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Au G.20, Washington concède à Pékin un armistice de 90 jours

Au G.20, plus qu’une volonté de compromis, la rencontre entre Pékin et Washington a exprimé une méfiance latente des Chinois et une forte agressivité des États-Unis. Il faut craindre que le moratoire de 3 mois sur les taxes, concédé par Trump ne fera que retarder la dégradation des relations sino-américaines. A l’échéance de l’armistice fiscal, en mars prochain, coïncidant avec la réunion annuelle de l’ANP, Pékin sera placé sous la double pression du nationalisme interne, refusant de céder aux pressions de Washington et celle venant des radicaux anti-chinois aux États-Unis réclamant que Pékin fasse des efforts pour rééquilibrer le commerce et cesse ses pratiques illégales de captation de technologies.


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Arrivé à Buenos-Aires dans un esprit combatif, le visage renfrogné contrastant avec l’air jovial des premières rencontres avec Xi Jinping en Floride, le président américain avait mis en garde que ce qui opposait les États-Unis à la Chine était une « pretty nasty dispute - une querelle assez méchante » -.

La réduire, dit-il, à des différends commerciaux était un gentil euphémisme – « a nice soft word ». Dans une réunion dans l’Indiana, il avait même ajouté « nous gagnerons comme nous gagnons toujours ». Voire.

S’il est vrai que la guerre commerciale a économiquement affaibli la Chine au point qu’elle est prête à des concessions pour retrouver une relation normale avec l’Amérique, il serait dangereux pour Washington des pousser son avantage trop loin, sans envisager des compromis en retour.

En heurtant l’extrême la sensibilité nationaliste du pays, D. Trump allumerait des mèches dont personne ne peut prévoir où et quand elles exploseront.

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La brutalité des propos du président américain attisée par l’arrière-plan électoral tranchait avec le discours accommodant et politiquement calibré, articulé à la morale à viseur unique des bénéfices planétaires du libre marché, invariablement répété par le Parti communiste chinois et son n°1.

Le 3 décembre, tout en notant que les discordes ne sauraient être aplanies en 90 jours, un article du Global Times parlait d’intérêts partagés, de compromis et même d’une « certaine confiance réciproque ».

Un sursis avant de nouvelles attaques ?

La réalité est moins rose. Depuis Pékin, Paul Haenle, fonctionnaire vétéran du gouvernement américain, ancien conseiller politique des administrations Bush et Obama, aujourd’hui Directeur du centre de recherche Qinghua-Carnegie, replace la situation dans son contexte réel : « Il ne s’agit pas d’une “percée“ – breakthrough - , mais plutôt d’une tentative pour éviter un effondrement – breakdown - ».

Pour Scott Kennedy expert de la Chine au Centre des Études Internationales et Stratégiques – CSIS – référence de la pensée stratégique américaine, « la Chine n’a obtenu qu’un délai de grâce temporaire, au lieu du retour à la normale qu’elle souhaitait. La seule chose ayant vraiment changé est le rythme de la dégradation des rapports sino-américains ».

Certes, après plus d’une année de pressions négatives provoquées par les tensions, les marchés américains et européens, avides de soulagement, ont réagi positivement ((S&P +0,95% ; Dow Jones +1,13% ; Nasdaq +1,35%) , à l’annonce que Trump avait accepté de ne pas porter à 25% dès le 1er janvier comme il l’avait envisagé, les taxes infligées à un éventail d’exportations chinoises évaluées à 200 Mds de $.

L’armistice retarde l’échéance d’éventuelles nouvelles taxes à mars 2019, quand, à Pékin, se réunira l’Assemblée Nationale Populaire, grand-messe politique annuelle à l’occasion de laquelle le Parti soigne sa légitimité en exposant ses réussites domestiques et internationales et où – mèche allumée de prochaines tensions à venir avec la Maison Blanche et facteur de risques politiques internes - il est impensable qu’il donne le sentiment de capituler face aux pressions de Washington.

