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›› Editorial

Les planètes se désalignent pour Xi Jinping. Doit-on vraiment s’en étonner ?

Au fil du temps, des fêlures.

La suppression de la limite à deux mandats présidentiels et la résurgence du culte de la personnalité entretenu par le Parti soulèvent des critiques et passent mal dans certains secteurs de l’opinion.


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En interne, des observateurs – vite inquiétés et bannis en Chine - ont noté que, alors que Xi prévenait dès 2014,que les cadres seraient aussi tenus pour responsables des malversations et des conditions d’enrichissement de leurs familles (argument réaffirmé contre Zhou Yongkang), la famille de Xi Jinping, qui abritait elle-aussi des brebis galeuses, était soigneusement préservée.

A l’instar de celle de Wen Jiabao, elle ne fut jamais inquiétée quand des informations sur leur fortune s’étalèrent pourtant dans Bloomberg et dans le New-York Times (Cf. Note de contexte 1) ; dans le même temps, la campagne anti-corruption qui, à ses débuts, avait soufflé un vent de salutaire assainissement, dériva vers une série de purges politiques.

Celles-ci visèrent d’abord des cadres qui n’avaient pas l’heur de plaire au nouveau n°1 ; elles s’attaquèrent ensuite aux figures des autres « clans » susceptibles de contrarier l’ascension du « nouveau Mao », tels que les tenants de la mouvance de Shanghai, proches de Jiang Zemin par exemple.

Cette conjonction de désillusion et de terreur a développé au sein de l’intelligentsia chinoise le sentiment que Xi Jinping était en train de re-politiser à outrance la vie sociale en Chine en tournant le dos aux réformes économiques.

Paraphrasant le Mao des plus belles heures de la Révolution Culturelle, il déclara en 2010 dans un discours à l’École Centrale du Parti que « ce qui comptait le plus chez un expert n’était pas tant sa compétence technique que le fait qu’il soit Rouge ». La création de la commission de supervision des marchés en 2018 directement sous les ordres du Parti confirmait cette nette tendance au retour du « tout politique ».

Le sentiment d’un dangereux retour de l’idéologie despotique ne pouvait qu’être renforcé par les décisions prises au sommet où Xi Jinping a progressivement confisqué à son profit tous les pouvoirs, reléguant les membres du Comité Permanent au statut de figurants chargés de valider les décisions prises par lui.

Sa méthode est clairement devenue celle d’un autocrate. S’étant lui-même placé à la tête de sept « Petits groupes dirigeants 领导小组 », qui ne rendent compte qu’à lui, traitant d’à peu près tout, depuis l’approfondissement des réformes et la sécurité nationale à la grande muraille Internet, à l’économie et aux finances, en passant par l’intégration civilo-militaire, les affaires taïwanaises et la politique étrangère, il gouverne en marge du Conseil des Affaires d’État de Li Keqiang, son premier ministre.

S’agissant de la politique internationale, des voix ont commencé à critiquer la brutalité de la nouvelle diplomatie qui, au-delà même du rejet des idées occidentales (note de contexte 2), a placé la Chine et les États-Unis sur une trajectoire de collision particulièrement dangereuse pour le monde mais surtout pour la Chine, son économie et son statut sur la scène internationale.

Enfin, si cette stratégie avait pu paraitre efficace et judicieuse en 2012, l’incapacité à pacifier le climat intérieur à l’approche du Congrès de 2017 et la pérennisation de la stratégie de la terreur ponctuée de longues charrettes de mises en examen déclenchées sur dénonciations anonymes ont tétanisé le Parti et l’administration, désormais affligés d’une rigidité proche de la nécrose.

Au passage, si ailleurs la mauvaise gestion de la pandémie eut des causes multiples, allant de l’arrogance mensongère à l’impréparation, en passant par l’indiscipline et l’impuissance à faire respecter les mesures barrière, en Chine, c’est bien cette catalepsie de l’administration qui fut à l’origine des occultations officielles ayant, en février dernier favorisé l’explosion de l’épidémie à Wuhan et sa propagation hors de Chine.

Alors que le Parti sous tension n’a jamais été apaisé par la moindre pause de la campagne anti-corruption – à défaut de sa fin –, l’entêtement absolutiste de Xi Jinping a mécaniquement favorisé la peur et le rejet et, partant, le début, sinon d’une contestation, du moins l’idée d’une opposition politique.

Ainsi lors du Congrès de 2017, il est « passé en force » pour modifier la Constitution a son avantage, conscient du fait que le Parti ne pouvait s’y opposer au risque de révéler une fracture au sein de l’appareil qui a toujours été vue en Chine comme le péril majeur pour le pouvoir.

