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Nankin : une rencontre inédite aux conséquences incertaines

Rencontre historique, non dits et obstacles.

Jusqu’à présent tous les contacts et négociations y compris ceux de l’Accord Cadre signé en 2010 avaient en effet été conduits par les entités administratives non officielles spécialement créées pour gérer la relation sans la perturber par des arrières pensées de souveraineté politique et dont la dénomination qui n’évoque que les relations dans le Détroit ne fait référence à aucune des deux entités politiques : la SEF à Taïwan créée en 1990 (Strait Exchange Foundation 海峡交流基金会 Haixia Jiaoliu Jijinhui) et l’ARATS sur le Continent créée en 1992 (Association pour les relation dans le Détroit.En chinois : 海峡两岸关系协会 Haixia Liang An Guanxi Xiehui).

Faisant suite à un échange de vues à Bali lors du dernier sommet de l’APEC où les deux protagonistes avaient déjà fait mention de leur statut officiel, la rencontre symbolique de Nankin, ancienne capitale de la Chine de Chang Kai-chek fut d’abord marquée par la volonté de Wang de réaffirmer l’existence d’une seule Chine à l’occasion d’un pèlerinage sur la colline pourpre au mausolée de Sun Yat Sen fondateur de la Nation chinoise post-impériale et reconnu par le Parti Communiste Chinois comme par le KMT.

Mais, signe de l’extrême sensibilité politique des Taïwanais, le voyage de la délégation de l’Île à Nankin a été placé sous le strict contrôle d’une résolution du Yuan Législatif votée le 14 janvier dernier par le KMT et l’opposition, interdisant à Wang de négocier des questions liées à la souveraineté de l’Île. Le texte législatif stipulait en particulier que le ministre des Affaires continentales ne devait pas accepter, ni même réagir à aucune déclaration politique chinoise qui mentionnerait le concept « d’une seule Chine », « l’indépendance de Taïwan », l’idée « d’un pays et deux territoires », des « mesures de confiance militaires » ou un « traité de paix ». En quittant Taïwan, Wang lui-même a précisé qu’il s’en tiendrait au consensus de 1992, déjà controversé à Taïwan mais dont Pékin souhaite lever les ambiguïtés.

L’omnipotence du Yuan législatif

Cette forte contrainte imposée au domaine réservé présidentiel de la relation dans le Détroit qui eut pour effet de vider par avance la rencontre de toute percée politique substantielle, signale le poids du Yuan Législatif et de son président Wang Jin-pying que Ma Ying-jeou avait tenté d’éliminer sans succès en septembre dernier. En dehors des rivalités de personnes, la querelle plonge également ses racines dans le blocage de l’accord cadre sur les services signé entre l’ARATS et la SEF le 21 juin 2013, mais toujours pas ratifié par l’assemblée qui reproche à Ma Ying-jeou ses méthodes expéditives et peu démocratiques. Il est évident que les obstacles législatifs reflètent également la crainte des Taïwanais d’être submergés par la marée des services chinois.

Lire notre article Désarrois politiques, querelles idéologiques et rivalités partisanes.

Enfin cette situation où l’exécutif est jugulé par les parlementaires, met en lumière l’isolement au sein de son propre parti du Président dont la popularité en chute libre est tombée à moins de 10% d’opinions favorables. Elle envoie un signal très négatif à Pékin sur la disponibilité de l’Île à donner de la substance aux négociations politiques.

Discordances entre Pékin et Taipei

C’est bien là que le bât blesse. Certes Pékin fait aujourd’hui preuve de patience. Beaucoup de commentateurs comparent l’actuelle stratégie chinoise à celle où en 1995 et 1996, pour tenter de freiner l’évolution démocratique de Lee Teng Hui, l’APL avait tiré des salves de missiles inertes au large de Taïwan. Pour autant, le Parti Communiste observe la situation politique de l’Île marquée par le discrédit dont souffre Ma Ying-jeou et calcule que la fenêtre d’opportunité pour des négociations politiques pourrait se refermer lors des prochaines présidentielles en 2016.

Tandis qu’à Taipei règne la prudence et la circonspection, à Pékin où le régime est habitué au soutien presque sans conditions de ses assemblées parlementaires, s’installe progressivement un sentiment d’urgence nourri par les échéances électorales taïwanaises. Dans l’attitude chinoise perce aussi l’intention d’aller de l’avant en dépit des réticences du Yuan Législatif. Peut-être y a t-il aussi en arrière plan l’idée évoquée par nombre d’analystes de manipuler l’ambition personnelle de Ma Ying-jeou de graver son nom dans l’histoire du Détroit.

Mais, au milieu de toutes ces spéculations sur les intentions cachées de Ma et la crainte d’une réunification rampante, obsession de la majorité des Taïwanais, une chose est certaine : Pékin souhaite forcer l’allure des négociations politiques. Lors du sommet de l’APEC à Bali le 7 octobre dernier, le Président Xi Jinping avait clairement indiqué que l’impasse du Détroit devait être levée : « Il est impossible que les désaccords se perpétuent à l’infini. Les deux rives doivent en finir avec les tensions et négocier par étapes une solution politique pour éviter que la question ne continue de peser sur les générations futures ».

Son intention était, avait-il déclaré, de mettre en œuvre une stratégie plus active que celle de ses prédécesseurs. Nous y sommes : Accepter que Wang Yu-chi soit officiellement traité en ministre est, du point de vue du Parti Communiste chinois, une concession majeure. De même que la faiblesse des réactions de Pékin à l’accord de pèche signé par Taipei avec le Japon puis aux traités de libre échange avec Singapour et Wellington constituaient une rupture avec les errements crispés du passé qui entendaient strictement limiter toute initiative de la politique étrangère taïwanaise.

Photo : La délégation taïwanaise s’incline devant le mémorial Sun Yat-sen sur la Colline Pourpre à Nankin, le 11 février 2014.


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