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›› Politique intérieure

Xi Jinping et Li Keqiang à couteaux tirés ? Un défi à la résilience de l’appareil

Au sommet du pouvoir, la rivalité politique entre Xi Jinping et Li Keqiang couvant depuis 2007 (*), vient de percer le secret de l’appareil politique à la faveur d’une controverse à propos des vendeurs à la sauvette. (Photo Nikkei Montage/Reuters/Kyodo)

(*) A l’occasion du 17e Congrès, alors que tout le monde attendait que Li Keqiang, ancien des « jeunesses communistes » et proche de Hu Jintao soit placé sur la trajectoire du futur n°1 pour 2012, Xi Jinping lui a ravi la place au dernier moment. Les deux furent directement admis au Comité Permanent sans passer par la case du Bureau Politique, Xi Jinping au 6e rang et Li Keqiang au 7e. Les raisons du choix restent obscures et complexes. Les hypothèses avancées vont de la volonté des « fils de prince » dont XI est issu de protéger leurs intérêts à la méfiance inspirée par Li Keqiang jugé trop proche des influences occidentales. D’autres opposent l’arrière-plan « élitiste » de Xi Jinping aux convictions populistes de Li Keqiang. Toutefois, en 2007 rares furent les analyses anticipant que Xi Jinping conduirait la Chine sur la voie d’un puissant nationalisme anti-occidental.


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Dans les premiers jours de juin, les réseaux sociaux chinois se sont enflammés. Le sujet : une passe d’armes entre le président Xi Jinping et le premier ministre Li Keqiang à propos des vendeurs de rues. Le sujet paraît anodin. Il ne l’est pas.

A quelques semaines de la retraite annuelle du Bureau Politique à Beidaihe où seront arrêtées les principales promotions de la future direction politique en 2022, chacun fourbit ses armes et prépare la nomination de ses protégés. Les clans se forment, les alliances donnent de la voix, les projets politiques et les réputations s’affrontent.

Xi Jinping dont l’ADN politique est le retour de puissance de la Chine, a en ligne de mire les cérémonies de l’année prochaine qui célébreront le 100e anniversaire de la fondation du Parti à Shanghai, le 23 juillet 1921, dans la concession française.

A cet effet, il se prépare à hisser le grand pavois de l’appareil qu’il veut sans tâche, auréolé d’une image de modernité sociale et de succès économiques. Pour lui, dont l’idéal urbain est tiré au cordeau, ordonné, récuré et débarrassé des logements insalubres et dangereux, la réapparition des étals à la sauvette dans les rues de Chine est une régression.

Li Keqiang, en revanche, soucieux des effets de la secousse économique, conséquences de l’épidémie, a l’œil sur rivé sur la montée du chômage. En comptant les migrants oubliés des statistiques officielles qui s’ajoutent aux licenciés, aux jeunes arrivés sur le marché, restés en rade et aux laissés pour compte des faillites, la proportion approche les 20%.

Querelle des « vendeurs de rues » et lutte de pouvoir.

Le 1er juin, Li Keqiang était à Yantai où il s’est entretenu avec un vendeur de rue. La photo est parue dans le Quotidien du Peuple en ligne du 10 juin. L’article qui prenait fait et cause pour Li Keqiang après les premières attaques contre lui, citait des chercheurs éminents argumentant en faveur du 1er ministre. Cai Fang, vice-doyen de l’Académie des Sciences Sociales plaidait notamment en faveur de plus de « souplesse ». « A long terme les municipalités devraient adopter des politiques plus flexibles. Tout le monde devrait être autorisé à améliorer son niveau de vie selon ses capacités ».


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Voilà pourquoi le n°2 cherche avec une apparente bienveillance et peut-être des arrière-pensées politiques, à faire feu de tout bois.

Les vendeurs à la sauvette, pourquoi pas ?

Au demeurant, s’il est vrai que la kyrielle des étals ou des tapis à même les trottoirs vendent encore des colifichets, des bibelots hétéroclites ou des contrefaçons sans valeur, beaucoup d’autres se sont mis au goût du jour de la modernité. Il arrive souvent que les articles proposés par les vendeurs de rue d’aujourd’hui, férus de technologie, portent des codes QR que les acheteurs scannent avec leurs smartphones. En cas de problème, ils peuvent les tracer.

Sans compter que les marchands de rues peuvent être des hommes d’affaires flamboyants en herbe.

Le 11 juin dernier, sur Asia Nikkei en ligne, Katsuji Nakazawa expert de la Chine au journal, rappelait que deux des plus grandes fortunes de Chine Ren Zhengfei PDG de Huawei et Jack Ma, fondateur du géant du commerce en ligne Alibaba avaient commencé dans la rue.

Ironique, le Japonais ajoutait que, dans les années 80 et 90 les commerces de rues furent les premiers signes du surgissement en Chine de l’économie de marché alors que les grands groupes publics qui tenaient le haut du pavé étaient lourds et inefficaces.

Le 2 juin, Li Keqiang était à Yantai dans le Shandong. S’adressant au tenant d’une épicerie à la sauvette à l’entrée d’une résidence, il expliquait que si tout le monde se donnait la peine « de travailler dur » l’économie survivrait et se renforcerait. Et le pays créerait plus d’espace pour le développement des affaires et des emplois.

Au Parti tout le monde n’est pas sur cette ligne. Et on aurait tort de croire qu’il ne s’agit que des vendeurs de rues.


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