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›› Politique intérieure

Hong Kong, symbole incandescent de la souveraineté chinoise

Une nouvelle alerte médicale met Hong Kong sous tension avec 2 nouveaux décès le 21 juillet portant le total des victimes à 14 après une recrudescence de l’épidémie depuis début juillet.

Alors que le total des cas diagnostiqués est passé de 106 à 645 en moins de trois semaines et que, le 20 juillet, les hôpitaux prédisaient un engorgement des lits de réanimation déjà occupés à 77%, la R.A.S récemment reprise en main par le Parti, est toujours au cœur des échauffements entre la Chine et les pays occidentaux.

Logiquement, le Royaume Uni dont l’histoire à Hong Kong et en Chine symbolise les rancœurs de Pékin, est en première ligne. Après la décision de Londres de mettre fin au traité d’extradition avec la R.A.S à la suite de l’Australie et du Canada, Pékin considère que le projet de Londres d’accorder la nationalité britannique aux détenteurs du statut de « Nationaux d’Outre-mer » concernant 2,9 millions de citoyens de la R.A.S, est une ingérence inacceptable dans ses affaires intérieures.

En cause, et sous le feu des projecteurs, la limitation qui exclut du projet de naturalisation les Hongkongais nés après 1997. Réfugié à Londres, le jeune militant Nathan Law, l’un des plus actifs opposants à Pékin, fondateur du mouvement « Demosito » [1] dont l’élection aux législatives de 2016 avait été invalidée après une prestation de serment jugée anti-chinoise, s’active pour que la nationalité britannique soit accordée à tous les réfugiés quel que soit leur âge.

Londres en première ligne.

Dans l’une de ses récentes interventions, Law lui-même né en 1993, soulignait que de jeunes adolescents de 14 ans avaient été arrêtés au milieu des activistes. En même temps, il exhortait Londres à ne pas tenir compte des éventuelles condamnations prononcées par la justice de Hong Kong contre les candidats à l’immigration et à la nationalisation.

Puisqu’ils sont menacés, « ils devraient au contraire » dit-il « bénéficier d’un traitement préférentiel ». Lire une brève revue des activistes hongkongais les plus en vue, publiée par QC il y a trois ans : A Hong Kong, la justice met fin à l’indulgence. L’analyse mettait l’accent sur les risques inacceptables pour le régime chinois posés par le surgissement du mouvement politique « Demosito » portant un projet de rupture avec la Chine.

A Londres, la ministre de l’Intérieur Pitri Patel, admiratrice de Margaret Thatcher et d’origine indienne qui fut militante du Brexit, adepte d’une immigration strictement contrôlée, dit être à l’écoute des requêtes de Nathan Law pour étendre les offres de naturalisation aux 18 – 24 ans qui formaient une part importante des manifestants de l’année 2019 dans la R.A.S.

Le sujet de la protection des jeunes hongkongais enfle au milieu d’une relation sino-britannique empoisonnée dont les conséquences, pour l’instant difficiles à mesurer, pourraient être catastrophiques pour les deux parties.

Considérant qu’il s’agissait « d’une riposte mesurée », le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab, annonça que l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine en vigueur depuis le massacre de la place Tiananmen en 1989 serait étendu à Hong Kong.

Alors qu’au sein du gouvernement britannique perce une hésitation liée à la volonté de ne pas plonger la relation dans une spirale négative catastrophique – Boris Johnson et Dominic Raab ont, tous deux, tenu à faire savoir qu’ils continuaient à souhaiter « une relation positive » avec la Chine – la réalité est que les événements qui se succèdent échauffent violemment l’atmosphère.

La décision de mettre fin à l’extradition vers Hong Kong a été prise par Londres tout juste une semaine après le choix d’interdire aux groupes de télécoms britanniques d’équiper leurs réseaux 5G avec des composants fournis par Huawei.

La volte-face tournant le dos à une attitude plus nuancée a même fixé à 2027 la limite à laquelle les opérateurs britanniques devront avoir démonté tous les composants du groupe chinois, y compris ceux installés sur des équipements périphériques du réseau non essentiels à la 5G. Dans l’immédiat tout nouvel achat de composants Huawei est prohibé. Sans perdre de temps, Londres a, dès le 17 juillet approché les Japonais NEC et Fujitsu pour remplacer Huawei.

Alors que la relation de la Chine avec la plupart des pays occidentaux s’envenime à un niveau inédit depuis le milieu des années 90 et que les autorités chinoises relayées par l’ambassadeur Liu Xiaoming accusent Londres de s’être aligné sur Washington, on mesure à quel point la relation s’est dégradée depuis qu’en 2015, David Camerone évoquait « l’âge d’or » sino-britannique. Lire : Lune de miel entre Londres et Pékin. Le faste monarchique au service du pragmatisme.

