›› Chronique
Atome militaire et rhétorique agressive en échange de la survie du régime.
De nos jours Pyongyang cible Washington, l’ennemi de 1950, désigné comme le principal obstacle à la réunification, doublement responsable, puisque l’intervention de Mac Arthur en 1950 détruisit le rêve de Kim Il Sung et que les troupes américaines restèrent sur place en dépit des termes de l’armistice qui stipulaient l’évacuation militaire de la péninsule et auxquels Pékin se conforma en 1958.
Facteur aggravant, la Maison Blanche a pris la tête d’un mouvement international qui prône l’alourdissement des sanctions économiques pour empêcher Pyongyang de maîtriser les technologies missiles et d’accéder au statut de puissance nucléaire, que le régime, aux abois, incapable de sortir de l’ornière de l’économie étatique autiste, sous perfusion humanitaire internationale massive, veut utiliser pour garantir sa survie politique.
La quête atomique de la Corée du Nord n’est pas récente, puisque le programme KEDO (Korean Energy Development Organization), créé en 1995 avec 13 pays et organisations (dont l’Euratom, la Corée du sud, les Etats-Unis, le Japon, mais dont la Russie et la Chine étaient absents), avait déjà pour but de fournir une alternative d’énergie au programme nucléaire proliférant de Pyongyang. Il échoua après le durcissement du Congrès américain, passé sous le contrôle des républicains et le refus de Pyongyang de se conformer aux injonctions de l’AEIA.
En 2003, toujours dans le but de prévenir la nucléarisation de la Corée du Nord et, cette fois, de favoriser et d’accompagner une mutation économique et sociale du pays, fut instauré un « dialogue à 6 », à l’initiative de Pékin, qui, outre la Chine, comprend la Russie, les 2 Corées, le Japon et les États-Unis, mais où l’Union européenne n’est plus représentée.
Là aussi, aucun progrès ne fut enregistré, ni sur la question de l’atome militaire, puisque Pyongyang fit exploser un engin nucléaire en 2006, et deux autres en 2009 et 2013 ; ni dans la sphère socio-économique, en dépit de plusieurs voyages de Kim Jong Il en Chine, et l’ouverture de zones économiques spéciales patronnées par des investisseurs chinois à la frontière. En 2009, Pyongyang claqua la porte du dialogue et révéla un an plus tard l’existence sur son territoire d’un vaste complexe d’enrichissement d’uranium.
Fortes tensions et intransigeance de Washington.
Après la mort de Kim Jong Il, disparu le 17 décembre 2011 et l’arrivée au pouvoir de son plus jeune fils Kim Jong Un, de brefs espoirs éclairèrent la situation. En janvier 2012, Kim le Troisième annonça en effet un moratoire sur les tests nucléaires en échange d’une aide alimentaire. Mais les tensions resurgirent plus fortes que jamais en 2013, après un nouveau test missile et la troisième explosion nucléaire qui rallia même la réprobation de Pékin.
S’il est vrai que les menaces nord-coréennes et les postures de riposte par Séoul et Washington jouent une partition déjà ancienne, répétée à chaque crise, marquée la plupart du temps par un chantage à l’aide humanitaire de Pyongyang, il y a cette fois deux nouveautés.
La convulsion met plus de temps à se dénouer et Washington a très nettement augmenté ses pressions, d’abord sur Pékin, accusé de perpétuer la survie d’un État dangereux et erratique, ensuite sur Pyongyang, par plusieurs démonstrations de force, à l’occasion de manœuvres annuelles de l’alliance Séoul – Washington, avec, le survol de la péninsule par 2 bombardiers stratégiques furtifs B2, venus des Etats-Unis où il sont retournés sans escale, et par un B52 venant de Guam, tous deux à capacité nucléaire.
Le durcissement de Washington ne se dément pas. A Séoul, où il s’est rendu le 12 avril, John Kerry, le nouveau Secrétaire d’Etat a répété que les États-Unis étaient prêts à entamer des négociations, mais à la condition que Pyongyang adhère sans réserve au projet de dénucléarisation de la péninsule, ajoutant que la rhétorique agressive actuelle du régime n’était pas plus acceptable que la perspective d’un état nord-coréen doté de l’arme nucléaire.
Dans le même temps, les États-Unis, sans le dire ouvertement, font pression sur Pékin qu’ils accusent de double jeu, votant d’abord les sanctions économiques et financières contre Pyongyang, pour ensuite en édulcorer la mise en œuvre, tout en répétant que la seule manière de résoudre le conflit restait la négociation.
Christopher Hill, ancien Ambassadeur à Séoul et ex-chef de la délégation américaine du dialogue à 6, est récemment plusieurs fois sorti de son silence par le truchement de deux articles publiés dans « Project Syndicate ».
A ce sujet le site « questionchine.net » explique qu’après avoir stigmatisé le danger nucléaire nord-coréen clairement matérialisé par le 3e test, dont la puissance fut sans commune mesure avec les précédents, Christopher Hill, mettait en garde contre le risque d’effondrement catastrophique du traité de non prolifération (TNP), et appelait clairement la Chine à cesser de faire croire que la voie des négociations n’aurait pas été entièrement explorée.
« S’il est vrai que l’option négociation devrait toujours rester ouverte, il faut abandonner l’idée qu’elle pourrait constituer la pièce manquante du puzzle. La Corée du Nord a eu le loisir d’étudier toutes les offres mises sur la table durant les négociations du dialogue à 6, depuis un traité de paix, jusqu’à la participation à un forum régional, en passant par une assistance économique et énergétique. Ce qui ne l’a pas empêché de quitter la table des pourparlers en 2009 ».

