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›› Politique intérieure

La grande remise à niveau opérationnelle des armées. (Suite)

Rajeunir, récompenser l’expérience, privilégier la loyauté.

Les généraux Qin Shengxiang, 59 ans, à gauche, Directeur du Bureau exécutif de la nouvelle Commission Militaire centrale aux pouvoirs élargis, et Zhang Yang 65 ans, nouveau Commissaire politique de l’APL, font partie de la garde rapprochée de Xi Jinping au sein de l’APL. Si Zhang Yang prendra probablement sa retraire en 2017, le général Qin fait partie de la jeune garde.

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Dans une étude précise et détaillée, Li Cheng [2] examine comment Xi Jinping continue à consolider son pouvoir au sein de l’APL après avoir purgé les deux anciens plus hauts gradés de l’armée (Guo Boxiong et Xu Caihou) et arrêté 53 officiers généraux accusés de corruption ou de trafic d’influence.

L’arme majeure du n°1 chinois est la promotion rapide d’une jeune garde à sa dévotion (少壮派 – shao zhuang pai), parfois en outrepassant les critères de grades, puisque 6 des nouveaux affectés en avril à l’état-major de l’armée de terre ne sont que Majors Généraux.

Plusieurs d’entre eux sont natifs du Shanxi, ou anciens du 31e groupe d’armées basé dans le Fujian où Xi Jinping garde d’étroites connexions datant du milieu des années 80 quand il était d’abord vice-maire de Xiamen avant de devenir gouverneur du Fujian.

Parmi eux, Qin Shengxiang **, 59 ans, Lt-général promu en 2015, proche de Xi Jinping, affecté à la tête du secrétariat exécutif de la nouvelle Commission Centrale dont les pouvoirs interarmées ont été considérablement augmentés et 4 nouveaux promus en avril 2016 à l’état-major de l’armée de terre, ou à la CMC, le Major Général (MG) Liu Zhenli *, 52 ans chef de l’état-major, le MG Zhang Shuguo, 56 ans chef du département de logistique, le MG Zheng He *, 58 ans chef de l’entraînement au sein de la nouvelle CMC et le MG Zhu Shengling, Commissaire politique du Bureau mobilisation de la nouvelle CMC.

L’avancement rapide des 4 derniers illustre la méthode qui ne s’embarrasse pas de contraintes administratives.

Ancien de la guerre contre le Vietnam, Liu Zhenli a quitté en 2014 le commandement du 65e groupe d’armées (Zhangjiakou dans le Hebei) pour être affecté à la tête du 38e groupe d’armées, l’unité d’élite de Pékin. Un an plus tard, il était promu chef d’état-major de la Police Armée Populaire où il n’est resté que 5 mois avant d’être affecté à l’état-major général.

Zhang Shuguo ** a été muté et promu 3 fois en seulement une année. En 2015, il quittait sa fonction de Commissaire politique du 39e groupe d’armées (Shenyang) pour devenir Commissaire politique adjoint de la région militaire de Chengdu où il n’est resté que quelques mois avant de rejoindre son poste actuel où la plupart de ses prédécesseurs étaient des généraux à 3 étoiles.

Zheng He*, ancien du 31e groupe d’armées est également une probable « étoile montante » au sein de l’APL proche de la mouvance du Secrétaire Général. Depuis l’arrivée de Xi Jinping en 2012, il a été promu 3 fois. N°2 de l’état-major de la RM de Nankin puis chef du Bureau Instruction de l’ancien état-major général en 2013, il était commandant en second de la RM de Nankin en 2015, où il n’est resté que quelques mois avant de prendre ses actuelles fonctions de responsable de l’entraînement des forces au sein de la nouvelle CMC.

Également ancien du 31e groupe d’armées, Zhu Shengling a été promu 3 fois en en 2 ans. Venant de la RM de Nankin où il a servi comme Commissaire politique du 31e groupe d’armées et du Fujian de 2005 à 2013, il était le Commissaire politique de la garnison de Shanghai jusqu’en 2014. Cette année il a été nommé Commissaire politique de la RM de Nankin jusqu’en décembre 2015 quand il a été muté à Pékin à la nouvelle CMC.