En dépit de ce que répète la propagande, il n’en demeure pas moins que l’initiative est particulièrement mal passée tant dans le Parti qu’auprès du peuple de la rue, le laobaixing 老百姓, qui voit toujours d’un œil suspect ceux qui violent ou détournent les règles.

De même la non-désignation d’une figure de proue de la 6e génération de dirigeants dont aucun représentant n’a été admis au Comité Permanent a été largement perçue en Chine comme le refus de Xi Jinping de désigner un éventuel successeur.

Or, si on se souvient qu’au sein du Parti les débats n’ont jamais de cesse et que les votes ne sont pas sans conséquences, on peut aussi se demander si cette absence de la 6e génération au plus haut niveau n’est pas due à une opposition groupée au(x) candidat(s) choisi(s) exclusivement par Xi Jinping !

Les trois positions suprêmes ou l’illusion de la toute-puissance.

La photo montre Xi Jinping le 12 mars 2019 lors de la réunion de l’ANP saluant des officiers des trois armées, délégués à l’Assemblée Nationale. Il est suivi des généraux Xu Qiliang (armée de l’air, n°2 de la Commission Militaire Centrale) et Zhang Youxia, n°3 dont le père fut durant la guerre civile, un camarade de combat de Xi Zhongxun, père de Xi Jinping.


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Avant le Congrès de 2012 tout ce que le monde compte d’observateurs de la Chine bruissait d’une question : Hu Jintao infligera-t-il a Xi Jinping, son successeur, ce que Jiang lui avait imposé en 2002, à savoir conserver la présidence de la Commission Militaire Centrale (CMC) durant un ou deux années ?

L’écrasante majorité des experts estimait qu’il n’y avait aucun doute, Xi attendrait. Or, à la surprise générale, Xi sortit du Congres investi des trois responsabilités : Secrétaire Général du Parti, Président de la RPC et Président de la CMC.

Ceux qui avaient cru que Hu s’accrocherait à la CMC en ont immédiatement déduit que Xi Jinping était déjà l’homme fort de la Chine et qu’au terme d’un coup de force, il avait contraint le Parti à lui attribuer d’emblée les trois chapeaux ! Le PCC étant une forteresse aussi opaque qu’un SNLE en plongée, nul n’a jamais pu prouver cette toute puissance du 1er jour. Elle ne faisait peut-être qu’exprimer l’urgence d’un branle-bas face à un risque interne majeur.

Une autre explication existe en effet dans l’esprit des quelques-uns qui avaient prévu que Hu tirerait bien sa révérence lors du Congrès.

On ne peut en effet exclure qu’après les révélations alarmantes du sociologue Zhang Musheng en 2011 sur l’état de déliquescence de l’appareil (note de contexte 3), le Comité Central, soudain conscient de l’exigence de cohérence de l’autorité au sommet pour la stabilité menacée du régime, ait jugé nécessaire de renforcer sa direction en regroupant sur une seule tête les trois couronnes et notamment celle de l’armée, garant du régime avec l’appareil de sécurité.

Conclusion.

Aujourd’hui, si le monde entier est en crise, la Chine, elle, cumule aussi de graves facteurs de fragilité.

Relance difficile de l’économie, situation tendue à Hong Kong, tensions sociales internes, crise diplomatique générale, avec en fond de tableau les très alarmantes tensions sino-américaines hystérisées comme jamais depuis 1979 ; le tout baignant dans un sentiment anti-chinois dont chacun voit bien qu’il a rarement été aussi vif dans le monde.

Le « rêve chinois » vire à l’aigre dans de nombreux pays, irrités par le comportement de la Chine dans sa gestion de la crise du virus de Wuhan et, au fil des mois, offusqués par l’agressivité des « loups guerriers » et par la propagande de Pékin prétendant sauver le du monde de l’après-covid.

En dévoilant sa « résistibilité », la Chine révèle aussi les oppositions internes et la fragilité de Xi Jinping, l’homme par qui tout commence et tout finit. S’ajoutant aux facteurs externes, celles-ci auraient dû, en toute logique, contraindre le n°1 à nuancer sa stratégie en vue du Congrès de 2022.

Or, s’il est vrai que la fureur des « loups guerriers » s’est un peu calmée, tandis que Wang Yi vient de tenter de limiter la casse d’une relation sino-européenne gravement abîmée, les évènements récents, comme les tirs de missiles au sud de Hainan, ou des articles tels que celui du Global Times encourageant Pékin à envoyer les chasseurs de combat de l’APL dans l’espace aérien taïwanais, semblent indiquer une inquiétante tendance à la fuite en avant.

Le but probable de ces impétuosités nationalistes est de faire taire les dissonances au sein du Parti sous prétexte de cohésion nationale face aux dangers des forces étrangères coalisées contre la Chine.


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