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›› Editorial

ANP 2019. Une scénographie sélective

Note de Contexte.
Principaux extraits de la conférence de Li Keqiang.

Li keqiang durant sa conférence de presse le 15 mars.


*

1. Poursuite de l’ouverture.

Accompagnée, dans son versant social, par la suppression de toutes les taxes sur les médicaments, en particulier ceux traitant le cancer, l’ouverture concernera également le secteur des services, même, précise Li Keqiang, contre les intérêts des féodalités financières et les banques publiques, prix à payer pour augmenter leur compétitivité internationale.

Les limites des investissements étrangers en bourse seront élargies pour certains secteurs et dans la production industrielle. Toutes les obligations de transferts de technologies seront levées et la propriété intellectuelle sera mieux protégée.

2. Crise financière et freinage de la croissance.

Les mesures prudentielles imposées aux banques chinoises sont plus rigoureuses que les standards internationaux. Le ratio des réserves obligatoire est de 15%, soit globalement 20 000 Mds de Yuan (3000 Mds de $) tenus disponibles en cas de crise.

Note de FD : Li Keqiang passe sous silence le problème à entrées multiples de la finance grise auquel le pouvoir s’est attaqué mais qui ne sera pas résolu sans réforme systémique. Lire à ce sujet : Le nationalisme économique perpétue les risques de crise financière.

Le gouvernement s’est aussi attaqué aux collectes de fonds illégales par des entités « financières grises. » et continue à mettre en garde contre l’illusion de l’argent facile.

Pour soutenir la croissance, le pouvoir réduira les taxes aux entreprises publiques et privées. Tout en excluant une vaste relance financière qui créerait de nouveaux problèmes, il compte que la nouvelle loi sur les investissements étrangers contribuera à maintenir la croissance à un bon niveau.

Les « trois batailles » contre la pauvreté, la pollution et les risques financiers seront poursuivies. Lire : Le système Xi Jinping. Resserrer le pouvoir, renforcer la capacité de contrôle politique du Parti. Redresser les comportements.

Pour y parvenir le gouvernement a accepté d’augmenter le déficit budgétaire de 0,2%. En même temps, il a entrepris de réduire les dépenses publiques, tandis que les banques et les entreprises publiques bénéficiaires seront encore plus mises à contribution pour abonder le budget public.

3.- La stabilité sociale est un souci.

L’espoir est que plus de 13 millions d’emplois seront crées en 2919, comme ce fut le cas en 2018, pour faire face à la demande de 15 millions de nouveaux arrivants sur le marché du travail (dont 8,34 millions de jeunes diplômés), sans compter les migrants affluant dans les villes. L’accès à l’éducation et aux soins sera également amélioré. Une attention particulière est accordée au 3e âge.

4.- Relations Chine - États-Unis. Parti-pris optimiste.

La guerre commerciale est dommageable pour les deux. Il n’aura pas de gagnant. Sans compter que l’utilisation du mot « guerre » pour des échanges commerciaux est un contresens puisque le commerce et avant tout une négociation.

Li Keqiang espère que les deux parties garderont une attitude rationnelle et que les États-Unis assoupliront leur politique, autorisant l’importation chez eux de produits chinois de haute technologie. Au passage, il a réfuté les accusations américaines selon lesquelles le gouvernement imposait aux sociétés numériques chinoises de dévoiler les secrets de leurs clients.

Prenant de la hauteur pour considérer les 70 ans de l’histoire des relations sino-américaines, Li estime que, malgré les revers et les crises, la trajectoire sino-américaine restait positive et qu’il était impossible de découpler les deux premières économies de la planète.

Note de FD : la remarque est juste et prend le contrepied des théories d’une "nouvelle guerre froide". Contrairement à la situation qui prévalait durant le "rideau de fer", s’il est vrai que Pékin et Washington sont des rivaux stratégiques véhiculant des idéologies de gouvernance opposées, ils entretiennent aussi de riches relations commerciales et d’interdépendance. L’interconnexion étroite n’élimine pas le risque d’un affrontement, mais elle le tempère beaucoup, d’autant que la situation globale de sécurité est contrainte par l’existence de la dissuasion nucléaire.

5. Corée du Nord. Optimisme et patience.

Après le sommet de Hanoï, Washington et Pyongyang ont tous deux fait savoir qu’ils resteront en contact. C’est mieux que rien, Il faut être patient, a dit Li Keqiang, avant de rappeler que la Chine restait attachée à l’objectif de dénucléarisation de la péninsule.

