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La vogue internet du Fengshui.
Alors que le Parti a toujours considéré les pratiques occultes comme des survivances rétrogrades superstitieuses à combattre, le net est en train de leur redonner vie. Le marché est vaste et inépuisable. Evalué à près de 16 millions de $ par an, il va du positionnement des tombes ou des appartements aux prédictions d’avenir, en passant par le choix du conjoint ou du partenaire d’affaires.
De plus en plus il est pratiqué en ligne, où on peut acheter des talismans, trouver des réponses à des interrogations spirituelles, et même pratiquer des prières rituelles. Les tarifs vont de quelques dizaines de RMB pour les amulettes et les boussoles de Fengshui à plusieurs centaines de milliers de RMB, prix d’une consultation Fengshui pour le choix d’un appartement ou d’une tombe.
Le site le plus célèbre aujourd’hui est www.zhouyiba.com, dont le nom 周易吧 renvoie à la dynastie des Zhou 周 (1046 à 256 av JC), durant laquelle fut écrit un « livre des transformations des Zhou - 周易 » et pendant laquelle a probablement été écrite la dernière version du Yi Jing 易经, (livre des mutations) ; Quant au phonème ba 吧, il est l’équivalent de la conjonction assertive « donc » qu’on retrouve dans « viens donc », « ou mange donc », dont la prononciation renvoie aussi au chiffre 8 qui en Chinois symbolise la fortune.
Le groupe Wanda rachète American Multi-Cinema.
Le 21 mai, Wanda Dalian Group, aux activités multiples, qui vont de l’exploitation en Chine de 86 multiplex et 730 salles de cinéma, à l’immobilier, en passant par les grands magasins et les Karaoke, a mis 2,6 Mds de $ sur la table pour racheter l’American Multi-Cinema (AMC) et ses dettes (évaluées à 2 Mds de $), qui exploite 5000 salles de cinéma dans 347 multiplex aux Etats-Unis et au Canada. Le deal donne naissance à la plus vaste chaîne de cinémas du monde.
Wang Jianlin, PDG de Wanda qui à l’évidence recherche la notoriété d’une marque américaine, espère contrôler 20% des cinémas dans le monde en 2020. Il faut s’attendre à l’augmentation du nombre de films 3D et à effets spéciaux dont les Chinois sont friands.
Le succès de l’achat, qui touche au domaine culturel et pourrait s’inscrire dans la stratégie de puissance douce de la Chine, n’est cependant par garanti, notamment parce que, pour l’heure, les productions chinoises n’ont eu qu’un succès limité en Occident et aux Etats-Unis. « Il faudra attendre quelques années avant de conclure au succès. Pour l’heure c’est une acquisition impressionnante », explique le professeur Feng Pengcheng de l’université internationale des affaires à Pékin.
La lèpre des rumeurs sur Internet.
Depuis le 16 mars, le gouvernement chinois impose aux utilisateurs des microblogs (plus de 200 millions), de s’identifier. Après un moment d’inquiétude, le trafic sur ces réseaux a continué comme avant, sans obstacle apparent.
Cette réalité indique que pour l’heure, le pouvoir ne considère pas le net comme une menace, notamment parce que les véritables dissidents politiques - différents des activistes qui dénoncent des abus, mais ne remettent pas en cause le système - sont connus et réduits au silence par d’autres moyens, y compris illégaux. Par exemple les auteurs de la « Charte 08 », dont faisait partie Liu Xiaobo, le prix Nobel de la paix, ont été brutalement réprimés et leur message a disparu du net chinois.
Contre les candidats à la dissidence électronique il possède maintenant une arme d’intimidation. Elle consiste à envoyer un SMS sur le portable de l’auteur d’un commentaire suspect, dont le n° doit être communiqué par les usagers des blogs, lors des procédures d’identification : « nous savons qui vous êtes ».
L’autocensure des bloggeurs fait le reste. En tous cas pour l’instant. Si les messages politiques de dissidents se multipliaient avec virulence, utilisant des proxy et des systèmes de cryptage, les choses seraient probablement plus compliquées pour le pouvoir.
En revanche, la censure ne peut apparemment rien contre la diffusion de rumeurs, nouveau sport des internautes chinois. La multiplication des adeptes des fausses informations et la difficulté d’en vérifier en temps réel la teneur, rend la menace « nous savons qui vous êtes » inopérante.
Or le net chinois fourmille de spéculations, fantasmes, impostures et manipulations, liées ou non à l’actualité. On l’a vu récemment à propos coup d’état militaire fomenté par le clan de Zhou Yonkang (1), ou de la « Ferrari rouge accidentée le dimanche 18 mars à l’aube, dans le quartier de Haidian à Pékin. Quand la censure intervient le mal est fait. Les messages sont effacés, mais la rumeur court.
En réaction contre ce phénomène on voit apparaître aujourd’hui des groupes de la société civile, se donnant comme mission la chasse aux fausses informations qu’ils s’appliquent à démonter en ligne. Les réseaux sociaux weibo et QQ mettent également la main à la pâte, avec des chercheurs, journalistes avocats étudiants, qui souvent ne se connaissent pas entre eux et travaillent en direct pour détecter les canards.
Signalant une attitude responsable de la société civile, une ligue anti-rumeurs a même été créée qui demande au pouvoir de prendre ses responsabilités pour dénoncer les fausses informations.
(1) La rumeur avait de la consistance. Nombre de résidents étrangers de la capitale chinoise ont été troublés par des mouvements de troupes inhabituels autour de Tian An Men dans la nuit du 19 au 20 mars. Un message alarmiste a circulé sur le net comme une traînée de poudre. Il spéculait sur l’occupation militaire de Zhongnanhai, décidée par Zhou Yongkang avec l’appui de Jiang Zemin pour faire arrêter Hu Jintao et Wen Jiabao.
