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›› Chronique

La difficile embellie de la question coréenne

La lourde implication chinoise dans le conflit coréen.

Au total et au fil des rotations, la Chine de Mao a engagé sur ce théâtre 1,5 million d’hommes assez faiblement équipés et sans aucun appui aérien. Les troupes chinoises obtinrent néanmoins d’importants succès contre les forces de l’ONU, non pas uniquement par l’assaut de vagues humaines comme le laissent entendre les idées reçues, mais aussi grâce à leur souplesse tactique, à base de manœuvres d’infiltration, d’actions enveloppantes rapides ou d’attaques sur les arrières ennemis.

Les chiffres exacts des pertes sont controversés. Pour la Chine, ils varient entre 114 000, selon les sources chinoises et 400 000 d’après les documents américains. Les statistiques officielles du Pentagone font état de 36 516 morts pour les Etats-Unis et de 58 127 pour la Corée du Sud. Quant à la Corée du Nord, les experts avancent le chiffre de 215 000. La France avait engagé 3421 volontaires dans ce conflit. 287 d’entre eux ont été tués. Leur histoire a été racontée par Jean Lartéguy dans son roman « Les mercenaires ».

L’héritage terroriste du « Royaume Ermite »

Ces matrices stratégiques et culturelles sont le fond de tableau des actuelles rigidités, dont les blocages paraissent issus d’un univers mental insolite et dépassé.

Complètement à rebours de l’illusion d’une paix universelle, ces verrouillages ankylosés par l’idéologie expriment toujours de sévères rivalités entre la Chine et le Japon, et renvoient à une période où, pour la seule fois dans l’histoire, les troupes communistes chinoises affrontèrent directement l’armée des États-Unis. Les réminiscences de ces combats font aujourd’hui écho à la rivalité entre Washington et Pékin.

La provocation brutale de l’invasion du sud par le nord, fondera aussi le schéma du comportement international de la Corée du Nord durant les années qui suivirent, marqué par d’incessants dérapages hors des limites de la loi internationale, avec trafics de drogue, infractions au Traité de Non Prolifération, enlèvements de Coréens du sud et de citoyens japonais et une longue liste d’actions terroristes qui firent de Pyongyang un paria de la communauté internationale, dont l’économie s’effondra après la fin de l’aide soviétique.

Les chiffres exacts sont mal connus, mais alors que le régime ne reconnaît que 200 000 victimes, les experts estiment qu’entre 1994 et 1998 plus de 3 millions de nord-coréens moururent de faim ou de maladies liées à la malnutrition.

A la suite de l’invasion sans préavis de la Corée du sud en contradiction flagrante avec les accords de 1945, la qualification d’état terroriste est certainement juste. L’histoire répertorie en effet une longue suite de provocations meurtrières.

On retiendra l’attentat à la bombe à Rangoon contre le gouvernement sud-coréen de Chun Doo-hwan, en octobre 1983 (21 morts dont 3 ministres et 46 blessés, dont 14 membres du gouvernement) et la destruction en vol le 29 septembre 1987 – confessée par la femme complice de l’attentat – d’un Boeing de la Korean Air (115 morts).

Et, plus récemment, le 26 mars 2010, le torpillage terroriste en pleine Mer Jaune de la frégate sud-coréenne Cheonan, (46 marins morts dont beaucoup étaient des recrues faisant leur service militaire) et, quelques mois plus tard, le bombardement de l’Ile sud-coréenne de Yeonpyeong (4 morts 18 blessés).

L’entêtement récalcitrant du régime de Pyongyang, qui exerce un chantage à l’arme nucléaire, martyrise sa population et détourne 30% des ressources du pays pour sa défense, exprime aussi un nationalisme exaspéré. Aujourd’hui encore, soutenu par Pékin dans la foulée de l’histoire – mais pour combien de temps encore ? -, ce dernier plonge ses racines dans le mythe autarcique du « Royaume Ermite », quand déjà, au XVIIe siècle, protégé par l’Empire Qing, il s’isolait du monde.


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