6. Taïwan.

Fidèle à « la politique d’une seule chine » et au consensus de 1992, la Chine s’oppose à l’indépendance. En revanche, elle est prête à proposer encore plus de mesures préférentielles au profit des compatriotes taïwanais qui bénéficieront d’une égalité de traitement en matière d’investissements, d’accès à l’éducation et dans tous les aspects de la vie courante.

7. Chine - Europe

Après la note de l’UE du 13 mars mettant en garde contre les intentions stratégiques de la Chine, sur laquelle le Conseil Européen devait se prononcer le 21 mars, Li Keqiang a reconnu que les relations entre Bruxelles et Pékin étaient sous tension.

Mais il a tenté d’apaiser les craintes européennes en assurant d’abord qu’un éventuel accord commercial avec les États-Unis ne se ferait pas au détriment de l’EU qui, entre autres, craint pour ses exportations agricoles.

Après avoir évoqué les négociations en cours depuis 2012 avec Bruxelles pour un accord bilatéral sur les investissements qui précisément achoppe sur les questions de réciprocité à propos de l’accès au marché chinois, LI a rappelé que l’Europe était le premier partenaire commercial de la Chine, les 2 étant des pôles essentiels de la multipolarité dont la relation harmonieuse est dans l’intérêt de la planète toute entière.

A l’appui de son discours, Li a précisé qu’il se rendrait en Europe en avril à l’occasion du prochain sommet Chine - UE.

Note de la rédaction.

Sentant venir le risque d’un alignement européen sur la position américaine, Pékin déploie d’importants efforts pour rassurer l’UE sur ses intentions. Le 19 mars, Wang Yi le MAE était à Bruxelles où il a donné avec Federica Mogherini une conférence de presse conjointe où il a rappelé l’importance du partenariat "stratégique global" entre Pékin et l’UE.

Du 21 au 26 mars, Xi Jinping effectuera une visite d’État en Italie à Monaco et en France. A Rome, il doit signer une lettre d’intention pour préparer la participation aux "Nouvelles routes de la soie" de l’Italie qui cherche les financements de la Banque Asiatique pour les infrastructures.

Le 19 mars, ayant conscience que l’initiative s’inscrit à contrecourant de la note de mise en garde de Bruxelles, le premier ministre italien Giuseppe Conte déclarait que les accords commerciaux et économiques avec la Chine n’auront pas de conséquence sur la position géopolitique de l’Italie et son attachement à l’Alliance atlantique.

*

Toute la controverse autour de l’augmentation de l’empreinte chinoise en Europe doit être mise en perspective en considérant la formidable accélération depuis dix ans des investissements directs chinois dans l’UE. Multipliés par 50 en seulement 8 ans, ils sont passés de moins de 840 millions de $ en 2008 à 42 Mds de $ (35 Mds d’€) en 2016 (statistiques de Rhodium Group).

Si on y ajoute les Fusions et Acquisitions ayant touché 350 compagnies européennes ces 10 dernières années, le total de la masse financière chinoise investie eu Europe atteint 348 Mds de $.

Quel que soit l’angle de vue, et même si la part des investissements chinois reste faible - elle ne représente que 2,2% des investissements américains - l’accélération impose un examen critique qui ne peut éluder les intérêts chinois et leurs conséquences géopolitiques. Pékin et ses groupes publics visent non seulement le marché européen et les technologies de premier rang, mais également la notoriété des marques et une voie oblique d’accès au marché américain.

Lire à ce sujet notre analyse : Les vents contraires de la relation Chine – Europe.

A noter en particulier, page 2, la manœuvre enveloppante pour prendre le contrôle des chantiers navals italiens et français avec une ouverture sur la construction de navires de combat.

Cette fois l’offensive chinoise en Italie concernera les 4 ports italiens de Trieste et Ravenne sur l’Adriatique, de Gènes à l’Ouest et de Palerme en Sicile dont la gestion sera confiée au groupe chinois de transport maritime CCCC China Communications Construction Company 中国交通建设 - Zhongguo jiaotong jianshe - déjà très investi en Afrique. Lire Infrastructures : le groupe chinois CCCC passe à l’Ouest

Enfin, et il ne s’agit pas de la moindre des angoisses à l’œuvre dans les strates supérieures de l’Union de plus en plus divisée, alors que les turbulences de la planète bouleversée mettent à mal les "valeurs occidentales", certains craignent aussi une contagion antidémocratique des "caractéristiques chinoises."

En arrière-plan surgit une question taboue : la démocratie participative est-elle bien adaptée aux tempêtes ?


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