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›› Politique intérieure

En route pour le 18e Congrès

L’alliance critique des réformateurs et du marché.

Les critiques les plus sévères contre l’actuelle Direction émanent des tenants du deuxième courant, dont la voix a, par épisodes, étrangement été relayée par le Premier Ministre lui-même, héritier de la pensée de Hu Yaobang et Zhao Ziyang, les deux réformateurs limogés par Deng Xiao Ping. Ceux-là condamnent les promesses non tenues de l’ouverture politique, de la transparence, d’une justice indépendante et du contrôle du pouvoir par les assemblées locales.

Appuyés par nombre de chercheurs, économistes, historiens et sociologues, ils mettent en garde contre les risques d’un affaiblissement grave de la légitimité du Parti provoqué par les dérapages du schéma de la croissance, impossible à réformer, disent-ils, sans un ajustement politique ouvrant le droit à la critique du pouvoir par des parlements indépendants.

Cette mouvance, à la pointe des revendications pour une vraie réforme politique, ajoute ses critiques aux partisans frustrés de la remise en ordre économique, dont Zhu Rongji est le représentant à la retraite le plus célèbre. Ce dernier a récemment donné de la voix pour fustiger le laxisme du Centre autorisant les spéculations foncières des administrations locales sur le dos des paysans : « cette politique pille le peuple et fait monter les prix immobiliers ».

Les adeptes du marché stigmatisent aussi les faiblesses de l’équipe Hu – Wen, dont l’incapacité à juguler les dérives de l’investissement public a réalimenté la pompe du crédit incontrôlé et le tonneau des Danaïdes des dettes locales. Avec comme principal résultat une mise en veilleuse des réformes libérales et le retour en force de l’étatisme, dont le centre de pouvoir est la Commission Nationale pour la Réforme et le Développement (CNRD), rivale de la Banque de Chine.

Ces deux organismes expriment chacun une philosophie du développement du pays et des choix politiques différents : rigueur et assainissement des finances pour la Banque de Chine ; attention accordée aux attentes sociales pour la CNRD. Il est évident que l’un et autre tentent de faire prévaloir leurs vues, non seulement par conviction politique, mais également par ambition de pouvoir.

Les critiques contre l’équipe au pouvoir se sont récemment traduites par des rumeurs relayées par la presse de Hong-Kong d’un affaiblissement politique du candidat Premier Ministre Li Keqiang au profit de Wang Qishan. Ce dernier, qui fut historien chercheur de l’Académie des Sciences Sociales, Vice-gouverneur de Canton, Secrétaire du Parti de Hainan et maire de Pékin après l’épidémie de SRAS, très probable futur membre du Comité Permanent, reste, au sein du Bureau Politique, le plus fervent allié de la Banque de Chine et l’avocat le plus convaincu des réformes économiques libérales.

La querelle entre tenants d’une meilleure économie de marché et ceux partisans d’un rééquilibrage social rapide avaient déjà fait rage en 2006. Elle s’était traduite à l’avantage des seconds par le limogeage pour corruption de Chen Liangyu, Secrétaire du Parti de Shanghai, proche de Jiang Zemin.

Aujourd’hui le rapport de forces paraît inversé. L’équipe Hu – Wen est sur la sellette, en partie rendue responsable de la faiblesse du secteur privé et de la crise des PME, sur fond de puissance rémanente des grands groupes d’état et de leurs prébendes associées, identifiées par les tenants de l’économie de marché comme les plus sérieux obstacles à l’ajustement du schéma de développement de la Chine. Avec leur étonnant talent de synthèse, les chinois décrivent la situation par une formule lapidaire : « Guo jin, Min tui - 国进民退 – l’Etat prospère, le privé régresse »


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