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›› Editorial

Les non-dits des vœux de Xi Jinping et la posture nucléaire chinoise

Le 4 janvier, Xi Jinping, s’est rendu sur le site des JO d’hiver par lesquels, comme pour les JO de 2008, le Parti compte faire la démonstration de ses capacités d’organisation. L’ambiance, plombée par les risques épidémiques et les tensions avec l’Ouest, sera cependant moins festive.


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Le 31 décembre, Xi Jinping a présenté ses vœux aux Chinois dans une ambiance de fermeture du pays, marquée par les incertitudes et tensions nées de la stratégie-forteresse de « zéro Covid ».

Sérieusement mis au défi par l’apparition de foyers épidémiques épars, mais bien moins virulents qu’en Europe et aux États-Unis, le choix politique de l’illusoire éradication complète du virus, a, le 22 décembre, conduit à confiner les 13 millions d’habitants de la ville de Xi’an pour seulement cent cinquante-cinq cas positifs détectés.

En prévision des échéances de l’année du Tigre, le 1er février, et trois jours plus tard, du lancement des Jeux d’hiver, le 4 février, le Parti avait, six semaines avant les échéances, prévenu les Pékinois de ne pas se déplacer et de ne pas se mêler aux étrangers.

Au milieu du bilan de l’année, émaillé des succès chinois aux JO de Tokyo, des exploits spatiaux du « rover » Zhurong sur Mars et du lancement de Tianhe, module central de la station spatiale chinoise, suivis des espoirs que les difficultés seront surmontées grâce à la cohésion du peuple chinois, les non-dits, approximations et parfois contrevérités, destinés à l’audience politique interne étaient présents presque à tous les étages des vœux de Xi Jinping. Trois exemples.

Réunifier Taïwan, une exigence souverainiste ignorant les Taïwanais.

Les pressions militaires de Pékin contre l’Île et la résistance obstinée de Tsai Ing-wen qui se réclame des démocraties de la planète ont conduit certains observateurs à anticiper un conflit majeur entre Pékin et Washington. Wang Yi, le MAE qui accuse les États-Unis d’appuyer le mouvement indépendantiste, a récemment agité la menace d’une « riposte insupportable », laissant planer sans le dire une escalade nucléaire.

Au-delà des surenchères verbales et des démonstrations de forces, l’analyse des risques montre cependant que ni les États-Unis ni la Chine ne souhaitent un conflit direct. La récente déclaration des P5 sur le non emploi de l’arme nucléaire confirme que Washington et Pékin redoutent la montée aux extrêmes.


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Le premier, bien connu, précisément au cœur des tensions entretenues par les menaces de Pékin dans le Détroit de Taïwan, consiste à expliquer que la réunification, présentée comme fatalement inéluctable, consubstantielle de la « renaissance de la Chine » serait « l’aspiration commune des compatriotes des deux rives du Détroit ».

Il est vrai que l’ADN politique du vieux KMT créé par Sun Yat-sen en 1912 en Chine, aujourd’hui en sérieuse perte d’audience dans l’Île envisage toujours une « réunification ».

Mais, alors que l’Île a depuis 1988 évolué vers la démocratie, jusqu’à tutoyer aujourd’hui les limites compliquées des référendums d’initiative citoyenne d’une démocratie directe, 84,9% des habitants de l’Île interrogés par de fréquents sondages, plébiscitent le statuquo dans le Détroit.

Sur la même ligne, 85,5% rejettent la formule « un pays deux systèmes » dont Xi Jinping fait l’éloge, tout en accusant Washington de militer pour l’indépendance de l’Île.

Disant cela, le n°1 oublie que l’actuelle Présidente Tsai Ing-wen, issue de la mouvance de rupture portée par le DPP qu’elle incarne, tout en privilégiant elle aussi le statuquo, a été réélue en janvier 2020, précisément parce que les Taïwanais avaient sous les yeux la répression de Pékin contre la « Common Law britannique » à Hong Kong, où était précisément expérimentée le schéma « Un pays deux systèmes ».

La mise aux normes de Hong Kong.

Depuis juin 2020, l’application stricte de la Loi sur la sécurité nationale, imposée par Pékin en riposte aux risques pour l’instant marginaux de dérives indépendantistes, autorise le démantèlement systématique du schéma « un pays deux systèmes ».


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Quand Xi Jinping explique que « La prospérité et la stabilité de Hong Kong et de Macao tiennent depuis toujours à cœur à la patrie », il manque une sérieuse partie de l’image. Comme à propos de Taïwan, il laisse entendre que l’exigence de souveraineté justifie tous les moyens et tous les coups de force.

Depuis l’été 2019, Pékin échaudé par les révoltes s’applique systématiquement à détruire tous les ingrédients « d’un pays deux système ».

La dernière et très décisive action de l’appareil a consisté à modifier la loi électorale pour la sélection des députés du mini-parlement de la R.A.S, le Législative Council (Legco), au point que l’élection de l’opposition démocrate est presque devenue impossible.

Entre autres changements, les amendements de Pékin établissent un comité de sélection permettant l’élimination des candidats jugés insuffisamment « patriotiques ».

Le tri des postulants garantit désormais que les pro-démocrates, dont Pékin craint un dérapage de rupture avec le Continent qui réclamerait l’indépendance, restent toujours en minorité au Legco. Depuis cette année c’est chose faite. La mainmise de Pékin sur le schéma « un pays deux systèmes » est même caricaturale.

Lors des élections législatives du « Legco » du 19 décembre dernier, sur les 90 sièges, dont le découpage avait été modifiée pour favoriser la mouvance des affaires attachée au Continent, 89 sont aujourd’hui occupés par des loyalistes pro-Pékin. Lire : Réforme électorale. La mise aux normes politique de Hong Kong se poursuit sans faiblir.

Un point noir cependant, le taux d’abstention de 69,8%, le plus élevé de l’histoire de la RAS, traduisit – mais l’appareil n’en a cure - un désintérêt des électeurs pour un scrutin que les loyalistes ne pouvaient mathématiquement pas perdre.


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