Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Lectures et opinions

Le triangle Chine – Japon – Etats-Unis entre raison et émotion. Quelle sortie de crise ?

Chine – Etats-Unis – Japon : Une relation inconfortable et ambigüe.

C’est peu dire que la relation avec Washington est cruciale pour la Chine.

Partenaire commercial sourcilleux, parfois vindicatif, régulièrement séduit en période électorale par le populisme du « China bashing », puissance militaire omniprésente et intrusive, seul soutien international de Taïwan, toujours tentée par les démonstrations de forces ; accusés par Pékin, à la fois de vouloir freiner la montée en puissance de la Chine et de rallier derrière eux l’Asie anti chinoise, et, selon Pékin, plus un facteur de troubles que d’apaisement, les Etats-Unis sont aussi pour la Chine un modèle, un marché, un partenaire financier, économique, commercial et stratégique incontournable, autant qu’un rival.

Dans ce contexte, où le fond des choses ne correspond pas toujours aux apparences deux exemples du pragmatisme chinois, parmi d’autres méritent attention. En dépit de multiples déclarations de Pékin exprimant sa volonté de se libérer du piège du dollar, la Chine, dont l’économie dépend de ses exportations vers l’Amérique du nord et vers l’UE, reste toujours le premier détenteur, devant le Japon, de la dette extérieure américaine, avec, en août 2012, 1500 Mds de $.

Au passage signalons que ce chiffre représente 20% de la dette extérieure américaine et seulement 7% de la dette totale. Ce qui relativise les discours sur la vulnérabilité américaine aux manœuvres financières de Pékin. Les autorités chinoises y voient un moyen de contrôler à la baisse la valeur du RMB, tout en mettant à l’abri leur excédent commercial avec les Etats-Unis, en attendant qu’un substitut au Dollar finisse par s’imposer dans le jeu financier mondial.

Plus encore, depuis juin 2011, la Banque de Chine qui utilisait l’entremise de Wall Street pour acheter la dette américaine, le fait désormais directement auprès du trésor américain. L’intiative donne aux opérations financières sino-américaines une image à la fois plus officielle et plus confidentielle, impliquant directement les deux appareils d’état.

Une autre occurrence concerne les questions de sécurité, où l’on voit les chefs militaires et les ministres de la défense se rendre de régulières visites réciproques, souvent au milieu de crises graves. S’il est clair que chacune des parties a constamment en tête que l’autre est l’ennemi potentiel, il est aussi évident que la répétition des visites exprime de bonnes intentions contre les risques d’une montée incontrôlée aux extrêmes, dans un environnement économique et social déprimé, où, aux Etats-Unis comme en Chine, le nationalisme et le populisme nourrissent les risques de conflit.

Une autre réalité, oblitérée par la violence des excès nationalistes chinois, entretenus et canalisés par Pékin, à la suite des provocations du Japon, où la mouvance conservatrice dure du parti libéral démocrate est en passe de revenir au pouvoir, touche à l’espoir de Pékin que le système de défense américain parviendra à calmer les velléités d’émancipation stratégique de la droite japonaise, avec en fond de tableau le spectre insupportable d’un Japon tenté par l’arme nucléaire.

Pour l’heure, et si l’on en croit les appels à la modération venus des responsables japonais et chinois, il semble qu’à la mi-septembre 2012, lors de sa visite à Pékin et à Tokyo, le Secrétaire d’Etat à la défense Léon Panetta, qui a également visité le PC de la flotte de l’Est à Qingdao, se soit appliqué à jouer ce rôle.

Vu de Chine, et même si les élites chinoises s’enflamment officiellement contre la présence de l’US Navy, les projets de boucliers anti-missiles et les accords de défense Tokyo – Washington qui incluent Taïwan, l’avenir politique très incertain du Japon plaide pour le maintien dans la région des forces américaines, que la Chine considère pour l’instant, comme le paravent ultime à un aventurisme stratégique japonais. Une évidence non dite qui tranche avec les discours anti-américains repris par les médias chinois.

Aujourd’hui pourtant, la Maison Blanche s’inquiète de la résurgence des projets de puissance au Japon, nourris par la mouvance nationaliste, décidée à ne faire aucun compromis, ni avec la Chine, ni avec les Etats-Unis. Du coup, Pékin et Washington sont en présence d’une situation contrastant fortement avec la modération entretenue par l’actuelle administration japonaise autour du consensus en vigueur depuis des lustres, d’une mise sous le boisseau de l’irritant explosif des Senkaku. Même lors des incidents de 2010 (lire notre article Pékin « teste » le Japon), ce statu quo n’avait pas été remis en question.

La Chine l’a à l’évidence mal interprété, mais il est important de souligner que le rachat des îles décidé par l’actuel pouvoir au Japon avait d’abord pour but de contrôler tout dérapage nationaliste, en coupant l’herbe sous le pied aux initiatives du gouverneur de Tokyo Shintaro Ishihara de construire des infrastructures sur les îles. Dans l’état actuel de la controverse, où la réaction de Pékin fut de publier des lignes de base territoriales englobant les Senkaku, qui, selon les juristes chinois, confortent la souveraineté chinoise sur les îlots et légitimerait une riposte, le retour au pouvoir des amis d’Ishihara ouvrirait une très dangereuse boîte noire.

Agé de 80 ans, le vieux bretteur de la droite japonaise vient en effet de déclarer qu’il lèverait quand même des fonds pour construire, sur les îlots, des abris destinés aux bateaux de pêche, ainsi que des logements pour des fonctionnaires de l’état. Shinzo Abo, ancien premier ministre de la mouvance nationaliste qui le soutient, explique qu’il s’agirait « de renforcer le contrôle du Japon sur les Senkaku ». Si ce projet était mené à bien, il constituerait une rupture radicale par rapport au statu quo, déjà bien écorné, qui prohibait toute installation d’infrastructure sur l’archipel.

Enfin, il n’est pas anodin de rappeler que la réputation et les ascendances familiales de Shinzo Abe, petit fils de Nobosuke Kishi, ministre de l’industrie et du commerce de l’Amiral Tojo, véhiculent en Chine de très néfastes réminiscences historiques.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

De Shang Yang à Xi Jinping, l’illusion de la rationalité « Légiste » par Romain Graziani

Un parti sans état d’âme, d’abord préoccupé de sa survie

Taïwan : Le nucléaire civil solution au talon d’Achille énergétique

La Chine et le Vatican. La longue mémoire souveraine de l’Empire

Il y a 140 ans, les déboires de l’amiral Courbet à Keelong – Jilong -, sont une leçon de choses répulsive pour dissuader une invasion chinoise de Taiwan