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La difficile embellie de la question coréenne

Une embellie ?

Il est impossible d’analyser la situation sur la péninsule sans évoquer le sentiment nationaliste coréen de part et d’autre de la ligne de démarcation, puissant facteur d’apaisement et moteur irrépressible poussant Pyongyang et Séoul à la réunification, dont pourtant Pékin, adepte du statu quo, se méfie, et auquel Washington, focalisant en priorité sur la dénucléarisation, n’accorde en général qu’une attention distraite.

Pour l’heure, il est difficile de dire comment ce sentiment qui bouillonne doucement sous la surface pourrait créer un apaisement au milieu des tensions arcboutées entre les deux peuples frères ennemis, victimes collatérales de la guerre froide.

Il faut pourtant se souvenir que Kim Dae Jung, prix Nobel de la paix en 2003, qui récompensa sa « Sunshine Policy », que les diplomates du Quai d’Orsay appelaient “la politique d’embellie“ –. Faite de concessions au Nord, inspirées de l’Ost Politik de Willy Brandt, elle avait radicalement modifié le climat sur la péninsule.

John Kerry, à la fois partisan de la fermeté et d’un dialogue direct entre Washington et Pyongyang, est également prêt à tendre la main au régime nord-coréen s’il accepte de mettre fin à son programme nucléaire. Il défend cette politique depuis qu’il était président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat.

A l’époque, prenant le contrepied des conservateurs, il y répétait en substance qu’il fallait dépasser l’idée que le développement des contacts avec Pyongyang serait une mauvaise politique qui récompensait à contretemps les agressivités du régime. Pour lui, les tensions se nourrissaient dangereusement de l’absence de contacts.

Lors de son récent passage à Séoul, ses accents sonnaient comme un hommage à la mémoire de Kim Da Jung : « Ma venue n’a pas pour but d’insister sur notre détermination à défendre notre allié sud-coréen – ce que nous ferons en toute hypothèse –. Elle vise à mettre l’accent sur les possibilités de paix et de réunification, ainsi que sur les perspectives d’un futur radicalement différent, non seulement pour le peuple de Corée du Sud, mais également pour celui de la Corée du Nord ».

Preuve que les tensions sont en train de se relâcher et que les rivalités sino-américaines semblent maintenant tourner le dos aux crispations et jouer sur le terrain de la bonne volonté, peu après le passage de Kerry à Séoul, Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères chinois, prenait contact avec son homologue sud-coréen Yun Byung pour promouvoir l’approfondissement des relations bilatérales et, lui aussi, appeler à la dénucléarisation de la péninsule et à la réunification.

On ne peut cependant ignorer que ces réajustements cachent aussi d’importants non dits au milieu des machiavélismes de Pékin et Washington. La Chine craint toujours un effondrement du régime de Pyongyang, tandis qu’aux États-Unis, de nombreux politiques voient sans le dire la chute du régime de Pyongyang comme la seule issue possible à une situation ankylosée depuis plus d’un demi-siècle. Enfin, beaucoup ne croient pas que Pékin soit prêt à faire pression sur le Régime au point de provoquer sa chute.

Mais on peut aussi voir dans ces accommodements la marque d’un pragmatisme nouveau à Pékin et à Washington, qui agissant de conserve, dans un salutaire partage des rôles auraient l’un et l’autre décidé de tout faire pour éviter un dérapage catastrophique de la situation.

Les Coréens ont coutume de dire que leur pays est une « petite sardine coincée au milieu de monstres marins ». Plus que jamais l’avenir de la péninsule dépend de la bonne volonté ou de la rivalité des deux géants dont les stratégies d’influence sont à l’œuvre dans cette zone du Pacifique Occidental.

Pour l’heure il est permis d’être raisonnablement optimiste, même si nombre d’observateurs notent que le successeur de Hillary Clinton n’a reçu que peu de signes prouvant que la direction chinoise serait prête à peser directement sur Pyongyang et à œuvrer avec Washington pour l’apaisement de la situation. Avant son arrivée à Pékin, le Global Times a même titré « Bienvenue à John Kerry, nous espérons qu’il est différent de Hillary Clinton »

Le 13 avril à Pékin, John Kerry, qui s’est également rendu à Tokyo et à Séoul, a, lors d’une conférence de presse, laissé entendre que Washington pourrait différer l’installation de boucliers antimissiles à Guam et au Japon, si la Chine parvenait à persuader Pyongyang de renoncer à son programme nucléaire.

Aux États-Unis, certains doutent cependant que le Pentagone se laisserait facilement convaincre de renoncer à ce déploiement, dont l’objet est aussi de dissuader la Chine.

Pour sa part, Pékin dit encourager un dialogue direct entre Washington et Pyongyang. Mais, alors que Yang Jiechi ancien MAE promu responsable des Affaires stratégiques, s’en est tenu à son traditionnel discours d’apaisement prônant le dialogue, au sein de la direction chinoise c’est Li Keqiang qui a le mieux répondu aux attentes de coopération de J. Kerry, expliquant qu’il était de la responsabilité de tous de maintenir la paix dans la région, ajoutant que, par ses provocations, la Corée du Nord se « tirait dans le pied ».

Enfin, John Kerry a dévoilé que, dans les semaines à venir, des échanges auraient lieu avec les services de renseignement chinois et les hauts commandements militaires des deux pays.


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