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Chine Etats-Unis. Perspectives croisées

Son aura internationale s’étend maintenant largement au-delà de l’Asie, vers l’Afrique, avide de la générosité chinoise et de capitaux, et vers le Moyen Orient, où Pékin ménage beaucoup l’Iran et ses alliés syriens. Fort de cette influence nouvelle, Hu Jintao a marqué sa différence avec Georges W. Bush et contraint les Etats-Unis à modifier leur attitude sur la Corée du Nord : pour le président chinois l’ingérence est une atteinte à la souverainté des Etats, pierre de touche des relations internationales. La solution du problème nord-coréen sera plus le résultat d’un compromis que d’une politique de sanctions. Ces dernières ne sauraient être une fin. En dépit des affichages optimistes de Washington et du rappel par la Chine que l’arme nucléaire nord-coréenne ne serait pas tolérée, des désaccords subsistent sur la méthode. Pour deux raisons : D’abord Pékin sait très bien que Pyongyang n’abandonnera pas son programme militaire tant que Washington ne lui aura pas donné des gages de sécurité ; ensuite, s’il est vrai que la Chine voit d’un très mauvais oeil la nucléarisation de la péninsule qui pourrait être le prélude à toute une série de proliférations dans la région, elle s’inquiète également pour la stabilité du régime de Pyongyang, un souci moins partagé par Washington. D’où l’absence remarquée d’une mention de la Corée du Nord dans la déclaration finale du sommet de Hanoi.

La Chine, qui multiplie aujourd’hui les initiatives internationales sur tous les fronts apparaît à beaucoup d’observateurs comme un contrepoids de plus en plus crédible à la puissance américaine, volontiers perçue comme brutale et dangereuse par certains. En Afrique, elle est le « troisième larron » qui profite du vide laissé par l’occident lassé et désabusé. Elle y est d’autant mieux perçue qu’elle ne se soucie pas de la nature des régimes qui l’accueillent. En Asie du Nord-Est, elle était un arbitre. Aujourd’hui elle donne le ton. Après avoir accepté de faire pression sur Pyongyang pour freiner ses errements, elle a vite retrouvé sa position de médiateur. Appuyée par Séoul, elle oblige Washington à adoucir son approche.

En Asie du Sud et du Sud-Est, elle développe un discours apaisant de coopération, de complémentarité et de partage des opportunités, se rapproche de l’Inde (Hu Jintao est arrivé à New Delhi le 20 novembre pour la première visite en Inde d’un Président chinois depuis 10 ans), sans pour autant abandonner ses liens étroits avec le Pakistan, régulièrement inquiet de perdre l’appui de Washington. Enfin, pour rassurer tout le monde, Pékin répète sans cesse que sa montée en puissance est pacifique. Au Moyen Orient, compte tenu de ses puissants intérêts pétroliers, la Chine avance avec une prudence de Sioux. Soutenue par Moscou et d’une manière plus hésitante par l’UE, elle défend avec raison, le droit de Téhéran au nucléaire civil. A l’occasion, elle désapprouve Israël, prend le contrepied de Washington et marque aussi sa sympathie pour les revendications palestiniennes, tout en prenant soin de condamner le terrorisme. Au total, son approche des relations internationales qui exclut l’ingérence et prône « l’harmonie » rassure, parce qu’elle semble respecter les « différences » en prévilégiant une évolution lente et sans heurts des cultures, qui forcément ne peuvent aller du même pas. Toujours prudente, elle lisse son discours à l’extrême et -ce fut le cas dans l’affaire nord-coréenne- ne dévoile son jeu qu’à coup sûr.


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