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« Les Chinois sont des hommes comme les autres » par Zheng Ruolin

Françoise Objois, journaliste éclectique, passionnée de culture chinoise, qui ne cesse d’explorer les multiples aspects du « réveil de l’Empire » dans son émission mensuelle « Bruits de Chine » nous livre ici sa recension du dernier livre de Zheng Zuolin, correspondant en France depuis 20 ans du très officiel Wen Hui Bao 文汇报 de Shanghai. « Les Chinois sont des hommes comme les autres » Zheng Ruolin, éditions Denoël, 22 €. L’article avait été publié dans la livraison de mai 2013 de la revue « Monde Chinois. ».

(La rédaction.)


Il est vrai que vue de ce côté ci de la planète, la question de ce qui fonde l’identité chinoise et française en ce début du XXIe siècle mérite d’être posée. Le journaliste, écrivain et traducteur Zheng Ruolin sait de quoi il parle, lui qui vit à Paris depuis une vingtaine d’années et qui travaille comme correspondant du quotidien Shanghaïen Wen Hui Bao.

Maniant parfaitement la langue de Molière avec laquelle il s’est d’abord familiarisé avec ce passeur de culture française que fut son père, traducteur de Balzac et de bien d’autres auteurs en Chine, Zheng Ruolin s’est donné pour mission de battre en brèche les idées reçues sur la Chine qui se propagent en France à la vitesse de la lumière.

Les Français peinent à comprendre cet immense pays de 1 milliard 300 millions d’habitants et 56 ethnies, ne faisant décidément rien comme tout le monde en matière des Droits de l’Homme. Un sujet qui fâche vite dans l’hexagone dès que l’on prononce le mot Chine.

Si comprendre la Chine – et d’ailleurs quelle Chine, Nord Sud, villes, campagnes, milliardaires ou mingongs, internautes ou paysans… ? - en 293 pages relève d’une mission impossible, on peut tout de même dire qu’en refermant le livre de Zheng Ruolin, les Français en savent un peu plus sur les joies et les peines du peuple chinois et sont à même de dépasser les vieux clichés qui traînent dans Tintin et le Lotus Bleu nourris par la mémoire ancienne des Guerres de l’Opium.

Tout le talent de Zheng Ruolin consiste à analyser parfois avec une touche d’humour, la société chinoise en utilisant les critères occidentaux. Par exemple celui de la classe moyenne à laquelle les Français et d’ailleurs aussi les Indiens ont le sentiment d’appartenir presque en majorité, mais pas les Chinois. Impossible de parler de la Chine et de la France sans évoquer ce terrain d’entente incontestable, l’amour du bien manger et du bien boire.

Tous ceux qui ont partagé un repas avec des amis chinois savent combien le raffinement de leur cuisine est agréable au palais malgré le goût qu’ils ont développé pour l’expérimentation, merveilleusement bien exprimé par ce proverbe cantonnais : On mange tout ce qui a quatre pattes sauf les tables, tout ce qui vole sauf les avions et tout ce qui nage sauf les bateaux.

Bien décidé à effacer la vision française d’une Chine dictatoriale au profit d’un regard amoureux sur son peuple, Zheng Ruolin en optimiste invétéré veut voir aujourd’hui les prémices d’une démocratie à la chinoise qui s’affranchirait du poids de l’histoire. On ne demande qu’à y croire mais nous voilà ramené à une autre spécificité chinoise, la différence de la notion d’intelligentsia entre la Chine, patrie des « lettrés » qui n’a jamais eu d’intellectuels au sens où on l’entend en Occident et la France, patrie du concept d’intellectuel « engagé ».

La Chine est aujourd’hui traversée par trois courants qui pourraient demain avoir leur importance, une droite néo-libérale pro américaine, une extrême gauche maoïste et des centristes néo-confucéens. Nul ne sait quel courant l’emportera demain ni combien de temps la seconde puissance mondiale maintiendra l’équilibre précaire qui est aujourd’hui le sien.

En guise de conclusion, Zheng Ruolin dans son dernier chapitre raconte avec émotion « sa » révolution culturelle. Ce moment clé de l’histoire de la Chine contemporaine qui fit de tous les chinois ayant vécu enfant la force de cette expérience unique et douloureuse, des hommes « pas comme les autres ». La génération de Xi Jinping aux commandes aujourd’hui, n’a pas perdu la mémoire et c’est tant mieux.

Lire aussi : A quoi pensent les Chinois en regardant Mona Lisa.


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