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›› Politique intérieure

Le « rêve chinois » et le durcissement des clivages politiques

L’idéal du Droit contredit par l’obsession de stabilité politique et sociale.

Mais en réalité, il y avait loin de la coupe aux lèvres. L’idéal du droit et de la constitution fut tout au long de ces années battu en brèche par l’obsession de stabilité sociale- 维稳 wei wen -, version douce des campagnes « frapper fort » initiées en 1990 par Deng Xiaoping – 严打yan da - qui sans cesse empiétaient sur le droit des individus lui-même promu par le mouvement inverse 维权 wei quan - de protection des droits. Le tout dans un contexte où progressivement le budget de l’appareil policier augmentait régulièrement pour passer de 135 Mds de RMB en 2002, à 769 Mds en 2013. (93 Mds d’€) (Voir notre article L’harmonie en question).

Ces tendances confirmèrent la volonté jamais démentie de protéger le Parti contre les dérapages potentiellement incontrôlables des contestations sociales, parfois politiques, alors que perçait le sentiment de fragilité de l’appareil inquiet de la montée des mécontentements en interne et des mouvements sporadiques de contestation contre la puissance des États partout dans le monde.

La montée de la Nouvelle Gauche.

L’apogée de ces contradictions entre la défense formelle de l’État de droit dans les discours et les actes du pouvoir chinois qui s’en écartent semble avoir eu lieu quand, le 22 mai 2013, Madame Yang Xiaoqing, professeur de droit à l’Université du Peuple publiait un article dans lequel elle fustigeait ceux qui assimilaient le « rêve chinois » à la primauté de la constitution.

Selon elle, l’obsession pour la prévalence du droit était « un stratagème des libéraux occidentaux pour affaiblir le socialisme aux caractéristiques chinoises ». Elle ajoutait, « notre système politique privilégie la prévalence populaire sous la direction du Parti (…) Il nous est impossible d’adopter des concepts occidentaux qui ne conviennent pas aux caractéristiques nationales ».

Le succès obtenu par l’article pourtant publié dans un journal à faible tirage fut amplifié par les débats internes entre les intellectuels tenants du droit et ceux de la Nouvelle Gauche comme Cui Zhiyuan (催之元), Li Xiguang (李希光), Wang Shaoguang (王绍光) qui se firent les chantres du populisme de Bo Xilai à Chongqing en même temps qu’ils chevauchèrent la vague nationaliste parfois anti occidentale de leurs prédécesseurs.

Celle-ci fut, on s’en souvient, exprimée par le livre publié en 1996 « la Chine peut dire non. Les choix politiques et émotionnels de l’après-guerre froide 中国可以说不冷战后时代的政治与情感抉择 , Zhōngguó kěyǐ shuō bù : Lěngzhànhòu shídài de zhèngzhì yǔ qínggǎn juézé ».

Ainsi, pour la première fois depuis Tian An Men un mouvement qui s’érige en obstacle à la réforme politique se trouve en symbiose avec la vieille mouvance populiste d’essence conservatrice aujourd’hui opposée aux dérapages de la modernisation sauvage, mais qui fut si souvent à l’origine des échecs de la modernisation politique.

Lire notre article L’expérience de Chongqing, modèle du « socialisme de marché ».

L’article de Yao Xiaoqing fut suivi par ceux d’autres intellectuels de la Nouvelle Gauche dans le journal de l’armée, dans celui du Département de la propagande, dans le Global Times, ou dans le Quotidien du Peuple, qui tous tentaient de démontrer la contradiction entre les intérêts de la Chine et l’idée d’une prévalence de la constitution sur le Parti.

Le succès de ces écrits pourtant très idéologiques et très abstraits s’explique d’abord parce qu’ils furent publiés à un moment marqué par l’ébranlement des certitudes politiques. A la purge de Bo Xilai, champion de la mouvance populiste, s’ajoutent les interrogations qui agitent l’appareil sur le choix de la meilleure voie pour la Chine, dans un contexte où chacun a conscience que l’immobilisme est dangereux, tandis que les réformes politiques portent en elles un risque pour la pérennité du régime.


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