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›› Editorial

ANP 2019. Une scénographie sélective

Li Keqiang s’exprime lors de la 2e session pour annoncer des mesures destinées à soutenir l’économie. Augmentation du déficit budgétaire porté à 2,8% du PIB (+0,2%), réduction de taxes, augmentation des dépenses d’infrastructure (473 Mds de $ pour le rail, les autoroutes, les canaux et les télécoms), baisse de la TVA pour les entreprises, réduction du taux de participation des entreprises aux retraites et augmentation de 7,5% des dépenses militaires portées à 177 Mds de $ (analyse dans un article séparé).


*

Le 15 mars, le premier ministre a clos la réunion annuelle des deux assemblées par la traditionnelle conférence de presse au grand Palais du Peuple. Durant 2h30, face à 1200 journalistes chinois et étrangers, perpétuant le ton conciliant et pédagogique inauguré par Wen Jiabao en mars 2003, Li Keqiang a, comme lui, tenté de rassurer son auditoire sur l’économie chinoise, le progrès des réformes et la marche de la Chine vers l’ouverture.

En apparence, l’exercice se voulait une transparence et une nouvelle preuve de l’ouverture chinoise aux médias. Réfutant au passage les doutes sur la réalité des statistiques récemment exprimés par Xiang Songzuo (向松祚), professeur d’économie à l’Université du Peuple, Li a longuement exposé la stratégie sociale, économique et financière de son gouvernement et les marges de manœuvre sur lesquelles il compte s’appuyer pour garantir le marché du travail et la stabilité de la société.

Mais si beaucoup de sujets ont été abordés, depuis les tensions stratégiques avec les États-Unis, le rôle de la Chine dans le dialogue Pyongyang-Washington, et la question taïwanaise, jusqu’aux relations devenues compliquées avec l’Europe, en passant par l’état de la société chinoise, le ralentissement de la croissance et les politiques de relance, quelques unes des questions parmi les plus sensibles sont restées dans l’ombre.

La réalité est que depuis les premiers essais d’ouverture du régime aux médias par Wen Jiabao, il y a 15 ans, le contexte chinois et la scène géopolitique ont radicalement changé. Du coup, l’alchimie de la mise en scène médiatique destinée à tranquilliser ceux qui s’inquiètent de la montée en puissance de la Chine ne fonctionne plus aussi bien.

Dénué de pouvoir, Li est à la peine.

Après l’affirmation stratégique des « caractéristiques chinoises » au 19e Congrès qui, non seulement, désignèrent une voie chinoise spécifique à l’écart des « valeurs politiques occidentales », mais, de surcroît se posèrent en modèle de gestion des défis de la planète et en exemple de développement pour l’ancien « Tiers-Monde », il est devenu difficile pour la Chine de « rassurer » ses interlocuteurs.

L’autre contraste majeur avec l’enthousiasme de l’époque Wen Jiabao s’essayant pour la première fois à l’exercice d’une conférence de presse au milieu des éloges des observateurs internationaux mesurant « l’ouverture de la Chine », est que le système politique s’est très sérieusement raidi et que les relations entre le n°1 du Parti, Président devenu omnipotent et le Premier Ministre, ont basculé dans une stricte relation hiérarchique.

Contrairement à Zhu Rongji ou Wen Jiabao, dont l’action avait une vertu d’entraînement, Li Keqiang n’est plus qu’un exécutant ou même seulement le masque réformiste en charge de perpétuer le discours conciliateur sur la marche de la Chine et ses réformes.

Ainsi quand le premier ministre glose sur la promotion du privé, le Président fait l’apologie des grands groupes publics, symboles nationalistes de la puissance globale chinoise et rappelle l’importance du marxisme dont la seule évocation jette dans l’esprit des investisseurs un doute sérieux sur la liberté d’entreprendre.

Une mise en scène édulcorée.

Du coup, l’exercice médiatique, jusque-là cité en exemple d’ouverture, est, plus que jamais apparu comme une mise en scène d’où furent soigneusement évacuées toutes les questions sensibles.

En politique intérieure les voiles ont systématiquement mis sous le boisseau les contestations et le traitement sans nuance des risques islamistes au Xinjiang, en passant par le grignotage du principe des « deux systèmes » à Hong Kong et le renforcement du pouvoir de Xi Jinping devenu en théorie « un président à vie ».

Dans les relations avec le monde, il n’a pas été question des tensions en mer de Chine du sud, ni des sérieuses crispations stratégiques avec Washington, et encore moins du rapprochement politique américain avec Taipei gouvernée par une mouvance de rupture avec le Continent.

Symptômes parmi d’autres du caractère cosmétique de la session, le plan « Made in China 2025 », pilier majeur de la modernisation et objet des méfiances occidentales inquiètes des captations de technologies pirates et l’affaire Huawei, pourtant au cœur de puissantes tensions avec Washington et Ottawa et symbole des rivalités globales autour de l’espionnage technologique et du contrôle des infrastructures internet 5G, ont soigneusement été tenues sous le radar des questions.


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