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›› Politique intérieure

Le « rêve chinois » et le durcissement des clivages politiques

Xi Jinping tente une synthèse conservatrice.

La Nouvelle Gauche se nourrit aussi du glissement politique de Xi Jinping qui depuis le printemps 2013 adopte un style de gouvernement moralisateur rappelant la phraséologie régressive des campagnes de masse et où l’allégeance à la constitution semble s’affaiblir.

Le contexte de cette évolution s’articule autour d’une reprise en main idéologique par le département de la propagande et Liu Yunshan, n°5 du Parti, chef du secrétariat du Comité Central qui en avril dernier a fait entériner par le Comité Permanent un rapport sur la situation dans la sphère idéologique - 关于当前意识形态领域情况的通 -qui mettait en garde contre « 7 problèmes graves » liés aux « valeurs occidentales », parmi lesquels étaient clairement identifiés « l’indépendance de la justice » et « la société civile » (Voir notre article « 七个不要讲 – qige bu yao jiang – ». L’inquiétante panne des réformes politiques).

Le 1er juin, la référence idéologique du Parti – le journal « quête de vérité 求是 » – expliquait dans un article attestant que le courant d’opinion anticonstitutionnel avait le soutien d’au moins une partie de l’appareil : « si la pensée politique s’occidentalisait, le Parti et l’Etat s’engageraient dans une voie erronée ».

Pourtant, venant également de l’intérieur du sérail la riposte idéologique ne s’est pas faite attendre. Madame Cai Xia 蔡霞, professeur à l’Ecole Centrale du Parti s’insurgeait contre les idées critiquant la Constitution « la promotion de la constitution et de la démocratie devrait au contraire être la mission essentielle du Parti (…). Les progrès politiques et humains sont conditionnés par la démocratie et l’État de droit. »

Peu après, elle exposait ses idées dans une conférence à l’Université de Pékin « La marque d’un gouvernement constitutionnel est de protéger les droits de l’homme » et fut suivie par beaucoup d’autres comme Zhang Qianfan, professeur de droit qui assimilait l’opposition à la constitution à un complot de ceux qui tentaient de protéger leurs prébendes.

Ainsi se confirme un clivage politique, avec d’une part les tenants de l’État de droit et d’autre part une mouvance où le Président Xi Jinping tente d’assurer la synthèse entre un populisme moralisateur anti-corruption ennemi des dérapages du capitalisme d’État – épine dorsale idéologique de la Nouvelle Gauche - et la préservation du « socialisme aux caractéristiques chinoises », rejetant les fondements institutionnels des systèmes démocratiques, dont l’objet essentiel est la protection du « rôle dirigeant du Parti », qui recueille l’appui de la majorité du Bureau Politique.

Un des symptômes les plus flagrants de l’inclination présidentielle tournant le dos à l’État de droit, souligné par un rapport de Reuter du 29 septembre, est que, pour corriger les dérives morales de la société chinoise Xi Jinping serait enclin à appuyer sa campagne pour la résurgence des valeurs morales traditionnelles sur la promotion non seulement du Confucianisme, que le Parti instrumentalise déjà depuis des lustres, mais également du Bouddhisme et du Taoïsme.

Mais s’il est vrai que la délinquance des cadres a explosé au point que selon un rapport de la Cour suprême daté de mars 2013 adressé à l’Assemblée Nationale, entre 2008 et 2012 près de 150 000 fonctionnaires ont été convaincus de corruption et de comportements indignes (soit 78 par jour), les observateurs réalistes rappellent que seules des réformes politiques difficiles pourraient mettre fin aux dérives morales qui plombent la société chinoise.

Le Secrétaire Général, obstacle aux réformes politiques.

Il ne fait pas de doute que ce positionnement politique du Président aura un effet d’obstacle sur la politique réformiste du Premier Ministre visant à assainir le système financier et à abaisser le pouvoir des banques et des grands groupes publics. Avec une partie non négligeable de l’administration, ces derniers sont en effet les principaux refuges des vieilles féodalités en même temps que sources de grands gaspillages, dont l’influence ne pourra pas être réduite si la justice restait aux ordres, les parlements de simples chambres d’enregistrement et la constitution soumise à la volonté du Parti.

Simultanément force est de constater que, si la mouvance qui prône une réforme politique est toujours active, ses relais au sein de la haute direction du Régime, de Li Yuanchao, exclu du Comité Permanent avant d’être nommé Vice-président, à Wang Yang lui aussi tenu à l’écart de la tête du régime en raison de ses prises de position libérales en 2010 et 2011, sont aujourd’hui bien plus discrets. Non pas que les intellectuels soucieux de l’État de droit restent muets, même au sein du sérail, comme l’indiquent les réactions venant de l’Ecole Centrale du Parti ou de la mouvance des professeurs de droit des grandes universités. Mais le fait est que leur influence recule.

En même temps, indique Fewsmith, les positions des réformateurs et de leurs adversaires se durcissent, laissant peu de place aux compromis et à une voie réformiste moyenne. Une situation déjà observée par le passé qui pourrait présager de graves secousses politiques. A tout le moins, elle retardera sérieusement la mise en œuvre des réformes de l’économie et du système financier, la lutte contre les prébendes des banques et des grands groupes, perpétuant l’ancien schéma de développement à l’origine d’importants déséquilibres sociaux.


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