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... et dans la Chine profonde.
Où va la Chine ?
On serait tenté de dire qu’on ne sait pas. Les discours officiels mettent en avant les tendances irrésistibles vers l’ouverture et l’intégration au monde. Ce n’est pas faux. Si l’on compare la Chine d’aujourd’hui à celle d’il y a vingt ans, les bouleversements dans les mentalités et dans l’aspect des grandes villes, pas uniquement celles de la côte est, sont considérables.
Mais les petites histoires racontées ici donnent une autre image de ce pays, encore très grégaire, largement conditionné par les mentalités paysannes, le poids du nombre, les soucis de l’équilibre population-ressources et de la préservation de son espace de plus en plus pollué. En même temps toute cette masse démographique a encore la conscience diffuse d’être une civilisation centrale qui continuera à exprimer ce qu’elle a à dire à sa manière.
En un mot les mentalités changent moins vite que le nombre des téléphones portables. L’oublier c’est s’exposer à commettre de graves erreurs d’appréciation sur ce pays. Soit qu’on continue à le considérer comme une menace, ce qui dans l’actuelle montée des tensions sur les ressources et l’énergie, conduirait droit à une nouvelle guerre froide, soit qu’on s’applique, en croyant être gentil, ou par goût du paradoxe, à le considérer comme une « opportunité ». Ce qui le ravalerait presque uniquement - avouons le - à n’être qu’une cible commerciale.
Ceci dit la question de la montée en puissance de la Chine pose un problème complexe à la Chine elle-même (multiplication des déséquilibres) et au monde, du fait de sa dimension et du dynamisme de sa croissance, qui ne faiblit pas depuis plus de 15 ans. Pour de multiples raisons qu’il serait trop long de développer ici, je ne crois pas que le problème soit celui d’une menace militaire classique. La montée en puissance de la Chine - qui est le révélateur des tensions plus qu’elle en est la cause - renvoie en fait à un problème global, lié à nos formes de développement qui, bientôt, ne seront plus viables.
Cette contradiction entre équilibres globaux et mode de développement surgit aujourd’hui en effet, en partie révélée par la perspective de l’intégration de plus en plus rapide d’une population de cette ampleur (c’est aussi le problème de l’Inde) à un niveau de vie et de consommation en matières premières et en énergie comparables à ceux des pays développés actuels.
Du fait de la dimension du pays, l’avenir de la Chine et celui du monde sont liés. Le pays est en effet placé au centre de problèmes de nature universelle : développement durable, tensions sur les ressources, sur l’eau, sur la démographie, tensions migratoires, problèmes ethniques et culturels. Débat sur le mode de gouvernement, l’éducation et la santé des masses, lutte contre les grandes endémies, écarts entre riches et pauvres etc.
Ajoutons que l’aptitude de la pensée chinoise à envisager les problèmes de manière globale et synthétique, plutôt que de manière sectorielle et analytique (comme les Occidentaux), ses capacités de compromis et de négociation, qui sont une marque de la civilisation chinoise, sa longue habitude des questions liées à l’équilibre démographie/ressources qui sera au centre des tensions qui agiteront l’humanité, confèrent à la Chine et aux experts chinois une aptitude particulière à jouer un rôle majeur dans la solution des problèmes de la planète au XXIe siècle.
