille, être plus compréhensifs, plus respectueux et plus indulgents ».

Les bonnes paroles en forme de rameau d’olivier faisaient écho à celles de Xi Jinping lors de sa rencontre en février dernier à Pékin avec Lien Chan ancien président du KMT qui, depuis 2005, fait régulièrement le voyage sur la Grande Terre où il est de mieux en mieux reçu.

Lire notre article : Retrouvailles des frères ennemis, symboles et arrières pensées.

Le style conciliant et l’approche sociale de Zhang qui n’a cependant rien cédé sur l’essentiel, ont été maintenus tout au long des étapes de la visite du nord au sud. En harmonie apparente avec son homologue Wang Yu-chi qui a cependant répété que le temps des négociations politiques n’était pas venu, il a accepté de revoir les points controversés de l’accord Cadre sur les services, objet des manifestations étudiantes en mars, mais seulement après que la totalité du texte soit entrée en vigueur.

Une disposition cependant rejetée par de nombreux intellectuels et une partie de l’opinion (Voir la Note de contexte). Lire notre article Taïwan : Craquements politiques dans l’accord cadre. Les stratégies chinoises en question.

A Taipei, après la réunion avec le maire KMT Eric Chu, Zhang a rencontré des patrons de petites et moyennes entreprises, puis des aborigènes du district de Wulai, sans oublier une table ronde à huis clos avec des activistes pro-réunification de la « Nouvelle alliance Tong Meng Hui », dont le nom fait référence à la société secrète fondée par Sun Yat Sen à Tokyo en 1905.

Résurgence des effervescences politiques

Mais la force d’apaisement de ces messages ne réussit à calmer qu’en partie la transe provoquée à Taïwan par la déclaration de Fan Liqing, la porte parole du Bureau des Affaires Taïwanaises, dont Zhang est pourtant le Directeur qui, le 11 juin, tout juste deux semaines avant sa visite sur l’Île, répétait que l’avenir des Taïwanais serait décidé par le peuple chinois tout entier, qu’il soit dans l’Île ou sur le Continent.

L’affirmation intempestive contredisant la stratégie chinoise qui spécule à la fois sur l’apaisement, le rapprochement économique et la mise en attente des questions politiques trop sensibles, a provoqué une réaction épidermique à Taïwan dans l’opinion et de la part du gouvernement. La réaction du DPP a en revanche été remarquable de discrétion.

Le 12 juin, la Présidence à Taipei, impressionnée par la réaction populaire, inquiète de ne pas aggraver la chute de Ma Ying-jeou dans les sondages, réaffirmait que Taïwan était un pays souverain et indépendant dont le futur ne devait être déterminé que par les habitants de l’Île. Pour le KMT au pouvoir, les relations dans le Détroit ne pouvaient que s’articuler autour du consensus de 1992 qui reconnaissait l’existence d’une seule Chine, Taipei rejetant à la fois la réunification, l’indépendance et les menaces militaires.

La grande retenue du parti indépendantiste…

Curieusement pourtant, les ténors du parti indépendantiste sont restés discrets, laissant la virulence des protestations aux militants qui se sont exprimés lors de l’étape de Kaoshiung.

La seule réaction officielle du Minjindang fut celle de Tsai Ying-wen, ancienne candidate malheureuse aux présidentielles de 2012 et réélue n°1 du Parti le 25 mai. Après le départ de Zhang, elle a sobrement conseillé la prudence face à la bonne volonté chinoise, rappelant que les problèmes en suspens étaient encore nombreux. Cette inversion des rôles des élites politiques qui atteste clairement que le Parti Indépendantiste, engagé sur une trajectoire de reconquête du pouvoir a, pour l’heure, choisi de mettre le radicalisme des revendications indépendantistes en veilleuse, a, à quelques variantes près, été observée pendant tout le voyage.

Elle fut évidente à Kaoshiung, le fief de Madame Chen Chu maire de la ville et figure emblématique du mouvement indépendantiste, emprisonnée pendant six ans (1979 – 1985) durant la loi martiale. Respectant la ligne de son parti, alors qu’elle-même est engagée avec la Chine dans une stratégie visant à nouer des liens entre les sociétés de chaque côté du Détroit, épine dorsale de la politique d’apaisement du DPP, Chen qui s’est déjà rendue deux fois en Chine, ne fut pas à l’origine des incidents qui émaillèrent la venue de Zhang dans sa ville, au contraire.

