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›› Taiwan

Tsai Ing-wen à la peine. Sous la vigilance de Pékin, le paysage démocratique de l’Île évolue

L’ombre insistante de Pékin.

Le 25 octobre dernier, le général Wei Fenghe, ministre de la défense chinois, s’exprimant au forum de Xiangshan – réplique chinoise du « Shangri-la dialogue » de Singapour – avait dans son discours d’ouverture répété que « jamais la Chine n’abandonnerait un pouce de son territoire », précisant que Taïwan faisait partie des intérêts vitaux de la Chine.


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Quant aux résultats des élections locales qui désavouèrent sévèrement Tsai Ing-wen et son parti le DPP, l’hypothèque chinoise pesant sur le paysage politique de l’Île de manière menaçante, explique en partie que les scrutins continuent à balancer au moins en apparence à l’intérieur des limites d’une alternance rigide entre les deux premières forces politiques de l’Île.

D’une part, le KMT qui rejette le Parti Communiste, mais tout de même réputé « pro-Pékin » parce qu’il ne s’oppose pas à une réunification à terme, mais seulement à l’aune de son modèle politique. D’autre part, la mouvance identitaire du DPP uniquement acceptée par les électeurs parce que, tout en déclarant être favorable à la prévalence culturelle taïwanaise et opposée au rattachement au Continent, elle prend cependant soin de répéter qu’elle privilégie les statu-quo, tenant à distance toute réflexion indépendantiste dont le régime de Pékin ne cesse de répéter qu’elle serait un casus-belli.

Au-delà des fragilités du système Tsai Ing-wen, technocratique et déconnectée des réalités, dépassée par les problèmes économiques de l’Île, lâchée par la jeunesse et mal inspirée pour riposter aux harcèlements internationaux de Pékin – mais bien malin celui qui trouverait une riposte plus efficace -, c’est bien cette quadrature du cercle obligeant à naviguer entre la base électorale indépendantiste dont l’affirmation dans le Détroit est explosive et les brutales pressions de Pékin, refusant obstinément tout dialogue avec elle, qui est à l’origine du spectaculaire recul des positions du DPP aux élections locales du 24 novembre.

Deux événements récents illustrent cette situation confinée et inextricable entre deux extrêmes inconciliables, créant un cul-de-sac identitaire et stratégique impossible à briser sans provoquer une crise majeure.

Ferveur indépendantiste.

Le 20 octobre dernier à Taipei, devant le siège du DPP, des milliers de manifestants ont réclamé l’organisation d’un référendum pour l’indépendance.


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Le 20 octobre dernier, des milliers de militants indépendantistes s’étaient donné rendez-vous à Taipei devant le siège du DPP de Tsai Ing-wen appelant à un référendum pour l’indépendance.

Les slogans répondaient aux incessantes humiliations de Pékin qui, depuis 2016, met en charpie ce qui restait du réseau diplomatique de l’Île, n’hésitant y compris en faisant pression sur les compagnies aériennes internationales pour que Taïwan apparaisse dans leurs sites web comme une province chinoise. Surtout l’exécutif chinois refuse de dialoguer Taipei au motif que Tsai ne reconnaît pas le consensus de 1992 « d’une seule Chine ».

Les slogans étaient éloquents : « Défendons nous contre les agressions chinoises ; protégeons notre droit à l’autodétermination ; organisons un référendum sur l’indépendance ; refusons l’annexion etc. ».

Derrière la manifestation, également soutenue par Huang Kuo-chang, président du Nouveau Parti du Peuple, se trouve « l’Alliance de Formose », dirigée par Kuo Pei-horng, 63 ans, l’un des plus anciens militants indépendantistes de l’Île, jadis sévèrement ostracisé par le KMT et aujourd’hui prêt à prendre le pari de défier Pékin.

Au-dessus, plane la figure tutélaire du toujours très charismatique Lee Teng Hui, 95 ans, Taïwanais de naissance, premier président de l’Île élu au suffrage universel direct en 1996 avec 54% des suffrages dont la ligne politique progressivement durcie est clairement d’affronter Pékin.

C’est peu dire qu’avec sur ses flancs un tel mouvement prêt à en découdre avec le Continent, labourant les plates-bandes indépendantistes qu’elle-même a mis en veilleuse pour tenter d’apaiser Pékin, Tsai Ing-wen est politiquement à la peine.

Prudence de l’opinion et menaces chinoises.

En phase avec son opinion publique, Tsai, ici en visite au Japon à la recherche d’un appui diplomatique face aux pressions chinoises, affirme que le maintien du statu-quo est un commun dénominateur avec Pékin. Malgré cette prise de position, Pékin qui souhaite qu’elle reconnaisse le consensus de 1992, continue à harceler l’Île.


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Reste l’opinion, deuxième facteur de l’impasse politique touchant à la très explosive question de l’identité, férocement écrasée par Pékin, dont ni Tsai Ing-wen ni aucun autre homme politique du KMT n’a les clés, sauf à provoquer une crise avec le Continent. Sans surprise, prudente et pusillanime, la vox-populi privilégie le statu-quo.

A la question référendaire, irritant de première grandeur pour Pékin, « Approuvez-vous l’utilisation du nom de Taïwan (au lieu du « Chinese – Taipei » imposé par le parti communiste chinois) lors des compétitions sportives internationales et les JO, les électeurs ont répondu Non à 52,29%. Pour autant, le taux de participation à la question, de seulement 24,11%, installe une inconnue qui ne manquera pas d’inquiéter Pékin.

Autre mèche allumée d’une crise en gestation au fil des élections dans une société politiquement de plus en plus éveillée, l’actuelle direction politique du régime chinois, embarqué dans une course nationaliste d’affirmation de puissance, a récemment fait savoir que « le statu-quo », ne serait plus une « option » pour régler les relations dans le Détroit. En 2049, centenaire de l’avènement du Parti sur le Continent, échéance de la réalisation du « rêve chinois » de Xi Jinping, la réunification devrait être accomplie.

Hérité de Ma Ying-jeou – « pas de réunification forcée, pas de pressions militaires, pas de déclaration d’indépendance » - le « statu-quo » devenu l’épine dorsale de la politique de Tsai Ing-wen pour apaiser Pékin, manque cependant du seul élément capable de rassurer l’inflexible nationalisme chinois qui ne cesse d’agiter la menace militaire dans le Détroit, la reconnaissance du « consensus de 1992 ».

Conclu à l’époque avec le KMT, le compromis plombé par l’ambiguïté du régime politique qui présiderait à la réunification, a cependant la vertu de « sauver la face » du nationalisme chinois, pour qui le renoncement à la reconquête avortée sous Mao, serait une trahison. Lire : Chine – Taïwan dialogue politique. Dialogue de sourds sur un terrain miné.


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