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La difficile embellie de la question coréenne

Naïveté américaine et guerre de Corée.

Cette « largesse » pro-soviétique de Truman ne s’explique que par le fait accompli de l’armée rouge présente à Pyongyang avant les troupes américaines, et la volonté de l’Américain, lassé des conflits - probablement effrayé par la capacité de résilience soviétique démontrée, entre autres, à Stalingrad - de composer avec le futur adversaire de la guerre froide, dont la contribution sacrificielle à la victoire en Europe fut essentielle.

Sur le théâtre du Pacifique Ouest, en revanche, l’URSS fut un allié de la 11e heure, puisque Moscou, cédant le plus tard possible aux pressions américaine et britannique (Yalta février 1945), qui poussaient Staline à s’engager aux côtés des alliés contre le Japon, ne déclara la guerre à Tokyo que le 9 août 1945, soit 3 jours après Hiroshima.

Mais Truman – peut-être est-ce une naïveté inscrite dans l’ADN américain, qui voisine avec le cynisme - faisait sur la structure mentale et morale de Staline la même erreur d’appréciation que Roosevelt, décédé 4 mois plus tôt. A Yalta, ce dernier avait en effet exprimé l’illusion que « s’il donnait au tyran soviétique tout ce qu’il lui sera possible de donner, sans rien réclamer en échange, noblesse oblige, Staline ne tenterait pas d’annexer quoi que ce soit et travaillerait à bâtir un monde de démocratie et de paix. » Grave erreur en effet, qui fut peut-être la racine stratégique la plus pertinente de la situation actuelle.

Des élections libres devaient être organisés dans chaque camp. Au sud, la victoire revint en 1948 à Syngman Rhee, Docteur en Sciences politiques formé à Harvard, qui exerça son mandat de manière très autoritaire, au point qu’en 1960 il fut contraint de fuir le pays et de se réfugier à Hawaï. Ce qui montre que, la démocratie qui n’est déjà pas une science infuse, ne se repique pas comme le riz.

Au Nord, le pouvoir échut sans élections à Kim IL Sung, le grand-père de Kim le Troisième, qui fait actuellement beaucoup parler de lui. Kim le Premier, fondateur de la Corée du Nord, était un résistant anti-japonais de la première heure opérant en liaison avec la guérilla maoïste à partir de la Mandchourie. Également occupée par l’armée nippone dès 1931, la grande province du Nord-est de la Chine, que Tokyo avait transformé en état fantoche du « Mandchoukouo », jouxte la Corée du Nord, dont elle est séparée par le fleuve Yalu.

Au cours de la résistance contre le Japon, Kim adhéra au Parti Communiste Chinois en lutte contre Tchang Kai-chek, et fut placé à la tête d’une unité de quelques centaines de partisans, pompeusement baptisée « Division Kim Il Sung ». Après quelques faits d’armes restés célèbres et exploités par la propagande de Pyongyang, dont l’occupation, le 4 juin 1935, pour quelques heures, d’un village situé de l’autre côté du Yalu, Kim et ses hommes, menacés de destruction par les troupes japonaises, furent contraints de se réfugier en URSS.

Intégré à l’armée rouge avec le grade de commandant, le futur dirigeant nord-coréen, recommandé à Staline par Beria, resta en Union Soviétique jusqu’à son retour à Pyongyang le 22 août 1945, 16 jours après Hiroshima, dans les fourgons de l’armée rouge, qui, au passage, avait occupé sans coup férir, la Mandchourie chinoise.

A ces circonstances, qui font déjà de la péninsule un enjeu de la guerre froide à venir, s’ajoute une imprudence américaine. Le 12 janvier 1950, Dean Acheson, secrétaire d’Etat de Truman, laissa en effet croire à la presse internationale que « la péninsule coréenne ne faisait désormais plus partie des intérêts stratégiques américains ». Peut-être s’agit-il là du « feu vert » qui déclencha la guerre de Corée et la ruée, le 25 juin 1950, de Kim IL Sung vers le sud, avec, dit-on, l’approbation tacite de Staline, qui avait d’abord opposé son véto à une attaque fin 1949, et de Mao, nouveau maître de la Chine communiste depuis le 1er octobre 1949.

La suite de ces prémisses, préludes à un « enkystement » qui dure depuis 63 ans est connue. Le 15 septembre 1950, au nom des Nations Unies, Marc Arthur attaque les troupes nord-coréennes de flanc, à hauteur d’Inchon - où se trouve aujourd’hui le nouvel aéroport international de Séoul -. L’offensive coupa les forces d’invasion en deux, manqua de les anéantir, franchit le 38e parallèle et, le 25 octobre, atteignit la frontière chinoise sur le Yalu, située 320 km plus nord.

Le 31 octobre 1950, pour éviter un désastre nord-coréen et prévenir le risque d’une invasion de la Mandchourie, Mao engagea 270 000 hommes, qualifiés de « volontaires du peuple chinois », commandés par le général Peng De Huai. L’offensive obligea Marc Arthur à battre en retraite, au milieu de graves controverses avec Truman, à la fois agacé et effrayé par les demandes insistantes de son Commandant en chef de porter la guerre en Mandchourie, y compris par une attaque nucléaire. Cette phase du conflit se termina par le limogeage de Mac Arthur et la 2e prise de Séoul en quelques mois par les coalisés sino-coréens.

Les troupes américaines et l’ONU, désormais sous le commandement du Général Ridgway furent contraintes à une très difficile et très coûteuse opération de reconquête. Le conflit, gelé sur le 38e parallèle, fit probablement plus d’1 million de morts. Aucun traité de paix n’ayant été signé – en partie parce que les Américains, échaudés, refusèrent d’évacuer la péninsule – la guerre est juridiquement toujours suspendue à un armistice signé le 27 juillet 1953.


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