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Le rêve céleste des Africains

Prenons l’exemple type de l’Angola : En 2002, à la faveur d’une accalmie de la rebellion, une occasion se présentait de reconstruire les services sociaux délabrés et les infrastructures pétrolières à l’abandon. Le FMI était parvenu à convaincre Luanda de mettre en place un dispositif de surveillance de la corruption pour s’assurer que les revenus du pétrole, à nouveau disponibles grâce aux aides internationales, seraient au moins en partie dédiés à l’aide sociale. C’est à ce moment que Pékin proposa des prêts sans conditions d’une valeur totale de 5 milliards de dollars.

La lune de miel dure toujours. Pékin s’est taillé dans le pays une influence de premier ordre, intervenant même dans la politique locale. Les compagnies de travaux publics chinoises, qui raflent 70% des contrats, toujours en échange de nouveaux prêts (encore 2 milliards de dollars en 2004), reconstruisent l’infrastructure (ce que les Occidentaux ne font plus depuis plusieurs dizaines d’années) en partie payée par des livraisons massives de pétrole, au point que l’Angola est devenu en 2006 le 1er fournisseur de la Chine avec 750000 barils/jour (en augmentation de 70% par rapport à 2005).

Les mêmes schémas de relations pourraient se renouveler au Tchad, où CNPC -la première société pétrolière chinoise- a, en janvier dernier, racheté pour 202 millions de dollars 50% des droits d’exploration du groupe pétrolier canadien EnCana, tandis que N’djamena abandonnait en août 2006 sa relation avec Taïwan pour se tourner vers Pékin. Une initiative immédiatement rentable puisque la Chine a aussitôt octroyé au Tchad un prêt de 20 millions de dollars et signé un protocle d’annulation de la dette de N’Djamena à hauteur de 27 millions. La stratégie est la même partout, y compris au Soudan (2 milliards de dollars d’investissements pétroliers, assorties de ventes d’équipements militaires) et au Zimbabwe (moratoire sur la dette de 350 millions, vente d’équipements militaires). Ces deux derniers pays sont, avec l’Angola, parmi les plus surveillés au monde par les organisations de droits de l’homme qui ne se privent pas d’épingler Pékin.

Mais rien n’y fait. La Chine répond que les pays occidentaux ont bien plus exploité l’Afrique qu’elle et que sa politique, respectueuse de la souveraineté des Etats, est à l’avantage de tous : elle y construit des écoles, des cliniques et des hôpitaux, y dépêche des médecins, propose des prêts sans intérêts, efface les dettes, supprime les taxes à l’import pour les 25 Etats les plus pauvres et offre des stocks de médicaments. A son dernier voyage en Afrique, début 2007, le Président Hu Jintao, qui a visité 7 pays en 12 jours a promis 5 milliards de prêts au continent, qui s’ajoutent à la promesse de doubler l’aide au développement faite au sommet Chine-Afrique de l’autome dernier (l’aide chinoise, 3 milliards de $, a dépassé celle du Japon en 2004).

Ces entreprises de séduction sont d’autant plus actives que Pékin est conscient des risques qui guettent ses relations, souvent déséquilibrées (à l’exception de quelques unes comme l’Afrique du Sud ou l’Egypte). Les petits Etats négocient la plupart du temps en position de faiblesse, tandis que l’âpreté au gain des entreprises chinoises, parfois peu respectueuses du droit du travail, induit des conflits parfois sévères, comme en Zambie (accident mortel dans une mine de cuivre appartenant à des Chinois). Au point qu’à la fin octobre 2006 un « vade-mecum des investissements à l’étranger en 9 points », édité par le Conseil des Affaires d’Etat, était assorti d’un véritable « guide des bonnes manières », surtout à l’usage des sociétés chinoises en Afrique.


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