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Xi Jinping à Séoul : Pékin manœuvre contre Tokyo et Washington

Le 3 juillet à Seoul, Xi Jinping et Peng Liyuan ont reçu un accueil chaleureux de Park Geun-hye et de la population sud coréenne. Photo yonhapnews.

Pékin, Séoul et Pyongyang : des relations ambigües.

Il est vrai que depuis l’éviction et l’exécution en décembre 2013 de Jang Song Thaek, neveu et mentor du dictateur et un des principaux canaux d’entrée des intérêts d’affaires chinois en Corée du Nord, Pékin semble avoir mis la relation bilatérale avec Pyongyang en sourdine.

Mais le moins qu’on puisse dire est que, même si le style de la direction politique du régime chinois a évolué, les échanges entre Pékin et Pyongyang restent marqués par la même ambiguïté que par le passé. En février 2003, quelques mois après l’investiture de Hu Jintao par le 16e Congrès, Kim Jong Il était certes venu en Chine, mais la visite avait été étrangement qualifiée « d’officieuse » comme si le Parti voulait la dissimuler, tandis qu’en dépit des voyages à Pyongyang de Hu Jintao en 2005 et 2010, la méfiance était encore montée de plusieurs crans après l’expérience nucléaire de 2006, suivie par 2 autres en 2009 et 2013.

S’il est vrai que Xi Jinping semble, par sa placidité, vouloir s’extraire du cycle déprimant qui alterne les bons offices chinois et les réponses belliqueuses de Pyongyang, on est encore loin d’une bascule d’alliances. En réalité, il est très peu probable que Pékin abandonne ses postures ambivalentes pour se conformer aux injonctions de clarification qui viennent parfois de Washington par des canaux obliques comme celle lancée sur le site « Project Syndicate » au printemps 2013 par Christopher Hill, ancien Ambassadeur à Séoul et ex-chef de la délégation américaine du dialogue à 6.

Pékin résiste aux injonctions de Washington…

Après avoir posé que le test nucléaire effectué par Pyongyang le 12 février 2013 avait une puissance sans commune mesure avec les 2 précédents, l’ancien diplomate américain sommait Pékin de renoncer à faire croire à l’existence d’une marge de négociation possible avec le régime de Kim Jong Un. Pour l’auteur, la Chine qui pouvait faire pression sur son allié nord-coréen, détenait les clés du désarmement de la péninsule. Mais tout indique qu’en dépit de quelques débats internes surgis au moment du 3e test, Pékin n’est pas sur cette ligne.

La position chinoise se rapproche plutôt de celle formulée par Gareth Evans, ancien ministre des Affaires étrangères australien dans un discours prononcé à l’université Qinghua, le 28 juin 2013 : « continuer à manifester son opposition au développement de l’arme nucléaire par Pyongyang, rester serein, mesurer soigneusement les ripostes et garder ouverte la porte des négociations ».

…de faire pression du Pyongyang.

C’est dans ce cadre qui borde les extrêmes de la politique nord-coréenne de la Chine que le Comité Permanent a successivement dépêché deux émissaires à Pyongyang.

Le 25 juillet 2013, Li Yuanchao vice-président de RPC assistait aux cérémonies commémoratives de la guerre de Corée, célébrant une alliance vieille de 63 ans ; tandis que 7 mois plus tard, Pékin envoyait à Pyongyang Liu Zhenmin 58 ans, vice-ministre des Affaires étrangères expert du droit international, ancien ambassadeur à l’ONU au moment même où paraissait un rapport accablant sur la situation humanitaire en Corée du Nord commandité par la sud-africaine Navanethem (Navy) Pillay, ancienne juge à la Cour pénale internationale, haut commissaire aux droits de l’homme.

Une mission dont on peut douter qu’elle était une caution aux exactions humanitaires du régime carcéral et autiste mis en place par la famille Kim, aujourd’hui aux prises avec une féroce lutte de pouvoir entre les militaires et le Parti des ouvriers.

Les excellentes relations entre Pékin et Séoul…

Quant aux échanges entre Pékin et Séoul, ils ont toujours été francs, directs et amicaux depuis qu’en 1992 Deng Xiaoping avait mis fin au caractère univoque de la relation avec Pyongyang et établi des relations officielles avec le sud. La nouvelle avait immédiatement entraîné des commentaires sur le probable effondrement rapide du régime. C’était sans compter sur la souplesse des attitudes chinoises, capables à la fois de gérer l’équilibre instable entre les deux frères ennemis et de promouvoir son image d’honnête intermédiaire.

…nourries par une convergence de vues à propos de Pyongyang…

Cette fois Xi Jinping et Park Geun-hye ont mis sous le boisseau l’irritation sud-coréenne née de l’établissement en novembre 2013 d’une Zone aérienne de défense et d’identification qui recoupait celle de Séoul ; ils ont promis de porter la valeur de leurs échanges annuels à 300 Mds de $, de conclure les négociations sur un traité de libre échange avant la fin de l’année et ont signé 90 accords de coopération dans 23 secteurs différents.

Sur les questions stratégiques, les deux ont confirmé leur détermination à bloquer la nucléarisation militaire de la Corée du Nord et à favoriser la reprise de dialogue à 6 interrompu le 14 avril 2009. Ce dernier avait capoté, déserté par Pyongyang à la suite d’une déclaration unanime du Conseil de sécurité qui condamnait le lancement d’un satellite par Pyongyang que les experts soupçonnaient être en réalité un essai de missile balistique intercontinental.

…et la crainte commune du retour du militarisme japonais.

Enfin Pékin et Séoul qui expriment la même méfiance envers une possible renaissance du militarisme japonais, condamnent les visites au Temple Yasukuni du Premier ministre japonais Shinzo Abe et la révision des livres d’histoire par Tokyo. Surtout les deux ont, contrairement à Washington, marqué leur opposition à la réinterprétation de la constitution japonaise qui interdit la participation des forces d’auto-défense à des opérations de guerre autres que celles destinées à la défense directe de l’archipel. A Pékin, l’affaire est très sensible et donne lieu à d’intenses crispations.

Le 7 juillet, Xi Jinping participait à une cérémonie du souvenir en mémoire de l’incident du pont Marco Polo au sud-ouest de Pékin marquant le début de la guerre totale entre Tokyo et Pékin en 1937. La presse chinoise a souligné la solennité inhabituelle de l’événement marquée par l’inauguration d’une statue dédié aux vétérans de la résistance militaire contre le Japon qu’ils soient du KMT ou du PCC, tandis que Pékin et Séoul mènent une campagne commune pour rappeler les atrocités japonaises de la guerre.


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