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›› Politique intérieure

Le « rêve chinois » et le durcissement des clivages politiques

Controverse sur le rôle de la Constitution.

Aujourd’hui, le fossé se creuse, d’une part, entre partisans d’un État de droit appuyé sur une Loi Fondamentale reconnue de tous et placée au-dessus du Parti, lui-même contraint de se conformer à l’arbitrage de la Loi, et, d’autre part, ceux qui, se référant à une « spécificité chinoise », rejettent le « constitutionnalisme » pointant du doigt le fait qu’en Chine la « société civile » qui en Occident constitue à la fois un partenaire du gouvernement et un vigilant contre pouvoir, serait remplacée par « une société populaire » rassemblant sans aucune possibilité de rupture ni même d’opposition, « le gouvernement et les masses ».

A l’œuvre depuis de nombreuses années, l’esprit de la « Nouvelle Gauche » qui rejette les réformes initiées par Deng Xiaoping ayant abouti à un « capitalisme bureaucratique » responsable de nombreux effets pervers économiques et de formidables déséquilibres sociaux, a, pour la première fois depuis 1989, réussi à appuyer son idéologie sur une mouvance populiste qui s’est récemment concrétisée dans l’action de Bo Xilai à Chongqing. Plus encore, le courant de pensée de la Nouvelle Gauche qui jusqu’à il y a peu, n’avait, selon Fewsmith, qu’un ancrage politique hésitant s’affirme progressivement comme le mouvement conservateur le plus puissant, capable de faire obstacle aux réformes politiques.

Ce blocage politique s’est précisé depuis le début de l’année 2013 à travers une série d’incidents dont Questionchine avait à chaque fois rendu compte. Les escarmouches ont commencé lorsqu’en janvier 2013, l’éditorial de l’hebdomadaire « Sud Week-End » 南方周末, nánfāng zhōumò qui établissait un lien entre le respect de la constitution et le « le rêve chinois » - « le rêve chinois est le rêve d’un gouvernement constitutionnel » - avait été réécrit par le département de la propagande qui transforma le texte en une apologie de l’action du Parti. Lire notre article Stabilité sociale, liberté d’expression et droits des particuliers.

Après quoi les journalistes du magazine adressèrent une pétition au gouvernement de la province et se mirent en grève. Peu après, pour faire bonne mesure et montrer que l’idée d’une presse libre n’était pas à l’ordre du jour, le Global Times publiait un article diffusé dans toute la Chine où l’auteur affirmait que « quiconque doué d’un minimum de bon sens, comprend qu’en Chine il n’y a pas de place pour une presse libre et que les médias ne devraient pas nourrir l’espoir irréaliste qu’ils pourraient constituer une “une zone politique spéciale“ ».

L’incident marquait un coup d’arrêt aux espoirs nés des premières déclarations du nouveau Secrétaire Général le 30 décembre 2012 à l’occasion de l’anniversaire du 30e anniversaire de la constitution « nous devons conduire les Affaires du pays conformément à la constitution » et « protéger l’autorité de la constitution signifie protéger la légitimité du peuple et du Parti ». L’algarade s’inscrivait aussi à contre courant d’un long mouvement d’ajustement au droit prôné par le Parti lui-même après le chaos de la révolution culturelle. Lire notre article Xi Jinping et la longue route vers l’indépendance de la justice.

La volonté de s’appuyer sur le Droit plus que sur l’idéologie et sur la manipulation des masses était inscrite dans la nouvelle constitution de 1982, dont le préambule affirmait que « les citoyens de toutes les nationalités, les organismes de l’État, l’armée, les partis politiques, les entreprises, devaient respecter la dignité de la constitution et assurer sa promotion, tout en la considérant comme le fondement de toute action. »

L’affirmation pour la légitimité du droit et de la constitution fut renouvelée en 1997 puis en 2002, successivement par Jiang Zemin et Hu Jintao. Il y a maintenant plus de 10 ans, ce dernier affirmait en effet « qu’aucune organisation et aucun individu ne devaient avoir le privilège de s’affranchir de la constitution ».


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