Pour faire bonne mesure, Boris Johnson et D. Raab ont aussi exprimé leurs « préoccupations » à propos du sort réservé aux Ouïghour au Xinjiang qualifiés par eux de « violation brutale et flagrante des droits humains ».

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Un vaste projet de contrôle global.

L’orgueil chinois blessé par l’ostracisme qui frappe le fleuron de son industrie des télécoms, est tenté par la riposte et la menace. Selon un schéma bien connu, mais dont l’efficacité pourrait commencer à faiblir à mesure que se précise l’idée d’une menace chinoise tous azimuts attisant les solidarités occidentales, Pékin vise les intérêts de ses détracteurs sur le marché chinois.

Sans surprise, le régime vient d’adresser une mise en garde à l’UE, stipulant en substance que dans le cas où les pays de l’Union s’aligneraient sur la décision britannique, il riposterait par des sanctions contre les concurrents européens de Huawei en Chine Nokia et Ericsson.

En réalité, le déséquilibre d’ouverture des marchés entre celui de la Chine toujours très contrôlé par le Parti et celui de l’Europe naïvement ouvert à la concurrence dont la conscience de ses intérêts stratégiques s’éveille difficilement, a déjà produit une dissymétrie.

Au printemps 2020, Nokia a perdu un appel d’offres pour le déploiement d’un réseau 5G aux normes de fréquences agréées « Standalone – SA » au profit des chinois Huawei et ZTE, tandis qu’Ericsson ne réussissait à décrocher que 17,9% d’un appel d’offres similaire.

Au passage, les controverses autour de Huawei que le pouvoir politique chinois tente d’imposer par la force, alors qu’en Chine il ferme l’accès à ses concurrents, ne sont que la partie émergée d’une vaste stratégie de contrôle numérique de la planète.

A côté des projets traditionnels de constructions d’infrastructures (routes, ponts, voies ferrées, centrales électriques, souvent au charbon, en rupture avec les promesses de la COP 21), Pékin développe en parallèle, le long des « Nouvelles routes de la soie » un vaste réseau d’infrastructures de télécommunication et de stockage de données reliées par fibres optiques terrestres ou sous-marins.

Alors que la confiance entre la Chine et l’Occident est au plus bas, le risque que la révolution de l’information universellement connectée puisse être en partie contrôlée et manipulée par un pouvoir autocrate où les garanties de séparation des pouvoirs n’existent pas et où les critiques sont brutalement réprimées devient soudain une préoccupation majeure.

Naïvetés et vulnérabilités occidentales.

En même temps refont surface les anciens projets conclus du temps où les plus optimistes spéculaient sur une confiance à long terme. Une fois celle-ci évaporée, certaines coopérations conclues par exemple dans le secteur stratégique de l’énergie, apparaissent désormais comme des vulnérabilités.

C’est le cas des implications industrielles et des investissements chinois dans la construction de centrales nucléaires en Grande Bretagne. Lire : Les tribulations nucléaires franco-chinoises à l’export.

Précisé en 2016 et arrêté pour 60 ans, le partage initial du capital pour les projets de Hinkley Point dans le Somerset, accordait 66,5% à EDF et 35,5% au géant nucléaire chinois CGN. Un autre projet à Sizewell fixait le partage à 20% pour CGN et 80% pour EDF ; celui enfin de Bradwell (Essex) inversant le partage de capital de Hinkley Point avec 66,5% à CGN et 33,5% à EDF, offrait à la Chine, selon CGN, la première occasion de construire une centrale nucléaire chinoise dans un pays occidental développé.

Le brutal refroidissement de la relation entre Pékin et Londres remet en cause ce qui pouvait apparaître comme un exemple vertueux de coopération entre la Chine, le Royaume Uni et la France sur le marché mondial des centrales nucléaires.

A Londres, les critiques fusent. Le délabrement de la relation et les menaces de représailles de Pékin réveillent à la fois les écologistes anti-nucléaires et les détracteurs de la Chine qui voient dans le parc nucléaire franco-chinois une « bombe à retardement » ; des propositions émergent pour limiter à 15% les investissements chinois dans les secteurs stratégiques, avec cependant la difficulté que le retrait de CGN mettrait toute la production d’énergie du Royaume Uni, notamment à Bradwell, en danger.

