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›› Editorial

Les planètes se désalignent pour Xi Jinping. Doit-on vraiment s’en étonner ?

Quelle était la base de Xi Jinping en 2012 ?

Le président Xi Jinping aime à arborer la tenue de combat pour afficher sa connivence avec l’APL remontant à l’époque où, jeune diplômé de Qinghua, il était, au début des années 80, le secrétaire du ministre de la défense Geng Biao. Mais l’affection de Xi dans l’entourage proche du ministre avait été favorisée par l’intervention de son père. Ce dernier à l’époque vice-président du Comité permanent de l’ANP, cherchait autant à protéger son fils aîné qu’à lui conférer une expérience de la haute administration militaire.


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Souvent, à ceux qui doutent des capacités et des réseaux militaires de Xi Jinping on répond sur un ton qui ne souffre pas la contradiction, qu’il fut secrétaire du ministre de la défense Geng Biao et que tout au long de sa carrière il a tenu des fonctions dans des unités militaires, principalement de la région militaire de Nankin.

Mais on oublie trois choses.

D’une part Xi fut secrétaire de Geng Biao à sa sortie de Qinghua en 1982. Ses responsabilités dans l’appareil de défense furent directement décidées avec la bénédiction de son père. L’affectation fut autant une mise sous protection qu’une préparation aux responsabilités futures.

Au demeurant, considérer que pour un jeune cadre de 29 ans cette étape de seulement trois années – au début des années 80, pourrait constituer une base politique dans l’APL est un habillage spécieux de la réalité qui tente d’accréditer l’influence militaire de Xi Jinping.

Surtout si on se souvient qu’à son affectation suivante, au Hebei (1983-85), sa nomination comme officier politique d’une unité « de base » de la Police Armée Populaire, nouvellement créée et ne relevant pas de la Commission Militaire Centrale mais du ministère de la sécurité publique, fut surement une déception pour l’ambitieux qui sortait du bureau du ministre de la défense !

S’agissant des fonctions militaires de Xi Jinping qui émaillent ses biographies officielles, beaucoup dont la plupart étaient anodines, furent ajoutées lors de sa nomination comme Vice-Président de la CMC en octobre 2010.

Enfin, la vérité oblige à dire que le cursus de Xi Jinping ne l’a pas amené à servir dans toutes les régions militaires mais exclusivement dans celle de Nankin. A ce poste, l’état-major où il était affecté n’a jamais eu à gérer des crises qui auraient favorisé l’émergence d’un réseau militaire autour de lui, comme celui que s’était ménagé Hu Jintao au contact de la Région Militaire de Chengdu quand, en poste au Tibet, il anticipait le pire.

Quand on évoque le pouvoir et l’autorité de Xi Jinping, on souligne qu’il s’appuie sur l’armée dont il aurait profondément réformé les structures jusqu’à en faire un outil militaire puissant et efficace, notamment grâce à la diffusion de haut en bas de l’esprit interarmées.

L’affirmation est pour le moins exagérée, d’abord parce que l’APL est engagée dans des réformes et une modernisation depuis plus de trente années, ensuite parce que d’autres y ont travaillé avant Xi Jinping, y compris pour promouvoir l’esprit interarmées.

Aujourd’hui l’armée populaire est peut-être plus opérationnelle ; elle a aussi meilleure allure qu’il y a 10 ans – l’inverse serait grave - mais elle souffre toujours des mêmes maux.

Des effectifs pléthoriques dévorant les budgets au détriment des équipements et de l’entraînement ; un manque total d’expérience du combat et un entrainement « entre soi » conséquence de l’absence de coopération et d’engagements opérationnels avec d’autres armées permettant des comparaisons qui, en dehors de l’engagement direct dans un conflit, constituent le véritable étalon d’un outil militaire ;

Ajoutons que, malgré les éliminations très médiatisées de Guo Boxiong chef de l’état-major général et de Xu Caihou, le commissaire politique de l’APL, tous deux membres du Bureau Politique, la corruption, n’a pas disparu. Toujours présente, elle est, avec l’importance accrue donnée aux commissaires politiques qui sont des parasites du commandement, un des obstacles à la montée en puissance opérationnelle des forces.

Quant à la qualité des ressources humaines, on ne peut exclure que les purges des opposants à Xi Jinping ont pu éliminer des officiers brillants pour laisser progresser des généraux plus dociles mais pas forcément meilleurs, tandis que, dans un environnement de plus en plus bardé d’équipements électroniques, le recrutement de personnels ayant des qualifications « hautes technologies » devient difficile face à la concurrence des salaires offerts aux experts civils.

Prétexte éthique et quête de pouvoir absolu par la crainte.

Cette affiche de propagande vue dans le Yunnan exprime clairement que la lutte contre la corruption vise des objectifs plus larges. « 有 黑 扫 黑, 无潶 除恶, 无 恶 治乱 ». Quand existe le « noir » (corruption) balayez le ; en l’absence de « noir », éradiquez le « mal » ; quand il n’y a pas de « mal », redressez le « chaos ».


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La campagne anti-corruption annoncée par Xi Jinping dès le 18e Congrès en 2012 était à première vue une stratégie obligée, tant apparaissait indispensable et urgent le nettoyage du Parti à ce point corrompu qu’il était discrédité auprès des masses largement hostiles.

A cet égard, la volonté du nouveau n°1 de s’attaquer à la fois aux « mouches et aux tigres » ne pouvait que susciter l’enthousiasme, tant au sein des cadres du Parti que de la société chinoise où tout le monde fut séduit par l’idée du rêve chinois.

Xi Jinping a durant quelque temps été porté par cette vague, au rythme des condamnations fracassantes de cadres supérieurs du pouvoir, depuis les très hauts cadres militaires en passant par Zhou Yongkang, membre du comité permanent qui furent les « tigres » les plus emblématiques de l’APL abattus par la campagne.


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