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›› Politique intérieure

« C’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui se baignent nus »

Brèves.

Déclarations de relance pour gérer l’incertitude économique.

Dans un contexte où les mauvais chiffres de l’économie, accompagnés de nouvelles alarmantes sur la situation dans plusieurs provinces de l’Est, avec faillites en séries, les déclarations politiques sur une relance de l’économie se multiplient partout en Chine. Avec à la clé le risque d’une nouvelle accumulation de dettes des provinces.

Alors que le gouvernement libérait le crédit à hauteur de plus de mille milliards de RMB (800 Mds d’€), accordait des réductions d’impôts aux PME, et augmentait ses dépenses d’infrastructures, les provinces publiaient d’impressionnantes listes de projets, parfois, sur plusieurs années, dont le financement, aléatoire dans une situation de liquidités contraintes, dépassait souvent les mille milliards de RMB.

Depuis juillet, au moins 13 provinces ont annoncé des investissements de plus 10 000 Mds de RMB sur les 5 prochaines années. Tandis que les stocks non écoulés grossissent, à quoi s’ajoutent de graves problèmes de rentabilité dans l’industrie lourde, cette débauche de déclarations, en partie destinées à rassurer, pourrait favoriser la relance. Elle porte cependant le risque de déclencher une dérive financière à contre courant de l’exigence de rentabilité du capital.

Lutte d’influence entre les grands groupes publics et le gouvernement.

Le gouvernement a renoncé à appliquer la taxe de 50% proposée par le ministre des finances sur les bénéfices des groupes publics, qui ont fait front en expliquant que l’augmentation de leurs impôts limiterait leur capacité d’investissement et aggraverait le ralentissement de l’économie.

L’objectif était de combler le déficit des fonds sociaux, mais dans la conjoncture actuelle l’argument des PDG des sociétés publiques, dont le pouvoir politique augmente a fait mouche,d’autant qu’au cours du premier semestre 2012, les profits des grandes entreprises d’état ont chuté de 11%.

Dans ce combat, l’adversaire du ministère de l’economie a été la Commission de supervision et d’administration des actifs de l’Etat, (acronyme anglais SASAC), traditionnellement ancrée dans le clan des conservateurs.

La réalité est que les groupes publics sont dans une situation privilégiée. Ils ne payent des taxes sur les bénéfices que depuis 2007, à un taux seulement compris entre 5 et 10%, réévalué à 15% en 2010. Mais suite à de nombreux passe-droits, une importante proportion des 100 000 entreprises d’Etat est exemptée de taxes. C’est pourquoi, en 2010 l’Etat n’a à peine récupéré que 2,2% de leurs profits.

S’il est vrai que la cooptation politique en 2003 des hommes d’affaires par le régime est de nature à asseoir le pouvoir du Parti, fragilisé par ailleurs, le surgissement dans la sphère politique chinoise des entrepreneurs, pour l’heure presqu’exclusivement limités aux PDG des grands groupes publics (une trentaine d’entre sont membres du Comité Central), aura, à terme, de très lourdes conséquences sur le fonctionnement général du système et ses décisions à l’intérieur, comme à l’extérieur.

Déjà, la crise a donné lieu à des symptômes de « ré-étatisation » de l’économie, à contre courant de la marche vers plus de flexibilité privée voulue par l’ancien premier ministre Zhu Rongji, situation résumée de manière lapidaire par l’opinion : « « Guo jin, Min tui - 国进民退 – l’Etat prospère, le privé régresse »

Décidé par le gouvernement en 2009, le stimulus financier a certes relancé l’économie, mais il a également conforté les gaspillages des finances publiques par le truchement de grands projets, précisément contrôlés par les entreprises d’Etat. Il est en effet fréquent que les fonds publics largement alloués aux grands projets soient en partie détournés par les groupes publics vers les budgets des administrations locales, des projets immobiliers de luxe et des infrastructures dont l’urgence n’est pas avérée.

L’augmentation du pouvoir des PDG des entreprises d’Etat touche aussi à une série de contradictions, liées à la corruption de l’oligarchie, à l’enchevêtrement du pouvoir et des affaires et aux conflits d’intérêts. Elle pose le problème des conglomérats publics ayant un accès privilégié aux banques d’Etat, et toujours tentés par la recherche du monopole et la spéculation immobilière.

A bien des égards, il arrive souvent que leurs intérêts heurtent les politiques visant à assouplir l’économie, à maîtriser sa dimension macro économique, à contrôler l’inflation, à harmoniser le développement, et à lutter contre la spéculation et la corruption, qui furent les chevaux de bataille de l’équipe Hu – Wen.


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