Après avoir fait remarquer à Zhang que l’affirmation selon laquelle le destin de l’Île serait scellé par un scrutin organisé à la fois en Chine et à Taïwan n’était acceptable ni pour l’opposition ni pour le parti au pouvoir, elle lui a ménagé un accueil chaleureux s’appliquant à focaliser les entretiens sur les questions pratiques : l’augmentation du nombre de vols directs depuis la Chine vers Kaoshiung ; les exportations agricoles et la venue des touristes chinois.

Au passage elle n’a pas hésité à critiquer la corruption et le népotisme régnant dans l’Île au détriment des petites entreprises et des marins pêcheurs. La bénévolence à l’égard de Zhang lui a cependant attiré une remarque du mouvement des étudiants dit du « Tournesol » et de la nébuleuse de ses alliés, dont l’ancien président Lee Teng Hui s’est rapproché, la mettant en garde contre la tentation de sacrifier les valeurs des droits de l’homme au développement économique.

Plutôt que des ténors du mouvement indépendantiste, la fronde contre Zhang est donc venue des militants.

Les protestations de la base …

Les altercations qui rencontrèrent parfois des militants pro-réunification favorables à Pékin lançant des slogans contraires, eurent lieu l’arrivée de Zhang à Kaoshiung le 27 juin, le lendemain, au départ de son hôtel, où un militant a été blessé par la police, puis sur la route du domaine de Siziwan où avait été organisée une réunion informelle avec Wang Yu-chi. Chaque fois une centaine militants du TSU (Taïwan Solidarity Union – 台灣團結聯盟-Taiwan Tuanjie Lianmeng) et du Front National de la Jeunesse dit de l’Île noire, surgeon du mouvement des étudiants de mars, crièrent des slogans en faveur de l’indépendance de l’Île et jetèrent des projectiles en direction du cortège, maculant de peinture blanche la voiture officielle de Zhang.

…et la souplesse du Parti Communiste Chinois

A Pékin on joue également ce jeu ambigu, à front renversé. Tactiquement, il s’agit de prendre ses distances avec le KMT affaibli en interne et menacé de perdre les élections en 2016 et de resserrer les liens avec tous les segments de la société taïwanaise, y compris avec l’opposition dont le profil bas sur les questions d’indépendance lui facilite la tâche. L’intention du Bureau Politique est, pour l’instant, de se mettre en mesure, quels que soient les résultats du scrutin de 2016, de poursuivre la stratégie du rapprochement économique en y ajoutant le volet social à tendance populiste, dans lequel Zhang Zhijun excelle. L’objectif à moyen terme étant de contraindre Taïwan, le moment venu, à engager des négociations politiques sérieuses sur la réunification.

S’il fallait des preuves que les lignes politiques de l’Île et en Chine sont en train de bouger dans la perspective d’une défaite du KMT aux prochaines élections présidentielles, il suffirait d’écouter les messages et coups de sondes envoyés par Pékin et par le DPP. Lors du passage de Zhang à Kaoshiung, à la question de savoir jusqu’à quel niveau le Parti indépendantiste entendait poursuivre son rapprochement avec Pékin, Chen a répondu que la paix entre les deux ayant été conclue, il s’agissait désormais de mieux se connaître. « Quant à l’avenir », a t-elle ajouté, « il sera ce qu’il sera ». Réponse sibylline qui ne ferme aucune porte.

A Taipei, les choses étaient même allées un peu plus loin quand l’ancien parlementaire du Yuan Législatif, Julian Kuo, membre du DPP, interrogea Zhang sur la disponibilité du Parti Communiste à entamer des négociations politiques avec le Minjindang si celui-ci abandonnait provisoirement sa revendication d’indépendance. A quoi Zhang avait répondu que le Bureau Politique ne s’intéressait pas à la charte du Parti mais à sa politique et à ses actes concrets. Là aussi l’ambiguïté de la réponse ouvre des perspectives jusque là inexplorées. Elle promet de sévères débats internes au DPP et avec ses militants les plus radicaux d’ici 2016.

Photo Zhang Zhijun avec un fermier du district de Shanlin (Kaoshiung) le 27 juin 2014 (Xinhua/Wang Shen)


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