Les repreneurs sont d’autant plus rares que l’inflation des coûts refroidit les investisseurs potentiels alternatifs. En janvier 2019, incapable de trouver un accord financier avec Londres, le Japonais Hitachi avait déjà gelé le projet de construction de deux réacteurs à Wylfa au Pays de Galles.

Élections législatives. Une perspective inflammable.

Alors qu’à Hong Kong on approche des élections législatives prévues le 6 septembre, une effervescence monte attisée par l’espoir de la mouvance démocrate, qu’après la débâcle des candidats pro-Pékin aux dernières élections de conseillers de commune, le 24 novembre 2019, une victoire démocrate serait pour la première fois possible.

Extrait de l’article de JP Yacine, QC du 25 novembre : Hong Kong : bataille rangée, controverse juridique, souveraineté et droit des individus.

Le 24 novembre, ont eu lieu les élections de districts (452 sièges, 4 millions d’inscrits - 56% de la population -, 1090 candidats). Cette fois, le scrutin universel, sans écrémage politique des candidats a, avec une participation record de 71,2%, contre 47% en 2015, eu une valeur de test pour Pékin et sa relation avec la R.A.S. Les résultats - un tsunami pro-démocratie écrit le South China Morning Post - ont en effet écarté les élus pro-Pékin dans 17 districts sur 18.

Avec 344 sièges sur 452, la mouvance pro-démocratie disposera de plus de sièges à la Commission de nomination du futur gouverneur. Carrie Lam, sévèrement désavouée, a promis de se mettre « humblement à l’écoute. ». Quant au Parti Communiste Chinois, le voilà, comme à Taïwan directement confronté à son angle aveugle qui fut toujours le défaut d’attention portée au droit des individus.

*

Organisées les 11 et 12 juillet derniers par Benny Tai (56 ans professeur droit) initiateur d’Occupy Central en 2014 et Au Nok-him, successeur de Nathan Law après son invalidation en 2016, les primaires démocrates eurent des résultats qui laissent présager une aggravation des tensions.

Elles portèrent en effet en avant la mouvance démocrate la plus radicale dont une partie qui se dit « localiste », réclame en réalité l’indépendance de Hong Kong dont la seule perspective a des effets incandescents sur l’exigence de souveraineté normative de Pékin. Alors que les démocrates traditionnels furent relégués à des places subalternes, plusieurs jeunes activistes ont pris toute la lumière.

A retenir : à Hong Kong : Hui Chi Fung 38 ans ; Kowloon Ouest : Sham Tsz-kit, 33 ans ; Kowloon Est : Joshua Wong, 24 ans ; Nouveaux Territoires Ouest : Eddie Chu, 43 ans ; Nouveaux Territoires Est : Ho Kwai Lam 30 ans.

Ho Kwai Lam est une ancienne journaliste qui, en 2019, avaient été légèrement blessée en filmant l’intervention contre les manifestants des « Triades » en chemises blanches dans le district de Yuen Long, les 21 et 22 juillet 2019. Il est probable que Pékin mettra à profit le délai de quelques semaines séparant la R.A.S des élections législatives pour tenter de bloquer.

La nervosité de Pékin s’est exprimée cette année, le 21 juillet dernier, à l’anniversaire des incidents de Yuen Long quand la police anti-émeute a, au nom de la nouvelle loi sur la sécurité nationale, déclenché une vaste opération pour empêcher les militants de commémorer les manifestations de l’année dernière.

Pour éviter un nouveau désaveu électoral et l’arrivée d’une majorité démocrate (36 sièges) ayant une forte tendance « localiste », Pékin pourrait forcer Carie Lam à invalider les vainqueurs de la primaire au nom de la loi sur la sécurité nationale. La carte est lourde.

L’invalidation aggraverait le fossé déjà très profond entre Pékin et les pays occidentaux. Mais, depuis l’adoption de la loi sur la sécurité nationale en mai dernier par l’ANP et sa mise en œuvre accélérée dans la R.A.S, Pékin montre que sa priorité n’est plus de se concilier ses détracteurs occidentaux.

Deng Xiaoping l’avait rappelé à Margaret Thatcher, la souveraineté cœur des « caractéristiques chinoises » est la priorité absolue du régime.

Note(s) :

[1Auto-dissout le 30 juin 2020, après l’adoption de la loi sur la sécurité nationale, le mouvement dont le nom signifiait volonté du peuple (du latin « demos - peuple » et « sitos – volonté », en Chinois 香港眾志 Xianggang Zhongzhi – littéralement « volonté de la “foule“ des Hongkongais » - portait un projet référendaire qui visait à demander en 2047 l’avis des Hongkongais sur leur volonté ou non d’être rattachés à la Chine.

 

 

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