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›› Taiwan

Tsai Ing-wen à la peine. Sous la vigilance de Pékin, le paysage démocratique de l’Île évolue

Une gifle électorale de mi-mandat.

La carte montre l’ampleur de la défaite du DPP en vert ayant perdu trois des 6 principales municipalités, dont 2 de ses fiefs Kaohshiung et Taichung.


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Le 24 novembre, on votait dans l’Île pour élire 11 000 représentants locaux, maires, magistrats municipaux, conseillers et maires de villages. En jeu, le contrôle politique des 6 municipalités spéciales de Taipei, Nouveau Tapei, Taoyuan, Taichung, Tainan et Kaoshiung, l’élection des préfets de 13 comtés, de 900 conseillers municipaux, des représentants de 56 districts indigènes, de 2300 députés locaux, et de 7700 policiers d’arrondissement.

Selon un schéma devenu classique à mi-mandat, les résultats changèrent la carte politique de l’Île. Le DPP a en effet été battu dans 3 des 6 municipalités phares, y compris dans les 2 ancien fiefs emblématiques de la mouvance indépendantiste de Taichung et Kaoshiung, cette dernière, ayant, à la grande satisfaction de Pékin, été conquise avec près de 54% des voix par Han Kuo-Yu, 61 ans, candidat du KMT, vieux routier de la politique, ancien membre du Yuan Législatif de 1993 à 2002, ayant des ascendances familiales sur le Continent.

Même à Jiayi, capitale du comté du même nom resté aux mains du DPP très implanté dans la région, la candidate du KMT, Huang Min Hui, 59 ans, ancienne députée du Yuan legislatif et ancienne n°2 du KMT a battu le candidat de Tsai, Twu Shiing- qui fut ministre de la santé de Chen Shui-bian de 2002 à 2003, avant d’entrer au Yuan Législatif (2008 – 2012) et d’être élu maire en 2014.

Sous la surface le paysage bouge.

Huang Ko-chang, 45 ans, fils de paysan, aujourd’hui docteur en droit, fondateur du Nouveau Parti du Peuple et un des instigateurs du mouvement de protestation contre l’accord cadre avec Pékin en 2014, dit des "Tournesols". Avec Kuo Pei-horng, animateur du mouvement « l’Alliance pour Formose » , il est, sous l’influence de Lee Teng Hui, prêts à défier les menaces de Pékin.


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Au bilan, à part, au nord, la municipalité de Jilong et le comté de Taoyuan, au centre et au sud les comtés de Jiayi (sauf la capitale), Tainan, et Pingtu à quoi s’ajoute la ville de Taipei où le maire sans étiquette Ko Wen-je a été réélu, toute l’administration des provinces, des comtés et des municipalités de l’île est repassée aux mains du KMT.

Le jour même du scrutin, prenant acte de la défaite de son parti, et assumant les responsabilités de l’échec, Tsai démissionnait de la présidence du DPP.

Pour autant, en observant sous la surface l’évolution du paysage politique on constate que le traditionnel partage des forces entre KMT et DDP est en train de se brouiller. Sur le total des conseillers des municipalités, des comtés et des provinces, le nombre des élus sans étiquette est en hausse notable depuis plusieurs élections.

Dans ce paysage où les résultats globaux ne donnent qu’une image tronquée de la réalité en sous main, il est difficile de risquer un pronostic pour les présidentielles de 2020. S’il est vrai que Tsai vient d’être mise en sérieuse difficultés et que sa reconduite à la tête de l’Île paraît compromise, on ne peut pas exclure que la vitalité de la démocratie taïwanaise réserve de nouvelles surprises, avec notamment le surgissement d’une nouvelle figure indépendantiste ou même, l’arrivée au premier plan d’un candidat sans étiquette.

En embuscade, la carte sauvage des radicaux qui sous l’égide de Lee Teng Hui, Huang Kuo-chang et Kuo Pei-horng, sont prêts à défier Pékin et ses menaces militaires.

Pékin, satisfait, mais vigilant.

Dans une conférence de presse Ma Xiaoguang, porte-parole du Bureau des affaires taiwanaise a stigmatisé l’obsession sécessionniste et indépendantiste de Tsai Ing-wen, cause du freinage de l’économie taïwanaise et de son échec électoral.


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Alors que Washington a félicité l’Île pour la force « vibrante de sa démocratie », Pékin extrêmement vigilant, n’ignorant pas la menace posée par ses plus violents détracteurs, est satisfait que le KMT ait remporté 15 des 22 fonctions de premier rang de l’administration de l’Île. Fidèle à son discours privilégiant un apaisement cependant fortement contredit par ses menaces militaires, le Parti a par la voix de Ma Xiaoguang porte-parole du Bureau des Affaires taïwanaises, exprimé sa « solidarité avec les compatriotes taïwanais, favorisant le développement pacifique des relations dans le Détroit ».

Dans la foulée, répétant l’exigence de se conformer au consensus de 1992 sur l’existence d’une seule Chine, il a ostracisé l’exécutif de Taipei, tenu à longueur de gaffe et invité toutes les administrations ayant rejeté le DDP à développer des échanges avec le Continent.

La réponse officielle a été complétée par celle des chercheurs chinois, tous sur la même logique ignorant le système politique taïwanais et son évolution. Depuis l’université de Xiamen, Zhang Wensheng, Directeur de l’Institut de recherche sur Taïwan, a rappelé l’attrait incontournable pour l’Île du marché chinois à laquelle Tsai a en vain tenté d’échapper par sa « projection vers le sud »

Il explique que « intransigeance sécessionniste et indépendantiste de Tsai a créé une impasse dans les relations entre les deux rives du détroit, obligeant Taïwan à prendre du retard sur le marché continental dans de nombreux secteurs, notamment le tourisme et les exportations agricoles ».


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