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›› Politique intérieure

A Hongkong, les financiers se mobilisent pour sortir de l’impasse

Une succession de heurts. Surgissement d’une pensée de « rupture »

A centre Edward Leung en 2016 - il avait 19 ans - porte un survêtement avec slogan 本 土 ben tu – localiste – portant l’idée de rupture avec le Continent. Le 29 avril 2020, été condamné en appel à six années de prison ferme.


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Déjà, il y a 16 ans, Pékin avait été contraint de retirer le projet d’amendement à la Basic Law par « l’Article 23 », après que le 1er juillet 2003, 500 000 personnes avaient protesté dans les rues. Symptôme que Pékin redoutait déjà une dérive indépendantiste, l’amendement ciblait en les caractérisant de manière vague, les délits de trahison, de subversion et de sécession.

Avec l’explosion de victimes de la crise épidémique du SRAS qui avait fait 300 morts dans la R.A.S, la crise de l’Article 23 avait, en 2005, conduit à la démission de Tung Chee-hwa, le premier gouverneur après le départ des Britanniques. En 2020, la loi sur la sécurité nationale est l’aboutissement d’un processus durant lequel l’exécutif chinois n’a cessé de considérer le risque de rupture politique et d’indépendance.

En 2012, de nouvelles manifestations protestèrent contre l’intention de Pékin d’inclure dans le cursus éducatif des sujets de morale civique pour attiser le patriotisme pro-Pékin des jeunes générations. Des dizaines de milliers de parents, d’élèves et de professeurs défilant dans les rues y ont vu un projet lavage de cerveau de la jeunesse.

Parmi les jeunes élèves se trouvait Joshua Wong, alors âgé de 15 ans, qui, à 24 ans, vient d’être condamné à treize mois de prison, tandis qu’Agnès Chow 23 ans, et Ivan Lam, 26 ans ont respectivement écopé de dix et sept mois fermes.

Deux ans plus tard, en 2014, le « mouvements des parapluies » protesta contre la proposition de Pékin d’un suffrage universel amendé où le patriotisme des candidats serait d’abord passé au crible par Pékin.

En 2016, les émeutes dites de « Fishball » qui protestèrent contre la répression des vendeurs de « boulettes de poisson » à Mong Kok, ont marqué une sérieuse escalade de la violence. Alors qu’un nombre important de manifestants se disaient « localistes » partisans d’une rupture avec Pékin, la police procéda à des tirs de semonce à balles réelles.

En août de la même année, eut lieu face au bâtiment du gouvernement – chiffon rouge pour Pékin – la première manifestation de l’histoire réclamant ouvertement l’indépendance du Territoire.

Elle eut lieu après que la Commission électorale ait exclu des élections du Legco six candidats pro-indépendance. Parmi eux se trouvait Edward Leung, 29 ans, qui en dépit d’un vaste soutien international de parlementaires européens et américains, a, le 29 avril 2020, été condamné en appel à six années de prison ferme.

La succession des durcissements depuis 2012, ayant accompagné le surgissement de la mouvance indépendantiste fut la matrice des événements de 2019 – 2020. En première ligne des discordes de la Chine avec l’Occident on trouve sans surprise Londres. Lire : Hong Kong, symbole incandescent de la souveraineté chinoise.

L’inconnue de Bauhinia.

Li Shan 李山 président 主席 du nouveau parti Bauhinia 紫荊花 黨. Formé aux États-Unis au plus haut niveau, il a une capacité d’influence considérable portée par son expérience internationale et la vaste surface financière des fonds d’investissements qu’il contrôle. Il n’est pas certain que la nouvelle formation politique récemment émergée à Hong Kong qu’il dirige soit inféodée sans réserve à Pékin. En tous cas sa proposition de prolonger le schéma « Un pays deux systèmes » jusqu’en 2097 a toutes les chances de crisper le Parti Communiste.


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Le nouveau parti mis sur pied par des élites financières de très haut niveau de l’ancienne colonie britannique est aujourd’hui l’objet des critiques acerbes de démocrates ayant déserté le Conseil Législatif qui l’accusent d’être manipulé par Pékin et lui prédisent de cuisants échecs électoraux.

Pour autant, Li Shan, le fondateur l’explique lui-même, il existe une marge de manœuvre démocratique voisinant un million d’électeurs, formée par les abstentionnistes. Selon Cheng Xiang 程翔, 71 ans, journaliste chevronné du Strait Times de Singapour, qui avait été accusé d’espionnage au profit de Taiwan, emprisonné à Beijing de 2005 à 2008, estime qu’au moins 400 000 Hongkongais sont officiellement membres du parti.

Surtout, l’obédience sans réserve au durcissement exprimé par Pékin de ces grands maîtres de la finance internationale reste à prouver.

En tous cas, le 8 décembre dernier le journal « Headline Daily 頭條日報 » lancé en 2005 par le groupe de presse Sing Tao 星岛 dont le tirage à Hong Kong est de 900 000 exemplaires, visant les lecteurs de la classe ouvrière, exprimait en première page une idée politique très éloignée de l’empressement de mise aux normes exprimé par Pékin.

海歸港人創立紫荊黨 目標追求百年「一國兩制」« Les “Hai gui“ de Hong Kong ont fondé le Bauhinia Party, dans le but de prolonger “Un pays deux systèmes“ pendant un siècle. » Il est peu probable que ce report de la réunification définitive à 2097 au lieu de 2047, ait été cautionnée par l’appareil. Cet écart de temps fondera les dissensions à venir.


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