Quant au général Qin Shengxiang **, il forme avec le Général Zhang Yang *** 65 ans Commissaire politique de l’APL depuis 2012, et Zheng He (voir plus haut) une garde rapprochée de confidents de Xi Jinping à laquelle il faut ajouter Li Xiaofeng **. Juriste promu en 2015 et affecté en avril 2016 à la tête de la Commission des lois de l’APL, il travaille aux affaires légales de l’APL depuis 1978 et fut en charge de l’enquête sur la corruption de l’ancien commissaire politique de l’APL et membre du politburo, Xu Caihou, exclu du parti en juin 2014 et décédé en mars 2015.

Ménager les anciens et réhabiliter les « oubliés ».

Les 5 commandants de théâtres. Les généraux Song Puxuan, 62 ans, commandant le théâtre Nord, Han Weiguo, 60 ans, le Centre, Liu Yuejun, 62 ans, l’Est, Wang Jiaocheng, 64 ans, le Sud et Zhao Zhongqi, 61 ans commandant le théâtre Ouest.

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L’autre volet de la tactique Xi Jinping pour assurer sa position dans l’APL consiste à ne pas heurter la vieille garde en poste. En priorité ceux qui eurent l’expérience de la guerre contre le Vietnam en 1979 et à réhabiliter les méritants oubliés ou écartés par les précédents politburos. C’est le cas de Li Zuocheng ***, 63 ans, nouveau commandant de l’armée de terre dont la carrière s’est accélérée en 2013 après avoir beaucoup piétiné sous Hu Jintao ; du Commandant de la Police Armée Populaire, Wang Ning **, 61 ans et de Liu Yuejun ***, 62 ans, commandant de la nouvelle Zone opérationnelle Est.

Tous trois sont des vétérans de la guerre contre le Vietnam. Un autre « réhabilité » est le Lt-général Liu Lei ** qui, en 2013, n’était que Commissaire politique du Xinjiang avec le rang de MG depuis près de 10 ans. En 2014, il fut promu Lt-général et, la même année, Commissaire politique de la RM de Chengdu. A peine une année plus tard, il était affecté au poste de commissaire politique de l’armée de terre.

Tenir à distance les complications potentielles.

En haut, Le général Cai Yingting, ancien commandant de la RM de Nankin a été écarté et mis sur la touche à la tête de l’Académie des sciences militaires. En bas, Le général Liu Yuan artisan de la lutte contre la corruption dans l’APL, mais peu apprécié de ses pairs, a pris sa retraite.

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Ayant ménagé les anciens confirmés dans leur poste ou réhabilités, en même temps qu’il poussait la jeune garde, Xi Jinping prudent, n’a pas hésité à éloigner des généraux qui lui étaient proches mais dont la réputation ou la situation pouvait lui créer des difficultés. Les deux cas les plus connus sont ceux des généraux Cai Yingting et Liu Yuan qui furent pourtant ses confidents dans l’APL.

La proximité entre Xi Jinping et Cai Yingting 62 ans, ancien commandant de la prestigieuse région militaire de Nankin aujourd’hui prématurément écarté et affecté dans un poste honorifique, date du Fujian et des années 80. En 2013, Cai fut le premier officier général à bénéficier d’une promotion décidée par Xi Jinping et était considéré comme l’un des meilleurs candidats pour le poste de chef de l’ancien état-major général et membre de la Commission Militaire Centrale.

En août 2012, alors qu’il était en voyage aux États-Unis, le South China Morning Post le décrivait comme une étoile montante de l’APL. Certains le voyaient même n°2 de la CMC, poste aujourd’hui occupé par le général Fan Changlong. Il n’en fut rien.

En 2015, il était mis sur la touche, nommé président de l’Académie des Sciences Militaires et ses chances de devenir membre de la CMC sont aujourd’hui évanouies. Une des raisons évoquée par Li Cheng serait que la fille de Cai aurait épousé un Américain (?). D’autres mentionnent la persistance des liens de Cai avec la mouvance Jiang Zemin. L’épisode signale au moins l’importance que Xi Jinping accorde à la loyauté et, peut-être, un raidissement anti-occidental.

