Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Politique intérieure

« C’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui se baignent nus »

Jeu de quilles.

Alors que les scories dérangeantes de ces écarts hors normes n’ont pas encore été nettoyées, voilà que surgit une nouvelle affaire, impliquant encore une fois un candidat au bureau politique, fidèle allié du président Hu Jintao, que ce dernier avait lui-même placé sur la trajectoire suprême en amont du Congrès.

Depuis mars dernier, le monde médiatique occidental et chinois bruissaient de l’accident d’une Ferrari noire « 458 spider », d’une valeur de 220 000 €, soit 20 fois le salaire annuel moyen d’un jeune ingénieur, encastrée dans la pile d’un pont sur le 4e périphérique de Pékin, à hauteur de Haidian, dont la nouvelle fut d’abord révélée par Baidu, le moteur de recherche chinois, qui situait le drame, ayant impliqué la mort du conducteur, le dimanche 18 mars à 4 heures du matin.

Aussitôt les « blogs » chinois et les réseaux sociaux étaient entrés en effervescence, diffusant des photos et des rumeurs, rapprochant même l’accident de l’affaire Bo Xilai, destitué quelques jours auparavant dont le fils, Bo Guagua, était également connu pour circuler en Ferrari.

Mais dès le 20 mars, la censure abattait son voile sur le net et les médias, tandis que le Global Times, publié par le groupe de presse du Quotidien du Peuple, mettait en ligne un article confirmant que la presque totalité des informations sur l’affaire avait été effacée dans la nuit, « ce qui – précisait le journal – avait suscité de nombreuses spéculations sur l’identité du conducteur décédé ». Le fait est que tous les blogs furent effacés, tandis que le mot « Ferrari » n’était plus accessible directement par les moteurs de recherche traditionnels. Le coup de théâtre survint 5 mois et-demi plus tard.

Le week-end du 1er septembre, des indiscrétions publiées par le South China Morning Post, probablement avec l’autorisation de Pékin, lièrent la destitution soudaine de Ling Jihua de son poste de chef du secrétariat du Comité Central, annoncée par la presse officielle, à l’accident du 18 mars, dont le conducteur décédé aurait été identifié comme son fils, prénommé Gu. Précision à la fois douloureuse et sordide, la volonté de camoufler la connexion de l’accident avec le pouvoir central serait allée jusqu’à modifier le nom du fils de Ling, changé en « Jia », sur le certificat de décès.

Passant soudain d’une des fonctions les plus puissantes du pouvoir à celle de Directeur du Département du Front Uni, bien moins en prise avec la haute direction du régime, Ling Jihua, en fonction depuis 2007, vient de perdre une bonne partie de ses chances d’entrer au Bureau Politique pour lequel il semblait destiné, tant il était considéré comme l’un des plus sûr alliés de Hu Jintao, issu, comme lui, de la Ligue de la jeunesse et aux côtés duquel il apparaissait souvent en public.

Selon d’autres indiscrétions révélées par le South China Morning Post, Jiang Zemin aurait critiqué Ling pour avoir tenté d’escamoter l’accident et se serait catégoriquement opposé à son entrée au Bureau Politique. La presse officielle indique que Ling a été remplacé à son poste par le Secrétaire Général du Guizhou, Li Zhanshu, 62 ans, dont on dit qu’il est proche du futur président Xi Jinping, mais dont la carrière est très nettement en retrait par rapport à celle de Ling Jihua. Les perspectives d’accession de Li Zhanshu, qui n’est que membre suppléant du Comité Central, au Bureau Politique sont en effet quasi nulles.

La destitution de Ling, qui apparaît comme une attaque contre la mouvance proche de Hu Jintao, est sans conteste une manifestation de la lutte d’influence que se livrent les clans pour conserver une emprise sur le pouvoir. En perdant Ling Jihua, la faction président sortant est privée d’un solide appui. Elle a cependant encore de la ressource.

Avec Li Keqiang, premier ministre déjà presque nommé et Li Yuanchao, probable futur vice-président, les deux pouvant encore recevoir l’appui de Wang Yang, le Secrétaire Général de Canton, également fidèle de Hu et réformateur avéré, dont on dit qu’il prendrait la direction de la puissante Commission Centrale de Discipline du Parti, les fidèles de Hu conserveraient un avantage opérationnel face à leurs rivaux.

Si, comme court la rumeur, ces derniers perdaient l’appui des filières ultra conservatrices de la propagande et de la sécurité d’Etat, qui, dans le cas d’un Comité Permanent à 7, seraient exclues de la tête du pouvoir, ils en seraient d’autant plus affaiblis.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

Faces cachées et risques de la mise au pas des groupes numériques

Le foisonnement affairiste d’Internet, la prévalence du Parti et l’exigence de loyauté

A Hong Kong, Pékin réforme la loi électorale, durcit la gouvernance et élimine la mouvance démocrate

Au Zhejiang, la pensée marxiste de Xi Jinping tente la mise aux normes du marché à l’aune des « caractéristiques socialistes »

A Hong-Kong, la mémoire de Tiananmen met à l’épreuve la patience du parti