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›› Politique intérieure

Le fil ininterrompu de l’histoire chinoise et la quête de vérité

La jolie Guangmei et la jalousie de Jiang Qing.

Wang Guangmei promenée sur un camion et humiliée par les gardes rouges en 1967.


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A 24 ans diplômée de physique de l’université catholique de Furen à Pékin, fille d’un ministre de Tchang Kai Chek, Wang Guangmei fut au cœur de la guerre civile chinoise l’une des protagonistes de l’histoire hésitante de la Chine, interprète et médiatrice entre Mao et Tchang sous le parrainage du général Marshall envoyé du Président Truman pour tenter de tenir à distance la perspective d’une guerre civile.

C’est à cette époque qu’elle rencontra Liu Shaoqi déjà 4 fois divorcé, deux fois plus âgé qu’elle, dont elle était la secrétaire. Jolie, sophistiquée et séduisante, parlant le Français, le Russe et l’Anglais, encouragée par son mari à jouer un rôle en politique, Wang se trouva en 1963 impliquée dans un groupe de travail enquêtant sur le désastre du grand bond en avant (1958 – 1961).

A l’été 1966, voulant restaurer l’ordre à l’université de Qinghua, elle s’attira les foudres des étudiants révoltés manipulés par Mao sur le point de lancer la contre attaque chaotique de la révolution culturelle. C’est aussi à cette époque que Wang Guangmei devint la cible de Jiang Qing, de son vrai nom Luan Shumeng, actrice de second plan, originaire du Shandong, devenue la 3e femme de Mao.

A partir de 1966, Jiang Qing fit partie des radicaux placés avec Chen Boda en première ligne par Mao pour déclencher une campagne de purification antiféodale et anti-bourgeoise qui lui valut le surnom usurpé « d’Impératrice Rouge », mais dont l’influence ne reposait que sur sa relation intime avec Mao.

En 1967, les gardes rouges arrêtèrent Wang et son mari. Alors qu’elle était sous la protection de Zhou Enlai à Pékin, elle fut attirée à l’extérieur de l’enceinte où elle se trouvait par les étudiants de Qinghua qui lui firent croire que sa fille avait été renversée par une voiture. Libérée une première fois grâce à l’entremise de Zhou, elle fut à nouveau séquestrée cette fois par la garde personnelle de Mao.

Le 10 avril 1967 on l’exhiba avec son mari sur le campus de Qinghua et à Tian An Men devant une foule excitée en compagnie de centaines d’autres « révisionnistes » accusés de vouloir engager la Chine sur la voie du capitalisme. Tous les deux humiliés furent battu sous les yeux de leurs enfants puis séparés. Wang ne revit jamais son mari mort en prison en 1969 probablement d’absence de soins dans une prison de Kaifeng non chauffée. Leurs enfants dont une fille de 10 ans furent également persécutés et enfermés.

Quand en 1972 on leur accorda le droit de rendre visite à leur mère, ils la virent « pâle, le visage sombre, vêtue d’un manteau militaire, offrant un spectacle difficile à supporter » Harrison E. Salisbury, auteur de « Heroes of my time » (1993). Condamnée à mort, elle fut encore une fois sauvée par Zhou Enlai qui persuada Mao de lui accorder sa grâce. Libérée en 1979, trois ans après la mort de Mao, elle fut réhabilitée par le Comité Central en même temps que sa famille.

Après avoir appris à sa libération qu’elle était veuve de son mari mort depuis dix ans, elle fut le témoin des procès qui, sous l’égide de Deng Xiaoping, jugèrent Jiang Qing et la « Bande ses Quatre ». Après quoi, elle fut nommée Directrice des relations extérieures de l’Académie des Sciences Sociales.

Décédée le 13 octobre 2006 à l’hôpital militaire 301 de Pékin à l’âge de 81 ans, elle est inhumée à Babaoshan – la montagne aux huit trésors 八宝山 - , le cimetière où reposent les héros révolutionnaires et les hauts fonctionnaires éminents du régime.

Ses enfants sont toujours vivants. Sa fille Ting Liu, diplomée de la Harvard Business School est à la tête du cabinet de conseils Asia Ling Group.

Avec son fils Liu Yuan (67 ans), qui fut entre autres général de l’APL et commissaire politique du département de logistique, elle a publié « Liu Shaoqi tel que vous ne le connaissez pas – 你 所 不知道的 刘少奇 - »

Après une carrière politique modeste au terme de laquelle il fut nommé vice-gouverneur du Henan en 1988, Liu entra tardivement dans la Police Armée Populaire à l’âge de 41 ans. Grâce à sa proximité avec Xi Jinping il joua un rôle éminent dans la lutte contre la corruption dans les armées.

Liu Yuan, le fils inflexible de Liu Shaoqi.

Liu Yuan s’exprime ici pour honorer la mémoire de son père dans son village natal Huaminglu dans le Hunan, 40 km à l’ouest de Changsha.


*

Lire :
- Le Parti revisite son histoire : son regard édulcoré éclaire le présent.
et
- La grande remise à niveau opérationnelle des armées (Suite).

Proche depuis l’enfance de Xi Jinping avec qui il avait fréquenté de 1960 à 1969 l’école de l’APL « Ba Yi » n°25 à Pékin, promu général en 2003, Liu Yuan devint le Commissaire politique adjoint du département de logistique de la Commission Militaire Centrale. Après quoi on le retrouve Commissaire politique de l’Académie des Sciences militaires de 2005 à 2011.

Au sommet de la hiérarchie des officiers généraux depuis 2009, il joua un rôle éminent dans la lutte contre la corruption dans les armées, en particulier dans la chute de Xu Caihou, le tout puissant commissaire politique de la police armée populaire qui fit fortune en vendant les promotions de ses subordonnés. L’origine de son combat de nettoyage éthique des armées remonte à 2010 quand il écrivit la préface du livre de son ami, le sociologue Zhang Musheng « Modifier notre approche culturelle de l’histoire : 改造 我们 文化 历史 观 ».

Expert en développement rural et protégé du réformateur Chen Yizi, conseiller politique de Zhao Ziyang qui quitta la Chine après Tian An Men pour les États-Unis où il fonda le Centre d’Etudes sur la Chine moderne à Princeton, Zhang développait l’idée que seule une « Nouvelle démocratie » pouvait sauver le Parti.

Son constat, « Aujourd’hui il n’y a pas seulement un collusion entre des bureaucrates corrompus, le capital et des intermédiaires parasites, il y a aussi les dirigeants qui se vendent et la capitalisation du pouvoir politique corrompu par des réseaux criminels », fut probablement à l’origine du sentiment d’urgence qui poussa Xi Jinping à engager sa près brutale campagne contre la corruption.

Dans l’APL la charge anti-corruption aboutit à la destitution et à la condamnation à la prison à vie des généraux Gu Junshan, Xu Caihou et Guo Boxiong. (Lire notre article "Coup de balai à la tête de l’APL").

Mais peu apprécié dans l’APL où la hiérarchie lui reproche de n’avoir fait qu’une carrière courte à l’ombre de Xi Jinping, détesté par ceux qui lui reprochent d’avoir trop bousculé les jeux troubles du pouvoir militaire, peut-être aussi mis en difficulté à cause des liens anciens avec Bo Xilai, Liu Yuan que la rumeur pressentait pour tenir un rôle dans la future commission de discipline de l’APL réformée, a pris sa retraite militaire en 2015 à l’âge de 65 ans. En 2016, il a été nommé vice-président de la Commission des affaires économiques et financières de l’Assemblé Nationale.


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