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Le cas du Général Liu Yuan, fils de Liu Shaoqi écarté de la CMC à laquelle il semblait promis est encore plus dramatique, compte tenu de sa proximité avec Xi Jinping datant de leurs enfances parallèles de « fils de princes » à Pékin à l’ombre des dérapages idéologiques de Mao. Même si les idées politiques très radicales de Liu ne coïncidaient pas forcément avec celles de Xi, leur connivence intellectuelle se concrétisa en 2011 autour de la lutte contre la corruption pour sauver le parti.

Tard venu à l’APL à l’âge de 42 ans en 1992, Liu à la pensée nationaliste radicale et très anti-occidentale, était Commissaire politique du département de l’équipement quand il s’attaqua brutalement aux « 3 tigres » corrompus de l’armée chinoise, Gu Junshan, Xu Caihou et Guo Boxiong. (Lire notre article Coup de balai à la tête de l’APL)

C’est son action énergique qui fut à la racine de leur chute. Mais, en partie à cause de ses idées extrêmes et peut-être parce qu’il n’avait pas hésité à dénoncer son chef direct, assurément, en tous cas, parce que sa promotion rapide alors qu’il n’avait qu’une très faible expérience militaire, lui avait créé beaucoup d’ennemis, Liu Yuan n’était pas populaire dans l’APL.

Selon la rumeur, lors de deux réunions au sommet de la CMC à l’automne dernier, Fan Changlong, n°2 après Xi Jinping vota contre la proposition d’affecter Liu Yuan à la tête de la Commission de discipline de la CMC. La double occurrence signalait une fronde interne, dont le n°1 chinois a prudemment tenu compte.

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Note de Contexte.

L’APL et les affaires.

A l’origine, l’implication des armées dans les affaires avait une utilité directe destinée à renforcer le budget des forces en des temps de fortes contraintes économiques. La tradition remontait aux années 20. Mais avec la réforme économique de la fin des années 70 elle prit une ampleur nouvelle. Deng Xiaoping y voyait le moyen de subvenir aux besoins non militaires et de vie courante des armées. Les fermes gérées par les armées furent par exemple autorisées à vendre leurs produits sur les nouveaux marchés libres.

Mais à partir du milieu des années 80, l’APL pris l’habitude de tirer un avantage financier de ses autres actifs, en particulier son infrastructure immobilière, ses propriétés foncières, ses installations portuaires, ses voies ferrées et ses aéroports. Le nouvel élan commercial fut facilité par l’influence des armées au sein du système politique chinois.

Mais Mulvenon souligne que, peu à peu, des métastases troubles commencèrent à se propager dans le corps des armées à partir des vastes entreprises criminelles largement corrompues de la sphère civile dont l’ampleur avait explosé à l’époque de Jiang Zemin (note de la rédaction de question chine). Au fil des années, l’APL développa sous sa coupe et grâce à son immunité militaire des affaires liées à la drogue et à la prostitution.

Toutefois, à la fin des années 90 et notamment à la faveur de l’intervention de L’OTAN en ex-Yougoslavie (frappes aériennes à partir de porte-avions, ravitaillements en vol, contrôle du théâtre par AWACS), l’APL prit conscience de son immense retard technologique.

En 1998, le politburo annonçait que l’APL allait désormais couper des liens avec les affaires. L’attaque directe, le 7 mai 1999, contre l’ambassade de Chine à Belgrade par un bombardier furtif B2 venu directement du Texas (lire Xi Jinping à Belgrade. Retour vers le futur des guerres technologiques) avait fini de sonner l’alarme dans la classe militaire chinoise, créant un sentiment d’urgence déclenchant une quête assidue de technologies sensibles qui, depuis ne s’est jamais démentie.

Notes :

[2Cheng Li, Shanghaïen d’origine émigré lors de la révolution culturelle est titulaire d’un doctorat de sciences politiques de l’Université de Princeton. Il est aujourd’hui le Directeur du Comité national américain pour les relations avec la Chine, directeur de recherche à la Brookings et l’auteur de nombreux livres sur la Chine, son évolution et ses relations avec l’Occident.


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