Bien sûr D. Trump adepte du cynisme sentimental, a twitté « le grand honneur » qu’il ressentait à travailler avec « son bon ami Xi Jinping », qui répondit sur le même ton, contredisant les mines maussades et crispées de la réunion de travail du week-end dernier.

En attendant, les pressions ne cessent pas.

Sans concertation avec Pékin, D. Trump a « twitté » que la Chine aurait accepté de réduire ses taxes à l’importation des voitures américaines de 40 à 15%. Outre que la mesure impacterait l’industrie automobile chinoise, si elle était adoptée telle quelle, elle donnerait le sentiment de céder aux pressions de Washington. Une réalité difficile à accepter pour le nationalisme chinois.


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Il reste que la trêve n’est qu’un répit temporaire et sa mise en œuvre toute théorique. Le 3 décembre dernier Steve Mnuchin, le secrétaire d’État au trésor et son entourage expliquaient que le moratoire sur la hausse des taxes était certes un chemin vers un apaisement durable.

Mais il ajoutait aussitôt que pour qu’il devienne définitif et débouche sur un accord commercial en bonne et due forme, il faudrait que Pékin fasse des proposions concrètes dans les trois mois pour réduire le déficit commercial et protéger les entreprises américaines contre les captations illégales de technologies.

Larry Kudlow, 71 ans, expert financier, premier conseiller économique à la Maison Blanche ancien de l’équipe Reagan, espère même que Pékin annule ses taxes sur le soja décidées en riposte à Trump frappant les fermiers du Middle-West.

A peine la réunion achevée, Trump - prenant à contrepied les Chinois fervents de la diplomatie secrète -, faisait pression en annonçant par message public, que la Chine allait approuver le rachat du Hollandais NXP, héritier de Philips, leader mondial de l’électronique automobile par Qualcomm, le géant américain des microprocesseurs.

Décidée en 2016, mais bloquée par Pékin propriétaire des parts de la division des produits standards de NXP à hauteur de 2,7 Mds de $, la manœuvre américaine de rachat de NXP s’inscrit dans la stratégie globale des États-Unis pour empêcher la Chine d’accéder à la technologie de pointe des microprocesseurs. Lire : L’impitoyable guerre des microprocesseurs. (Suite)

Peu après, un nouveau « Tweet » annonçait la suppression ou la réduction des droits de douane (aujourd’hui à 40%) sur les automobiles américaines exportées en Chine. Non confirmée par les Chinois, eux-mêmes soucieux de protéger le secteur chez eux, la déclaration semblait moins le résultat d’un accord qu’un coup de poker destiné à leur forcer la main dont on voit mal comment il pourrait être efficace.

De même - tentative de pression ou manœuvre brouillonne - alors que les deux n’ont pas publié de communiqué commun, la Maison Blanche évoqua unilatéralement une augmentation imminente des achats chinois de produits agricoles américains, mais, dit le porte-parole sans rire, « pas encore confirmée par la partie chinoise. ». De fait, les annonces chinoises sur ce sujet sont restées vagues. On est loin de la confiance évoquée par Global Times.


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Par Anonyme Le 6/12/2018 à 13h16

Au G.20, Washington concède à Pékin un armistice de 90 jours.

N’y a t il pas une coquille dans votre paragraphe
Wang Yi, le MAE confirma que le Fentanyl était déclaré illégal en Chine. Puissant opioïde addictif appartenant à la famille de l’héroïne, originaire d’Asie, en vente en libre en Chine, le produit est responsable de nombreux décès par surdose aux États-Unis où il est consommé comme drogue ou comme antidouleurs.

en vente libre aux USA ?

Par La rédaction Le 7/12/2018 à 09h12

Au G.20, Washington concède à Pékin un armistice de 90 jours.

Cher lecteur, il n’y a pas de coquille. Le Fentanyl est bien interdit aux États-Unis où, à la suite de nombreux décès, il est considéré comme dangereux. Le fait qu’il soit en vente libre en Chine complique son contrôle et facilite les filières de contrebande. En le rendant illégal en Chine, Pékin accède à une demande pressante de Washington.

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